Chers amis,
J'ai le plaisir de partager avec vous cette interview avec Réalités sur mon dernier essai "Tunisie: Economie politique d'une révolution".
Amitiés
Hakim
Chers amis,
J'ai le plaisir de partager avec vous cette interview avec Réalités sur mon dernier essai "Tunisie: Economie politique d'une révolution".
Amitiés
Hakim
Rédigé à 11:11 dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Chers amis,
J'ai le plaisir de vous faire parvenir cette invitation de la libraire Mille Feuilles à La Marsa pour la signature de mon essai "Tunisie: Economie politique d'une révolution" paru récemment. Cette signature aura lieu ce samedi 19 mai à 17:00. Une présentation de cet essai sera faite par l'ami Mahmoud Ben Romdhane. J'espère avoir le plaisir de vous voir à cette occasion.
Amitiés
Hakim
Chers amis,
Samedi 19 Mai, à partir de 17h, nous vous invitons à la présentation de l’ouvrage paru chez De Boeck (Mars 2012), « Tunisie, l’économie politique d’une révolution » par l’économiste tunisien Hakim ben Hammouda.
Soyez nombreuses/nombreux !
Hakim Ben Hammouda est économiste et universitaire spécialisé dans les questions de développement et d'économie internationale. Il est titulaire d'un doctorat et d'une habilitation à diriger la recherche en économie internationale de l'Université de Grenoble. Il a enseigné l'économie internationale et l'économie du développement dans plusieurs universités. Il a publié de nombreux livres, rapports, articles et des chroniques dans différents journaux aussi bien en France qu'à l'étranger.
Voir ces liens absolument :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Hakim_Ben_Hammouda
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Rédigé à 13:13 dans Actualité, Livres | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)
Chers Amis,
J'ai le plaisir de partager avec vous cette interview sur Express FM avec Karim Ben Amor sur mon dernier essai "Tunisie: Economie poltique d'un conflit" publié chez l'éditeur De Boeck.
Amitiés
Hakim
Rédigé à 15:54 dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)
Chers amis,
J'ai le plaisir de partager avec vous cette interview avec Karim Ben Amor sur Express FM sur les Assemblées du Printemps de la Banque Mondiale et du FMI à Washington les 21 et 22 avril 2012.
Amicalement
Hakim
http://www.radioexpressfm.com/podcast/show/fi-kilmtin-avec-hakim-ben-hammouda
Rédigé à 06:32 dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (8) | TrackBack (0)
Robert Zoellick lancé un pavé dans la mare en annonçant, il y a quelques jours, son intention de quitter la présidence de la Banque Mondiale. Immédiatement, la quête d’un nouveau président a commencé. Cette quête était d’autant plus attendue que la gouvernance de l’ordre global a connu quelques changements depuis l’éclatement de la grande crise globale à l’automne 2008. En effet, cette crise a été à l’origine de l’ouverture de cette gouvernance au groupe des pays émergents et les sommets du G20 sont devenus rapidement le lieu de coordination globale des politiques économiques. L’ordre hérité de la seconde guerre mondiale et dominé par les grandes puissances économiques traditionnelles a survécu comme avaient survécu les différentes tentatives de sa réforme après la crise du début des années 1970 avec notamment l’avènement du G8.
La grande crise financière de 2008 a montré que les grands problèmes globaux exigent de nouvelles réponses et surtout un nouveau cadre multilatéral capable de saisir l’ampleur de ces défis. C’est dans ce contexte que le G 20 est devenu le nouveau cadre de gestion de l’ordre global et de coordination des politiques économiques. Cette instance a permis une réponse coordonnée à la crise globale particulièrement lors de ses deux premiers sommets. Le Sommet de novembre 2008 en pleine débâcle financière a permis de rassurer les marchés et d’apporter un soutien sans précédent aux grandes banques internationales et dont la faillite aurait pu jeter l’économie mondiale dans le précipice. La réunion de Londres au printemps 2009 a permis de coordonner les efforts afin d’assurer une relance concertée au niveau global afin d’empêcher la transformation de la récession en une grande déflation.
