03 juillet 2009

La crise mettra-t-elle fin au Web 2.0?

La nouvelle génération de la toile le web 2.0 nous a été présentée il y a quatre ans et au moment de son apparition comme étant un nouveau saut dans cette utopie du partage et de la socialité dont était porteuse la société virtuelle des temps post-modernes. Cette nouvelle révolution et les nouveaux sites qui se sont développés devaient nous réconcilier avec l'espérance de construire un monde meilleur et échapper à la logique marchande et au profit qui avaient fini par assaillir la première génération du web. Parti pour illustrer l'espérance d'un autre monde que nous n'avons pas réussi à mettre en place dans notre monde et qu'elle a cherché à construire sur la toile, la première génération du web n'a pas résisté à la tentation de l'argent et du profit.

 

            La nouvelle génération du web 2.0 devait nous réconcilier avec l'utopie du partage et de la socialité qui sont au cœur du modèle de la société virtuelle. Cette nouvelle génération du web 2.0 a donné à une prolifération de l'imagination et de la créativité de nos sociétés. Très rapidement on a assisté à une multiplication des sites web dont les plus connus sont Myspace, YouTube, Dailymotion, Facebook et Twitter, le dernier de cette nouvelle toile. Ces sites ont donné à la nouvelle génération de web un développement sans précédent! Qui n'a pas mis en place son profil sur facebook? Qui n'a pas consulté tous ses fragments de films ou ses tranches de vis postés sur YouTube ou Dailymotion? Qui n'a pas reçu une proposition de rejoindre un groupe d'amis et une petite tribu sur le web 2.0?

 

            Le web 2.0 est devenu très rapidement la nouvelle frontière de la société et du monde virtuel que la post-modernité a érigé comme une alternative aux maux et aux espoirs déçus du monde de la modernité et des révolutions classiques. La toile 2.0 a réussi rapidement à mettre en place deux principes essentiels qui étaient au centre du développement de la première génération et qui ont été progressivement emportés par l'obsession du profit et la quête de l'argent. Le web 2.0 est désormais basée sur une totale gratuité et en même temps sur les principes du partage et de la socialisation. Ce nouveau modèle économique a été à l'origine du développement sans précédent du web 2.0 et son succès universel. Mais, ce développement a pu être financé par le développement rapide de la publicité sur la toile qui est venu soutenir le web 2.0 et a pu assurer la principe de gratuité de cette nouvelle génération. Les chiffres du développement de la publicité sur le web 2.0 faisaient rêver les responsables de la presse traditionnelle qui souffraient de l'assèchement de cette manne sans précédent. On estimait à 30% en moyenne annuelle le taux de croissance des dépenses de publicité sur le web 2.0 au cours des dernières années.

 

            Le développement de cette nouvelle génération de la toile a été à l'origine d'une forte valorisation de ses nouveaux sites et les sommes plus folles ont été avancées ses dernières années par de grandes sociétés pour prendre le contrôle de ses sites. Ainsi, Rober Murdoch a payé 500 millions de $ pour prendre le contrôle de Myspace. Yahoo a déboursé la même somme pour mettre le site FlickP dans son escarcelle et Google la rondelette somme de 1,65 milliard de $ pour se paye YouTube.

 

            Or, depuis l'éclatement de la crise financière le modèle économique du web 2.0 est au plus mal. En effet, on a assisté à une chute des recettes publicitaires qui ont assuré jusqu'à maintenant le fonctionnement du système et sa viabilité. En 2009, la croissance des recettes publicitaires ne sera que de 9% dans un secteur habitué à des rythmes nettement plus importants. Du coup, les mesures de réduction des coûts n'ont tardé à se frayer un chemin dans un système qu'on pensait avoir échappé à la logique marchande. Et, même les plus grands et les sites les plus connus n'ont pas échappé à ce retournement de conjoncture. Ainsi, Facebook, l'un des derniers grands indépendants de la toile web 2.0 et en dépit de ses 200 millions d'abonnés, ne pourra pas échapper à une réduction drastique de ses coûts de fonctionnement et pourrait même licencier son personnel. Le site Twitter vient de lever 30 millions d'euros pour faire face à la baisse de ses recettes publicitaires sans disposer de véritables modèles économiques pour le futur. De son côté, eBay pourrait se désengager de Skype qu'il a acquis récemment pour 3,1 milliards de $. Yahoo, dont le rachat pour 47 milliards de $ par Microsoft a tourné court en 2008, sera certainement emmené à licencier plus de monde dans le futur après avoir licencié 2800 personnes en 2008. Google a également commencé à réduire ses effectifs pour faire face à cette baisse des recettes publicitaires et a déjà abandonné certaines projets de diversification.

 

            Certes, ces nouveaux sites disposent d'importantes recettes et de ressources propres qui leur permettront de résister quelque temps à la crise. Cependant, l'approfondissement de la crise risque de fragiliser encore plus un monde qui a cherché à échapper à logique marchande du capitalisme et risque de réduire à néant les rêves et les utopies du web 2.0.

 

25 juin 2009

Les Banques résisteront-elles à une aggravation de la crise?

Depuis son arrivée et pouvoir et les plans de sauvetage mis en place, la nouvelle administration américaine et particulièrement le Secrétaire au trésor Timothy Geithner n'avait qu'une question en tête : l'ampleur du risque bancaire. Cette question est d'autant plus importante que sa récompense allait largement influencer la conduite à suivre par le gouvernement américain dans la stratégie de sauvetage des banques. Beaucoup d'experts, dont le prix Nobel d'économie Krugman, conseillait à la nouvelle administration des solutions radicales et pensait que le sauvetage des banques passait par la nationalisation des plus touchées d'entre-elles pour une certaine période. L'administration cherchait donc à avoir une idée plus claire sur le degré d'exposition des grandes banques avant de définir sa feuille de route pour le futur. Par ailleurs, des chiffres et des estimations des plus contradictoires circulaient sur les besoins de ses grandes banques ce qui n'était pas de nature à rassurer les marchés et à réduire l'incertitude et l'instabilité. Par ailleurs, de l'état de santé des banques dépendra la reprise et le retour de la croissance dans les grandes économies.

 

            Pour l'ensemble de ces raisons, la nouvelle administration américaine s'est attelé dès son arrivée aux affaires à répondre à cette question et à mesurer l'ampleur du risque encouru par les grandes banques. Très rapidement un comité a été mis en place et dont l'objectif est de mesurer la solidité des banques et en leur faisant passer ce qu'on appelle outre-atlantique un "stress test" ou un test de solidité. Cet exercice a été entamé en février 2009 et a concerné les 19 plus grandes banques américaines ou celles qu'on considèrent outre-atlantique "too big to fail" (Trop importante pour faire faillite). Et depuis l'annonce de la mise en place de ce comité, les marchés financiers et l'ensemble des acteurs attendaient avec impatience ses résultats. Mais, entre-temps, la Réserve Fédérale a laissé passer quelques informations sur les outils méthodologiques et les principaux critères qui ont été utilisées dont bien évidemment l'importance des fonds propres ou les moyens de se prémunir contre une éventuelle défaillance. Ensuite, d'autres "fuites" ont été orchestrées par la FED pour rassurer les marchés et éviter que la publication brutale de certains résultats ne les déstabilisent pas.

 

            Finalement les résultats de ces tests ont été publiés il y a quelques jours et elles montrent que les banques n'auront besoin que de 74,6 milliards de $ de fonds propres pour faire face au pire. Parmi les banques qui doivent augmenter leurs fonds propres, il faut noter Bank of America (33,9 milliards de $), Wells Fargo (13,7 milliards), la banque de crédit automobile GMAC (11,5 milliards de $), Citigroup (5,5 milliards de $), Morgan et Stanley (1,8 milliard de $). Ces banques doivent présenter des plans de redressement avant le 8 juin. Les réserves ont été jugées suffisantes pour neuf autres banques dont Goldman Sachs, JP Morgan Chase, American Express et Bank Of New York.

 