Le sommet du G20 à Londres s’est particulièrement intéressé aux grandes institutions multilatérales comme le FMI, la Banque mondiale et les banques régionales de développement. Les pays du G20 les ont dotés d’importantes ressources afin de favoriser la relance globale et surtout d’aider les efforts des pays pour mettre en place des politiques de relance anticycliques. Mais, ces réunions ont surtout fourni l’occasion pour aborder la gouvernance des grandes institutions multilatérales pour assurer une plus grande présence des pays émergents et particulièrement des BRICS. Une autre question a été abordée et qui concerne les nominations à la tête de ces institutions et le principe du professionnalisme et de la compétence ont été retenus pour désigner les responsables de ces institutions. Ces nouveaux principes remettent en cause une règle non écrite et héritée des accords de Bretton Woods et qui stipule qu’un américain préside la Banque mondiale et qu’un européen veille aux destinées du FMI.
Depuis, une série de réformes ont été mise en place dans les grandes institutions internationales et particulièrement au FMI et à la Banque mondiale et qui ont favorisé une présence plus forte des pays émergents dans la gouvernance et dans le processus de prise de décision au sein de ses institutions. Reste la question de la nomination des dirigeants de ces institutions où les évolutions sont plus difficiles. Le départ précipité de Dominique Strauss-Khan du fonds a été l’occasion pour mettre en place ses nouveaux principes et d’ouvrir encore plus ces institutions aux pays émergents. Or, la nomination de Mme Christine Lagarde a montré que cette règle héritée des accords de Bretton Woods a la peau dure et que le temps n’était pas encore venu pour voir un non européen et encore moins un ressortissant d’un pays en développement à la tête du FMI. Plusieurs arguments ont été évoqués par les pays développés pour justifier ce choix et le plus entendu était que la gravité de la crise des dettes souveraines nécessitait la nomination d’un européen fin connaisseur des arcanes de la politique européenne à la tête du fonds. Cet argument a été rejeté par nombre d’experts qui estimaient qu’au contraire la nomination d’un non européen à la tête du FMI était un gage de neutralité dans ce contexte de crise. On connaît la suite ! Mme Lagarde a été nommé à la tête du FMI et l’arrivée d’un non européen à la tête de cette institution attendra.
Le départ de Robert Zoellick de la présidence de la Banque mondiale offre une nouvelle opportunité pour rompre la règle héritée de 1944 et qui accorda la présidence de cette institution à un américain. Cette opportunité est d’autant plus importante que nous avons deux candidats de haut niveau. D’abord, l’Afrique s’est alignée derrière la candidature de Mme Ngozi Okonjo-Iweala, la brillante ministre des Finances du Nigéria. « Ngozi », comme elle est appelée familièrement, jouit d’une grande réputation internationale et connaît bien le milieu des institutions multilatérales pour avoir assumé d’importantes responsabilités au sein de la Banque mondiale. Par ailleurs, on note la présence d’un autre candidat de taille en la personne de José Antonio Ocampo, ancien ministre des finances de Colombie et qui a assumé durant de longues années les plus hautes responsabilités dans le système des Nations Unies en passant de la fameuse CEPAL au poste de responsable des questions économiques dans la direction onusienne au moment de la crise de 2008. Par ailleurs, l’administration américaine a proposé une candidature plutôt surprenante pour une institution financière multilatérale. En effet, le candidat américain, Mr. Jim Yong Kim qui préside aujourd’hui l’Université de Dortmouth, est un médecin d’une grande réputation internationale et il est connu pour son combat contre le VIH Sida notamment au sein de l’organisation mondiale de la santé. Certes, si la compétence et le grand professionnalisme de Mr. Kim sont reconnus dans le domaine de la santé, certains observateurs n’hésitent pas à poser des questions quant aux priorités futures de la Banque mondiale sous sa présidence.
Les observateurs se font peu d’illusions sur la fin de la règle non écrite héritée des accords de Bretton Woods pour la désignation des Présidents des grandes institutions internationales. Une survivance qui ne n’explique pas seulement par la volonté des grandes puissances traditionnelles de maintenir leur pouvoir mais aussi par l’incapacité des émergents de s’entendre sur des candidatures communes. Une situation qui laisse l’agenda de réformes de la gouvernance globale encore ouvert !
Rédigé à 19:49 dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)
Chers amis,
J'ai le plaisir de partager avec vous cette contribution de notre amie Sana Ben Achour. Je profite de cette occasion pour rendre hommage encore une fois à Sana pour son engagement et ses luttes pour les libertés et la démocratie.