            Ces résultats ont eu dans un premier temps pour effet de rassurer les marchés qui sont reparties à la hausse. Mais, très rapidement ce test a fait l'objet de beaucoup de critiques et de remises en cause. Pour beaucoup ce chiffre ne reflète pas la réalité de la situation de beaucoup d'institutions financières qui sont beaucoup plus touchées par la crise. Ces résultats sont d'autant plus contestées qu'au moment de leur publication, le FMI estimait les besoins des banques américaines à 275 milliards de $ d'ici 2010 pour nettoyer leurs bilans. Et, beaucoup d'experts se demandaient si les besoins étaient aussi peu importants que le suggéraient les résultats des stress test sur les raisons qui empêchent que la croissance reparte et que ces banques accordent des financements plus importants à l'économie. Ces doutes étaient d'autant plus importants que le quotidien d'affaire américain le Wall Street Journal révélait sur site web dès le 9 mai 2009 que la publication de ces résultats a fait l'objet d'intenses négociations préalables avec les différentes banques qui dans certains cas ont fait valoir leurs points de vue et ont exigé une révision à la baisse de leurs besoins. Et, le quotidien de citer les exemples de la Bank Of America dont les besoins étaient de plus 50 milliards de $ avant d'être baissé à 33,9 milliards de $, de la Citigroup dont les besoins de départ étaient de 35 milliards de $ et les chiffres publiés ont été réduits à 5,5 milliards de $ et celles encore de Wells Fargo qui étaient de 17,3 milliards de $ et qui ont été révisés à la baisse et ne sont plus que de 13,7 milliards de $.

 

            D'autres également ont critiqué les hypothèses utilisées par le comité pour mesurer les besoins des banques. En effet, et contrairement à ce qui était prévu au départ et qui consistait à tester l'hypothèse d'un scénario catastrophe d'une déflation de 10% du PIB, les autorités américaines ont révisé ce scénario et ont utilisé l'hypothèse d'une récession classique qui ne dépasserait pas les 6% du PIB.

 

            Ces critiques et ces interrogations ont été à l'origine d'une révision de la première perception positive de ce "stress test" et les marchés financières ont exprimé ces doutes avec une forte baisse, particulièrement pour les valeurs financières. Mais, ne dépit de ses limites et des critiques, ces test sont des outils nécessaires de prudence dans la gestion des banques. D'ailleurs le FMI a appelé tous les pays à mettre en place ses tests afin d'éviter de mauvaises surprises et L'Union européenne vient de faire savoir que des "stress test" seraient mis en place d'ici à septembre pour tester la solidité de son secteur bancaire. 25 établissements bancaires, tels que BNP-Paribas, la Société Générale, la Deutsche Bank, Santander, la Commerzbank, ou l'Unicrédit, y seraient soumis.

 

            La crise actuelle a montré encore une fois l'importance du secteur bancaire et financier dans le fonctionnement des économies modernes et la nécessité de s'assurer que ces pourvoyeurs "d'oxygène financier" pour nos économies se portent comme des charmes et ne prennent pas de risques démesurés qui pourrait coûter cher à nos économies de plus en plus globalisées!

19 juin 2009

La Recessionista, ou comment s'habiller chic par temps de crise!

Je n'ai pas arrêté depuis des mois de vous proposer des chroniques sur la crise! Son impact économique! Ses effets sur les pays en développement! Ses conséquences sur la Tunisie! Les réformes à mettre en place pour y échapper! L'ordre international à réformer et les institutions à instaurer afin de prendre en considération les préoccupations et les revendications des pays en développement! Vous en avez peut-être assez de ces papiers et de ces chroniques sur la crise! Votre seuil de tolérance est peut-être atteint et vous êtes probablement au bord de l'indigestion eu égard à ce thème!

 

            Alors, j'ai décidé de changer et de vous suggérer un thème un peu plus léger! Il est toujours en rapport avec la crise! Chassez la naturel, il revient au galop, me diriez-vous! Mais, rassurez-vous on l'abordera sous un angle un peu plus léger et en tout cas moins sérieux! Il ne sera pas question de l'impact de la crise, ni d'analyses approfondies des questions économiques, encore moins de mes sauts d'humeur sur le fonctionnement de l'économie mondiale et son incapacité à prendre en considération les questions du développement et les intérêts des pays du Sud!

 

            Non, je vous parlerai de mode et d'habillement! Car tout simplement même en temps de crise, certains tiennent à leur élégance et aux principes élémentaires du savoir vivre! Mais, toute la question est de savoir comment continuer à le faire en ces temps difficiles où le chômage et l'incertitude sont de plus en plus croissants! Ces amoureux de l'élégance et de la mode ont trouvé une riposte à ces temps difficiles! Il s'agit de la recessionista! Difficile à prononcer, mais très efficace semble-t-il par le temps qui court! C'est quoi exactement cette recessionista et en quoi aide-t-elle les dandys de ce début de siècle à maintenir leur standing vestimentire.