Hakim
Qui l'eût cru!!! Le mariage du violeur à sa victime mineure.
Sana Ben Achour.
A l’égal du Maroc, l’émotion a été grande en Tunisie après le suicide par immolation de la jeune Amina, contrainte par la loi d’épouser son violeur. Tout le monde a découvert, choqué, le désastre de l’article 475 du code pénal marocain selon lequel le ravisseur d’une mineure n’encourt aucune peine d’emprisonnement s'il accepte d’épouser sa victime. Le mariage, arrangé entre les familles sous les auspices du juge, il a été imposé à la petite - dont on a ignoré la souffrance- et a été conclu et célébré dans les formes requises ! Comment de telles aberrations peuvent-elles encore exister s’interrogent les bonnes âmes compatissantes non sans se dire soulagées, croyant échapper au pays du Code du statut personnel au sort de la jeune marocaine.
Il est sans doute choquant d’apprendre que l’article 475 marocain a son double ainsi que son équivalent tunisiens : d’abord l’article 239 relatif à l’enlèvement d’une mineure selon lequel « le mariage de l’auteur de l’infraction avec la fille qu’il a enlevée a pour effet la suspension des poursuites, du jugement ou de l’exécution de la peine » et le redoutable article 227 bis du code pénal relatif au fait de « faire subir sans violence, l'acte sexuel (sic) » à un enfant de sexe féminin âgé de moins de 15 ans accomplis ou dans le cas où l'âge de la victime est supérieur à 15 ans et inférieur à 20 ans accomplis. Les peines sont, selon le cas, de six ou de cinq ans de prison. Mais dans les deux cas ajoute le texte « le mariage du coupable avec la victime arrête les poursuites ou les effets de la condamnation ».
Qui l’eût cru! Au pays du statut personnel ?
L’article 239 : Le mariage du ravisseur avec sa victime. Une survivance de l’ancien droit pénal
Le cas de l’enlèvement de l’article 239 ne semble pas fréquent ni même connu de la jurisprudence tunisienne. Cela ne veut pas dire qu’il ne se soit pas produit mais seulement qu’il soit resté à la lisière de nos connaissances. Il concerne quiconque « sans fraude, violence ni menace détourne ou déplace une personne des lieux où elle a été mise par ceux à l’autorité ou à la direction desquels elle est soumise ou confiée ». Survivance de l’ancien droit pénal tunisien (1913), le cas est tiré en toute probabilité du droit français d’ancien régime. L’espèce est connue sous le nom de « rapt de séduction » dont l’objet est « de contracter avec un enfant de famille un mariage avantageux contre le gré et à l’insu de la famille » [ Traité de la séduction, 1781). Cet enlèvement est considéré comme un attentat, une injure à l’autorité des parents, tuteurs ou curateurs « ceux à l’autorité desquels ou à la direction desquels » la personne ravie mineure est soumise ou confiée. La peine, après avoir été la mort (l’Ordonnance de Blois de 1579,) ou la confiscation des biens, puis la réclusion, allait se transformer à partir de 1730 en peine alternative entre la réclusion ou le mariage du coupable à sa victime dans l’idée de réparer la faute, sauver l’honneur perdu et l’autorité bafouée de la famille.
Survivant à la révolution française cette mesure a été adaptée à la nouvelle configuration de la famille napoléonienne par le Code pénal de 1810. Elle subsistera jusqu’en 1994. Dans sa version originale, l’article 357 précise concernant l’enlèvement de filles mineures « Lorsqu’une mineure ainsi enlevée ou détournée (sans fraude ou violence) aura épousé son ravisseur, celui-ci ne pourra être poursuivi que sur la plainte des personnes qui ont qualité pour demander l’annulation du mariage et ne pourra être condamné qu’après que cette annulation aura été prononcée ». Reprise in extenso au code pénal marocain concernant la « mineure nubile », la mesure est pour le moins choquante, faisant de la jeune fille un simple objet de transaction. Sans voix au chapitre, il ne lui reste que le choix d’attenter à ses jours. Combien faut-il de « Amina » pour abolir ces privilèges ?
L’article 227 bis : Quand le violeur est disculpé par le mariage à sa victime mineure
L’article 227 bis, introduit en 1958, est source perpétuelle de déni de justice à l’encontre des mineures de sexe féminin. Non seulement il ne qualifie pas d’agression «l’acte sexuel » commis sur une mineure, mais l’exclut ipso facto de la catégorie du viol puisqu’il n’est pas -dit-on- «subi avec violence» contrairement au viol et finit par excuser le coupable en lui ouvrant le subterfuge du mariage avec sa victime pour échapper aux poursuites et mettre fin à la condamnation. C’est à cause des manœuvres qu’il a engendrées et des vies d’enfant qu’il a brisées -le violeur épousant sa victime pour la divorcer aussitôt- que le législateur a été contraint d’admettre en 1969 la reprise des poursuites ou des effets de la condamnation si le divorce, sur demande du mari, a été prononcé avant l’expiration du délai de deux ans à partir du mariage. Justice en trompe l’œil, transposée sans discernement l’article 239, elle a érigé autour du viol de la mineure, un non-dit collectif, un mur de silence.
Il est important de faire remarquer que le terme « ightissab » est absent du registre suranné et pourtant maintes fois retouché du code pénal. Ce dernier distingue « le viol » ( muwaqaâtu untha ghasban) - crime introduit en 1958 comme un abus sexuel commis avec violence, usage ou menace d’usage d’arme (article 227 nouveau) uniquement sur une personne de sexe féminin, d’autres actes regroupés sous le titre générique d’attentats aux mœurs : l’outrage public à la pudeur dont l’atteinte aux bonnes mœurs, la débauche, le harcèlement sexuel (2004), l’attentat à la pudeur, la sodomie.
Entre le viol « commis avec violence » (cas de l’article 227 nouveau) et le viol déqualifié en « acte sexuel commis sans violence» sur une mineure (cas de l’article 227 bis), les peines sont aux antipodes l’une de l’autre. Alors que dans la première hypothèse le coupable est puni de mort ou d’emprisonnement à vie, dans la seconde, la peine est alternative entre l’emprisonnement durant cinq ou six ans et le mariage du coupable avec sa victime mineure. Peines extrêmes (la mort) ou absurdes (le mariage), contraires dans les deux cas au principe intangible de l’intégrité physique et morale de la personne humaine, elles poussent les magistrats à des élucubrations doctrinales et à une jurisprudence peu conforme à l’esprit de justice qui assurément anime tout juge.
Il n’est pas rare de les voir conclure à l’absence de viol s’agissant pourtant, comme dans le cas de l’espèce, d’une fillette de 11 ans abusée fréquemment par son beau père [cass. 52009/ 8 juin 1993]. N’ayant pas usé d’armes mais usant de sa domination sur une fillette de plus de 10 ans, ce viol n’est pas tombé sous le sens de l’article 227. De même, si la cour a fini par ne plus tirer ipso-facto du silence de la victime – mineure - son consentement au viol (sic) elle fera diligence pour en détecter quasi systématiquement l’existence [cass. 34983/6 mai 1991]
Voilà des années que l’association tunisienne des femmes démocrates, saisie d’affaires de viol contre les mineurs, filles et garçons, de pédophilie, d’agressions sexuelles de toutes sortes commises paradoxalement par les plus proches de l’entourage familial crie au scandale. Qui a voulu l’entendre ? Voila des années qu’elle demande en vain l’abolition de l’absurde article 227 bis du code pénal qui disculpe le violeur et fait porter à la victime le poids de l’hypocrisie sociale. Si le sens de l’humain impose d’abolir la peine de mort du coupable quel qu’en soit le crime, même le crime de viol, le sens de la justice impose d’urgence une refonte en profondeur et avec sérieux de la législation tunisienne dans le sens d’une loi intégrale sur les violences envers les femmes.
Rédigé à 13:21 dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Chers amis,
J'ai le plaisir de partager avec vous cette émission sur RTCI "Café noir" où j'étais l'invité de notre amie Nadia Haddaoui.