 

            Cette nouvelle tendance s'est développée aux Etats-Unis! Recessionista provient d'une contraction des deux termes "récession" et "fashionistas" (amoureux de la mode) et correspond aux nouvelles pratiques mises en place aux Etats-Unis pour beaucoup de jeunes et moins jeunes pour continuer à croquer la vie, même en temps de crise! Ils ont découvert un système simple qui est d'organiser un troc de vêtements de marque. Ce troc permet de se débarrasser des vêtements que nous ne voulons plus mettre à moindre coût et de les échanger contre d'autres vêtements plus tendance! Mais, comme nous sommes entre gens de bonne compagnie et de bon goût, ce troc ne va pas se faire vulgairement sur un trottoir comme ces milliers de "souk Lybia" que nous croisons un peu partout chez nous et qui constituent la réponse du prolétaire à la crise! Ces échanges vont avoir lieu lors de ces fameux Tea Troc Party! ça en jette! Généralement, ces échanges sont organisés chez des particuliers qui en invitent d'autres pour présenter leurs vêtements et les habits dont ils veulent se débarrasser! Tout en prenant le thé et en conversant entre gens de bonne compagnie sur les affaires du monde, on échange nos affaires! Ainsi, quelqu'un peut très bien développer de longs discours sur la paix dans le monde tout en guettant la chemise du voisin et en espérant qu'il accepte de la céder contre sa cravate! Un autre peut faire une longue analyse sur les tendances romanesques les plus récentes en ayant un œil sur la culotte top tendance de celui qui en face de lui! Ou quelqu'un pourrait développer un speech des plus passionnés sur le changement climatique et l'avenir de la planète tout en espérant que son voisin ne se jette pas sur la ceinture en croco qui est devant lui! Mais, de temps en temps les débats s'arrêtent pour laisser le temps à nos apprentis commerciaux d'échanger leurs fringues!

 

            Mais, cette recessionista marche du tonnerre outre-atlantique et elle vient juste d'envahir l'Europe où on raffole de tout ce qui vient d'Amérique! Du coup, les Tea Troc Party se sont développées un peu partout dans les grandes villes européennes! D'ailleurs, Annabelle, une grande habituée maintenant de ces "events", lors de sa dernière Tea Troc Party a échangé ceinture contre blouse, "c'est très drôle! J'en avais entendu parler et j'ai voulu essayer. je suis une grosse consommatrice de fringues, mais je n'ai pas une passion pour les magasins. Je peux acheter beaucoup et plus rien pendant trois mois. Le troc est une solution sympa et ludique pour dénicher des trucs; et puis on rencontre des gens et on échange des infos"! Désolé, j'avais complètement oublié cette dimension! En plus,  ces Tea Troc Party nous permettent de sortir de notre isolement et contribuent à renforcer le rapport social et à mieux informer les gens! Que demande le peuple de plus! Voilà finalement que ces nouvelles tendances très post-modernes nous permettent, ou du moins à ceux qui ont les moyens car rappelons nous que nous restons bien entre gens de bonne compagnie, de sortir de notre mélancolie et de continuer à faire du commerce tout en en se gargarisant de joli discours sur l'avenir de notre planète!

 

            La recessionista est en train de se développer rapidement et elle a envahi la toile. Ainsi, plusieurs sites web spécialisés se sont créés et les amoureux de la recessionista n'hésitent pas à mettre à profit les nouveaux réseaux comme Facebook ou You Tube pour se faire connaître et développer leurs réseaux.

 

            Alors, une invitation à tous ceux qui n'ont pas le moral et passent par une période de mélancolie de vider leurs dressing et passer quelques moments dans ces évènements de troc afin de se donner un nouveau look qui les aidera à dépasser la crise! Mais, aussi gare à tous les petits malins qui chercheront à faire passer tous leurs produits de contre-façon achetés à Moncef Bey et les échanger contre de vrais produits de marque! L'œil de la police veille!

15 juin 2009

Quel nouveau directoire pour le monde?

Comment gouverner notre monde? Comment s'assurer d'un fonctionnement cohérent des institutions globales? Comment faire en sorte que la volonté et les intérêts individuels des pays soient traduits en une volonté globale et collective de la communauté internationale? Comment empêcher les guerres et maintenir la paix? Comment assurer un développement partagé entre les différents pays? Ces questions ont été de tout temps au centre des préoccupations des hommes politiques, des stratèges et des institutions internationales. Mais, la crise actuelle donne une actualité encore plus pressante à ces questionnements et la réforme de l'ordre international est au centre des débats et des réunions internationales.

 

            Certes, il faut rappeler que la communauté internationale s'est dotée à la sortie de la seconde guerre mondiale d'institutions globales pour gérer notre monde, assurer la paix, maintenir l'ordre et garantir une prospérité partagée. Ainsi, parallèlement aux Nations Unies, les accords de Bretton Woods ont donné naissance à la Banque Mondiale et au FMI qui devaient assurer la reconstruction de l'économie mondiale dévastée par la guerre et la crise des années 30. Ces institutions ont joué un important rôle dans la gouvernance de l'ordre international même si le contexte de la guerre froide et la lutte d'influence des deux puissances de l'époque, les Etats-Unis et l'URSS, a quelque peu réduit l'efficacité de leur action.

 

            Cependant, ces institutions se sont essoufflées à l'image de l'ordre de l'après-guerre qu'ils étaient censées gérer. Dès le début des années 70, l'abandon des changes fixes et la convertibilité du dollar en or ont réduit le rôle du FMI. De son côté, la reconstruction de l'Europe a amené la Banque Mondiale à trouver dans les pays en développement un nouveau champ d'activité. En même, l'exacerbation des luttes entre les deux protagonistes de la guerre froide a pesé de tout son poids sur l'efficacité de l'action du système des Nations Unies dans les années 70.

 

            Dans ce contexte, les premières discussions sur la refonte de l'ordre international ont pris jour au début des années 70. Durant la crise des années 70, il fallait se doter de nouvelles institutions capable de gérer cet ordre nouveau qui ne ressemble plus à celui hérité de l'après-seconde guerre mondiale. En effet, c'est un nouveau monde qui est apparu avec l'accès à l'indépendance d'un grand nombre de pays en développement et leur engagement en faveur d'un Nouvel Ordre Economique International capable de prendre en charge leurs préoccupations et leurs intérêts. Ces années ont été marquées par la montée des revendications économiques, politiques et culturelles des pays en développement et la montée en force du mouvement des non alignés qui a exprimé la volonté des pays du Tiers-Monde de se libérer de l'opposition Est-Ouest. Le mouvement des non-alignés a fait de la réforme de l'ordre international, une condition nécessaire au développement et à la modernité.

 

            Mais, en même temps, les pays développés ont commencé à réfléchir sur la mise en place des institutions nécessaires au fonctionnement de l'ordre international. C'est ainsi qu'est apparue l'idée du G7 devenue récemment le G8 qui est un club informel des pays développés et un lieu de coordination de leurs politiques et de leurs choix sur la scène internationale. Ce groupe se réunira pour la première fois du 15 au 18 novembre 1975 à l'invitation du Président français de l'époque Valéry Giscard d'Estaing. Depuis lors, le sommet de ce groupe deviendra un rendez-vous incontournable de la scène internationale. Mais, surtout les ministres des finances et les gouverneurs des banques centrales de ce groupe vont jouer un rôle majeur dans la gestion des crises financières qui vont secouer l'économie, particulièrement dans les années 80 et 90. Progressivement ce regroupement a acquis de l'importance et est devenu le véritable directoire du monde. Mais, ce directoire a été au centre d'un grand nombre de critiques et remises en cause particulièrement de la part des institutions de la société civile. En effet, l'internationale a largement critiqué le G7 et sa volonté hégémonique sur le monde. Ces critiques ont également porté sur le manque de transparence dans les décisions de ce directoire et le caractère peu démocratique par lequel il s'est imposé à la tête de notre monde. Ainsi, les sommets de ce groupe ont-ils toujours fait l'objet de grandes contestations et de grands défilés et de protestations de la part de la société civile à travers le monde.

 

            Mais, dans les années 80 on a connu d'importants changements sur la scène internationale avec la chute du mur de Berlin et la fin de la guerre froide. Les Etats-Unis deviennent alors la seule grande puissance mondiale. Cette place va se confirmera plus tard avec le rôle qu'ils joueront en Irak et dans la lutte contre le terrorisme après les attentats de 2001. Mais, cette nouvelle hégémonie ne résistera pas à la montée des défis internationaux et surtout à l'émergence de nouvelles puissances économiques du Sud, dont la Chine, l'Inde et le Brésil, qui cherchent de plus en plus à jouer un rôle plus important dans la gouvernance des affaires du monde. Ces nouvelles puissances mettent de plus en plus en exergue leurs poids économiques grandissant et le rôle marginal qui leur ai laissé au niveau politique. Cette situation est encore plus frappante dans les institutions internationales, comme le FMI ou la Banque Mondiale, où la place de ses pays est marginale. Certains experts indiquent souvent que la part de la Chine dans le capital du FMI est de 4% et au même niveau que la Belgique.           