Amicalement
Hakim
Rédigé à 15:09 dans Actualité, Musique | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)

Hédi Guella nous a quittés cette semaine. A sa manière sur les pointes des pieds ! Pour ne pas nous déranger ! Comme à son habitude, il était discret et délicat avec nous ! Lorsque les voix se levaient dans les grandes discussions sur le meilleur des mondes ! Il ne quittait pas les salles enfumées tellement il adorait la compagnie des autres ! Ni ne demandait qu’on se taise pour écouter la voix du poète ! Il était très raffiné pour le faire ! Mais, se perdait dans ses pérégrinations et probablement partait en quête d’un air pour un poème qu’il avait en tête depuis quelques jours ! Hédi avait la grâce et la sensibilité des poètes ! Même ses rares colères ne duraient qu’un instant avant qu’il ne reparte nous expliquer un nouvel air ou une nouvelle ballade ! Son départ était à l’image de sa vie tout en douceur et en délicatesse afin de ne pas troubler ses amis et qu’il chérissait par-dessus tout !
Comme toute une génération nous avons connu Hédi Guella et sa voix douce et profonde dans les années 1970 lorsqu’il était étudiait en France. Il avait alors comme tous les jeunes rejoints les luttes des travailleurs immigrés en France et le combat du peuple palestinien. Mais, plus globalement il avait fait sien le combat de la gauche contre les régimes autoritaires et les mamelouks des temps modernes. C’est à cette époque que nous sont parvenus ses premières chansons comme « Babour Zammar », dont les paroles ont été écrites par Am Kmaies, travailleur immigré installé dans la ville de Grenoble et poète et artiste à ses heures perdues. Mais, Hédi sera aussi un des premiers à s’attaquer à la nouvelle poésie arabe et à des poètes comme Mahmoud Darwiche ou Samih Al-Kacem. Les mélodies de Hédi Guella nous parvenaient à l’université dans des cassettes sous les manteaux. Elles sont devenues rapidement des hymnes pour la jeunesse révoltée. Mais, surtout Hédi avec ses mélodies et son engagement sera le père fondateur de la chanson engagée ou militante tunisienne. Beaucoup de groupes et de chanteurs vont apparaître dans son sillage comme feu Hamadi Ladjimi, Mohamed Bhar, la troupe des colombes blanches ou un peu plus tard celle de la recherche musicale de Gabès. Cette chanson tunisienne engagée s’inscrivait dans un courant arabe dont les porte-drapeaux étaient Cheikh Imam Issa et Marcel Khalifé. Mais, cet engagement artistique s’inscrivait dans un bouillonnement et dans l’effervescence politique de la gauche démocratique et ses luttes contre les régimes autoritaires dans le monde arabe. Ces chanteurs animaient les grands rassemblements politiques et des milliers de jeunes et d’étudiants reprenaient à l’unisson leurs chansons et leurs hymnes portées par cette espérance collective d’une fin de la dictature et de l’injustice.
Hédi connaîtra son heure de gloire à la fin des années 1970 et au début des années 1980. Le public tunisien a fini par le voir en public au théâtre de Carthage lors de la fameuse soirée de la poésie arabe en 1977 en présence des monstres sacrés de la poésie arabe : Mahmoud Darwiche et Nizar Kabani. Plus tard et avec la petite parenthèse démocratique du gouvernement Mzali au début des années 1980, Hédi est revenu en Tunisie et a animée quelques soirées mémorables dans les différents festivals. On se rappellera tous de cette fameuse émission de télévision en 1981 sur la chanson engagée où avec Marcel Khalifé et Anouar Brahem, il a tenu la dragée haute au maître incontesté de la musique tunisienne Ali Sriti médusé par l’audace de ses héritiers et leur rejet de sa thèse sur la neutralité de la musique et de l’art.