 

            L'éclatement de la crise financière sera l'occasion pour tenter de mettre en place un nouveau directoire. Et le G20 est apparu comme le nouveau lieu de gouvernance du monde qui assure une plus grande participation des pays émergents. Ce groupe s'est rencontré une première fois au début de l'emballement de la crise en novembre 2008. Il s'est également réuni au début du mois d'avril dernier à Londres pour commencer à réfléchir sur les mesures à prendre afin de faire face à la crise actuelle. Ce groupe a mis à l'ordre du jour quatre questions essentielles qui sont au cœur de la sortie de crise dont: la relance mondiale, la régulation des systèmes financiers, la refonte de l'ordre financier international et l'appui aux pays en développement.

 

            Toute la question est de savoir si ce nouveau directoire sera en mesure de gérer le nouvel ordre international en crise après le tsunami financier que nous venons de subir? Une question d'autant plus importante que certains n'hésitent pas à opposer le G192, ou les Nations Unies, au G20, pour discuter de questions aussi importantes pour l'avenir du monde! D'autres, au contraire, estiment que la reconstruction de l'ordre international dépendra de la capacité des Etats-Unis et de la Chine, ce que beaucoup de commentateurs appellent déjà le G2, à trouver un terrain d'entente sur la gestion du monde de l'après-crise!

11 juin 2009

La fin du dollar roi?

 

            Keynes doit sourire dans sa tombe! Il doit avoir le sourire satisfait de celui à qui l'histoire a fini par donner raison! Mais, c'est certainement un sourire amer eu égard au temps perdu et aux différentes crises que nous avons connu pour n'avoir pas pris ses recommandations au sérieux et d'avoir mis en place un système monétaire et financier intenable en 1944 à la sortie de la guerre!

 

            Le débat aujourd'hui lancé par le gouverneur de la Banque Centrale de Chine et relayé par d'autres pays dont la Russie autour du rôle du dollar dans les relations internationales donne raison à l'économiste britannique. Rappelons qu'avant la fin de la guerre, Britanniques et Américains avaient entamé d'importants pourparlers afin de reconstruire l'ordre international. Ces pourparlers avaient débouché sur la convocation de la Conférence de Bretton Woods en 1944 qui a rassemblé les représentants d'un grand nombre de pays afin de mettre en place le nouvel ordre international. Cette conférence a été marquée par l'opposition entre la délégation britannique conduite par le brillant Keynes et la délégation américaine conduite par White sur une série de points dont celle du moyen de paiement international. Lors de cette conférence, Keynes avait fait un vibrant appel pour la mise en place d'une monnaie de règlement international qu'il appela le Bancor qui serait constitué par des dépôts des pays auprès d'une institution internationale et qui servira à régler les échanges entre les différents pays. Cet appel n'a pas trouvé écho auprès des Américains fiers de l'hégémonie qu'ils viennent d'acquérir sur le monde! Pour la délégation américaine, le dollar doit être la monnaie mondiale et devrait régler les échanges internationaux. Le dollar, pour les Américains, est aussi bon que l'or et ils se sont dits prêts à assurer la convertibilité de tous les dollars détenus à l'étranger en or. Keynes, la santé chancelante suite à des alertes cardiaques à répétition, n'a pu rien faire et l'accord de Bretton Woods sera l'expression de la volonté américaine et de leur puissance toute nouvelle sur le monde!

 

            Or, les pronostics de Keynes se sont rapidement vérifiés et le système a montré rapidement ses limites dès la fin des années 60. L'Europe reconstruite a retrouvé sa compétitivité et elle a détenu des sommes importantes de dollars que les Américains n'étaient plus capables de convertir en or. Cette situation a été à l'origine de tensions grandissantes entre les Etats-Unis et ses partenaires européens, notamment la France où le Général De Gaule a exigé la conversion des dollars détenus en or. Ni les négociations, ni les propositions de réforme n'ont réussi à surmonter les difficultés de cet ordre international. C'est tout naturellement que le président Nixon annonça en 1971 la fin de la convertibilité de l'or en dollar. Mais, cette première crise n'a pas réussi à remettre en cause le rôle du dollar qui a continué à assurer son hégémonie sur l'économie mondiale.