Plus tard, les années 1990 seront celles d’une traversée du désert de l’artiste. Une traversée qu’il a faite à sa manière en silence et en se réfugiant dans son monde intérieur rempli de poésie, de rythmes et surtout de grâce et d’émotion. C’est à cette période que j’ai côtoyé Hédi comme on l’appelait tous. Il avait déserté le monde des artistes et des galas pour exercer le métier qu’il a appris à l’université, l’interprétariat. Il était de toutes les grandes réunions des cénacles onusiens et j’aimais le retrouver le soir pour échapper aux grandes joutes des responsables politiques pour me réfugier avec lui dans le monde des poètes. Il acceptait de m’ouvrir et comme à son habitude sur les pointes des pieds sur une part de son âme et de son cœur. Il me parlait de sa famille qu’il chérissait, de ses amis palestiniens et à leur tête le plus célèbre d’entre-eux Abou Ammar, de ses démêlées avec le régime contre-culturel qui sévissait chez nous et qui lui interdisait les festivals et les rencontres avec le public. De ses rencontres où Hédi se laissait aller à parler presque en chuchotant par timidité de son quotidien que je me rendais compte de cette fragilité de la vie des poètes mais aussi de cette grande fierté et de leur grandeur d’âme. Nos dîners se prolongeaient souvent tard dans la nuit et lorsque les restaurants se vidaient de leurs derniers clients c’est le moment où Hédi retrouvait toute sa magie et me lisait ses derniers poèmes ou me fredonnait ses dernières compositions. Parfois, je m’approchais des cabines d’interprétariat et je regardais secrètement Hédi. Je voulais voir comment ce poète pouvait accepter cette vie de routine ! De loin je le voyais, il était perdu dans ses pensées avec un regard qui scrute l’horizon ! Secrètement, comme à son habitude, peut-être était-il en train de pester contre cet Orient qui laisse des poètes de sa trempe se démêler avec le quotidien et offre à des artistes de seconde zone gloire, reconnaissance et notoriété.
Plus tard, Hédi s’est de nouveau mis à écrire de nouvelles mélodies. Elles étaient empreintes de nostalgie et de mélancolie. Elles étaient intimistes comme celles de Mahmoud Darwiche après les refus successifs de son cœur de porter sa tristesse et son chagrin. C’était aussi comme un retour aux sources et Hédi ne cessait d’évoquer ses dernières années son père Am Hassen Guella le grand chanteur de musique religieuse. Comme si doucement il se préparait à le rejoindre et nous préparait, nous qui l’avons aimé et qu’il chérissait, à son départ !
Hédi est parti sur les pointes du pied comme à son habitude ! Il a eu au moins le temps de voir la chute des despotes. Que les temps seront longs en son absence et sa présence douce et délicate nous manquera ! Mais, il continuera à nous accompagner dans cette transition difficile avec sa voix douce profonde et à nous donnera espoir avec ses mélodies sensuelles et charnelles.
Rédigé à 10:21 dans Actualité, Musique | Lien permanent | Commentaires (3) | TrackBack (0)
Chers amis,
J'ai le plaisir de vous informer de la publication de mon dernier essai "Tunisie: Economie politique d'une révolution" chez l'éditeur De Boeck. Amicalement Hakim
Rédigé à 13:05 dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Le budget a été approuvé dans une course contre la montre avant la fin de l’année. Le débat a été beaucoup plus marqué par des questions de procédure que par des éléments de substance. Pour l’opposition, il n’était pas question de boucler de manière hâtive ce budget si crucial pour répondre aux besoins sociaux qui ont été au cœur de la révolution. Pour le gouvernement, il était, au contraire important d’adopter ce budget avant la fin de l’année pour assurer un retour au fonctionnement normal des institutions et éviter à nouveau à recourir à des autorisations de dépenses par des décrets présidentiels. Il était entendu alors qu’une loi de finances complémentaire vienne corriger ce budget de départ et prendre mieux en considération les revendications sociales.
Aujourd’hui, les regards et le débat public doivent porter sur la loi de finances complémentaire et poser la question de quel budget d’Etat a-t-on besoin ? Cette question est d’autant plus importante que l’on assiste ici et là à une recrudescence de la mobilisation sociale et des sit-in de la part d’importantes couches de populations qui montrent que les attentes sont importantes et que le gouvernement n’aura pas de période de grâce.
Le débat sur la loi de finances complémentaire est encore embryonnaire aujourd’hui et nul doute qu’il se renforcera dans quelques jours voir dans les semaines à venir lorsqu’on commencera à voir l’ampleur de cette nouvelle loi et ses priorités. Mais, d’ores et déjà, certains responsables ont formulé quelques commentaires sur le contenu de cette nouvelle loi et beaucoup ont appelé à plus d’économies et à faire preuve d’une plus grande rigueur dans la gestion des ressources publiques. Ces bribes de commentaires et de réflexions préliminaires sont loin aujourd’hui de constituer une vision claire d’une politique économique à mettre en place pour les prochains mois. Il est donc temps d’ouvrir le débat sur les grandes orientations économiques qui doivent nourrir la loi de finances complémentaires.