 

            Cette dépendance de l'économie mondiale vis-à-vis du dollar est à l'origine d'une accumulation d'importants déséquilibres dans l'économie mondiale. D'un côté, les Américains ne peuvent régler leur déficit dans la mesure où le reste du monde a besoin du dollar pour assurer ses paiement et ses réserves. D'un autre côté, la crise asiatique de 1997-98 a encouragé les pays émergents à détenir d'importants excédents pour faire face à tous les risques de sortie précipitée des capitaux étrangers. Or, ces réserves auraient pu être investies dans ces pays et accélérer par conséquent leurs croissance et leur développement. En même temps, beaucoup de pays se sont plaints des variations des changes de leurs réserves en dollars. Ils subissent ses variations et les aléas des politiques de changes aux Etats-Unis. L'accroissement de ces déséquilibres a nourri les vulnérabilités et les fragilités qui sont au cœur de la crise actuelle.

 

            La crise financière et l'ampleur des faillites des banques ont pris le devant de la scène lors des débats récents sur la crise. Mais, la question des déséquilibres de l'économie mondiale était toujours présente et en toile de fond le rôle du dollar. Dans ce contexte Zhou Xiaochuan, le gouverneur de la Banque Centrale de Chine, a lancé son pavé dans la mare dans une tribune publiée sur le site web le mardi 24 mars 2009 dans laquelle il proposa de remplacer la devise américaine par une nouvelle monnaie de réserve mondiale contrôlée par le FMI. Cette contribution a fait l'effet d'une bombe et beaucoup de responsables ont réagi à cette proposition. Timothy Geithner, le Secrétaire au Trésor américain,  dans une déclaration un peu hâtive, a indiqué qu'il était ouvert pour une extension de l'utilisation des droits de tirages spéciaux du FMI. Cette déclaration a été interprétée comme un appui à la proposition chinoise de trouver une nouvelle monnaie de paiement international par les investisseurs et le dollar a baissé de manière forte. Mr. Geithner a été amené à clarifier ses propos et à préciser que le dollar restera la monnaie de réserve dominante au niveau international. Il a eu l'appui de son président qui a souligné que le dollar est fort car les investisseurs sont confiants dans la capacité des Etats-Unis à conduire la relance de l'économie mondiale et a rejeté les appels pour une nouvelle monnaie globale. 

 

            Mais, la déclaration du gouverneur de la Banque Centrale de Chine a fait son effet. Et, le débat lancé ne saurait s'arrêter de sitôt! Dans la foulée, Joseph Stiglitz, le Président du Groupe de travail, mis en place par le Secrétaire Général des Nations Unies pour la réforme de l'architecture internationale, le G-192, a déclaré devant l'Assemblée Générale des Nations Unies que les pays doivent trouver un consensus pour la création d'un nouveau système de réserve globale pour remplacer le dollar qui est aujourd'hui la plus importante réserve internationale. Dans le même élan, la Russie a proposé la tenue d'une conférence gouvernementale et d'experts pour préparer les accords sur un nouvelle architecture monétaire et financière globale. Dominique Strauss-Kahn, le Directeur général du FMI, l'institution qui a été suggéré de prendre en charge la gestion de cette nouvelle monnaie, n'est pas en reste. Il a déclaré qu'une discussion sur le rôle du dollar était légitime et que cette discussion sera à l'ordre du jour lors des prochains mois. Cependant, le processus sera long et n'avancera pas rapidement dans la mesure où l'attention aujourd'hui est concentrée sur la crise financière.

 

            Il est clair que ce débat ouvert par les autorités chinoises montre que la réflexion sur l'issue à la crise globale ne saurait se maintenir à la sphère financière et que les déséquilibres importants dans l'économie mondiale posent immédiatement des questions monétaires et plus particulièrement le rôle de la monnaie de paiement international et de réserve que le dollar a assumé jusqu'à aujourd'hui. Il est évident que ce débat se poursuivra dans les prochains jours. Mais l'avènement d'une nouvelle monnaie de paiement ou le renforcement du rôle des DTS du FMI doit avoir pour objectif d'assurer une croissance partagée et équilibrée dans le monde afin d'assurer le plein emploi. La réalisation de cet objectif devrait prendre en considération quatre aspects essentiels. Le premier est lié à la disponibilité de cette monnaie en quantités suffisantes pour permettre aux pays d'effectuer leurs paiement et d'assurer une relance du commerce international. A titre indicatif, les réserves internationales de change sont aujourd'hui de 6894 milliards de dollars dont 65% sont détenues dans la devise américaine. De ce point de vue, le volume des DTS détenu par le FMI est nettement en dessous de ces montants et on devrait opérer une création massive de DTS si on veut en faire le nouveau moyen de paiement international. Par ailleurs, l'existence de cette monnaie doit se libérer de l'or et de toute volonté de convertibilité. Il est également urgent de faire de l'équilibre une condition de fonctionnement des relations internationales et d'inviter les pays à absorber progressivement leurs déséquilibres. Enfin, le FMI, qui devrait dans les différentes propositions gérer cette nouvelle monnaie, devrait abandonner ses conditionnalités, surtout lorsqu'il s'agit des pays en développement, pour mettre à la disposition de ces pays membres cette nouvelle monnaie et les laisser formuler de manière autonome et indépendante leurs politiques économiques et leurs choix de développement.