Une première étape incontournable dans la définition d’une politique économique d’un pays est bien évidemment le diagnostic de la situation économique et sociale. A ce niveau, il y a un consensus sur les symptômes du mal économique et social en Tunisie. La croissance reste faible depuis la révolution et les estimations futures ne sont pas optimistes. L’investissement privé ne reprend pas même si la corruption qui empêchait les investisseurs privés de prend des risques par le passé avait disparu. Les investisseurs étrangers ne se bousculent pas au portillon. La consommation privée reste aussi faible et les consommateurs sont hésitants et méfiants. Certes, le gouvernement précédent a essayé d’apporter des réponses à cette situation. Mais, ces actions n’ont réussi qu’à stabiliser la situation et la reprise et la relance de l’économie ne sont pas encore dans l’horizon.
La véritable question qui se pose aujourd’hui est de connaître les origines de cette situation et pourquoi la situation économique demeure fragile. La réponse à cette question est essentielle car elle déterminera la nature des politiques économiques à mettre en œuvre. Ces situations économiques ne sont nouvelles et beaucoup d’économies les ont connus par le passé. Il s’agit de ce que le maître de Cambridge, le grand économiste Keynes, a appelé de situations de « trappe à la liquidité » en référence à la grande dépression des années 1930 dans les pays développés. Depuis, ces situations ont été bien étudiées par les économistes et les politiques, particulièrement ceux qui ont la mémoire longue, connaissent mieux les réponses qu’il faut leur apporter. Alors qu’est-ce qu’une situation de « trappe à la liquidité » ? Ce sont des situations d’une grande incertitude qui est à l’origine d’une grande inquiétude sur l’avenir de la part des acteurs économiques. Cette situation nourrit une aversion au risque sans précédent de la part des acteurs qui se refusent de prendre d’importantes décisions dans le domaine économique et préfèrent garder leurs biens sous la forme la plus liquide.
Les économistes ont bien étudiés ces situations dans différents pays et savent aujourd’hui qu’on est en présence de situations complexes où les outils des politiques perdent de leur pertinence et ne sont plus en mesure de relancer l’investissement et la consommation et par conséquence la croissance. Les expériences historiques ont montré que particulièrement les politiques monétaires, qui représentent l’instrument le plus utilisé dans les périodes de récession, perdent de leur efficacité. En effet, la baisse des taux d’intérêt ne va pas sortir les acteurs économiques de leurs réserves. Ces acteurs continuent à être sourds aux appels à la consommation et à l’investissement du fait d’une inquiétude grandissante sur l’avenir. La politique monétaire et l’optique d’un argent plus accessible ne parviennent pas à réduire les appréhensions et les peurs des investisseurs et des consommateurs.
Alors la question qui se pose est quelle politique économique pour sortir d’une « situation de trappe à la liquidité ». Non seulement les enseignements théoriques, notamment du maître de Cambridge, mais aussi les expériences historiques ont montré que la politique budgétaire est la réponse la plus approprié pour sortir l’économie de la récession lors de ses moments de fortes incertitudes sur l’avenir. Au moment où les acteurs privés font preuve d’une grande prudence, c’est à l’acteur public de prendre les risques et de relancer l’investissement afin de faire repartir la croissance. Une grande prise de risque de la part du gouvernement est essentielle car elle peut avoir d’importants effets psychologiques dans la mesure où elle permet de restaurer la confiance des acteurs économiques et de la population. Par ailleurs, un grand programme de relance peut aussi inciter les acteurs privés à revoir leurs prévisions à la hausse dans la mesure où ils savent que la demande publique va avoir un effet positif sur la demande privée.
La Tunisie d’aujourd’hui est dans une importante « trappe à la liquidité » que la politique monétaire seule ne saurait régler. Il est important que la politique budgétaire et qu’une relance forte de l’économie puissent jouer leur partition afin de rassurer les acteurs économiques et restaurer la confiance dans l’avenir et commencer à répondre aux attentes qui étaient au cœur de la révolution.
Rédigé à 10:12 dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (4) | TrackBack (0)
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