 

            Keynes ne saurait renier ces principes de gestion du nouvel ordre international et des paiements internationaux. Au contraire, il sera content de savoir que le pragmatisme, l'équilibre et la coopération l'emportent dans la reconstruction de la nouvelle architecture internationale qui devrait remplacer celle issue des accords de Bretton Woods!

 

02 juin 2009

Retour du débat sur les inégalités!

On croyait ce débat disparu à jamais ! On se pensait débarrassé de cet héritage honni des années de contestation et de radicalité! On était persuadé que la mort du communisme et du socialisme avait enterré également cette vieille utopie égalitariste qui n'a fait que limiter l'esprit d'innovation et d'initiative des plus compétents et a favorisé un nivellement des sociétés par le bas et leur alignement sur les performances de plus médiocres! On pensait que les riches pouvaient enfin étaler leur opulence sans peur de réprimandes! On croyait que les plus nantis pouvaient enfin étendre sans la moindre gêne l'extravagance de leurs biens et de leurs richesses!

 

            Eh bien non! Le débat sur les inégalités est de retour! Dans les sociétés développées la question de l'inégalité est au centre du débat public depuis quelques semaines. Aux Etats-Unis, Barack Obama évoque, en dépit des critiques du camp républicain, la nécessité de relever l'impôt sur les plus riches afin de financer les dépenses sociales. Le Congrès vient d'ailleurs de décider de taxer à hauteur de 90% les 165 millions de $ que les hauts responsables de la société d'assurance en faillite AIG se sont partagés en. En, France cette question est également au centre des débats et d'une actualité marquée par la montée de fronde sociale. Le bouclier fiscal dont le Président Sarkozy a fait un des points majeurs de sa campagne électorale et de son mandat et qui stipule que l'Etat ne devrait pas prélever plus de 50% des revenus, est également critiqué non seulement à gauche mais jusqu'au camp de la majorité présidentielle. La principale critique est que le bouclier fiscal prive l'Etat de recettes importantes afin de faire face à ses dépenses pour sauver les banques et les plans de relance de l'économie. En Grande Bretagne, le gouvernement du Premier Ministre Gordon Brown est en train d'étudier un projet pour relever le taux d'imposition à 45% des revenus annuels pour ceux qui gagnent plus de 200 000 euros par an. On enregistre également un peu partout en Europe et en Amérique du Nord la montée de la contestation des parachutes dorés et des bonus accordés par des entreprises et des banques au bord de la faillite à leurs hauts dirigeants!

 

            Donc, le débat sur l'inégalité est de retour et la question de la justice fiscale que l'on croyait enterré est au cœur du débat public. Cette évolution constitue une rupture majeure dans le consensus établi depuis près d'un quart de siècle dans le monde et dans les thèses du libéralisme triomphant qui a fait, depuis l'arrivée de Reagan et de Tatcher au pouvoir, de la baisse des impôts une véritable doctrine économique! Le néo-libéralisme triomphant a mis fin à l'Etat-providence et à une politique fiscale qui cherchait à corriger les inégalités dans les sociétés capitalistes. A ce niveau, il faut souligner que les débats sur les inégalités et les politiques fiscales sont assez significatifs des périodes de crise. Rappelons que la crise des années 30 a connu un important débat de même nature. En effet, en 1932 et au moment de l'arrivée de Roosevelt au pouvoir aux Etats-Unis, le taux d'imposition appliqué sur les revenus les plus riches n'était que de 25%. Juste après son élection, le Président décide d'augmenter immédiatement ce taux à 63%. Les besoins de financement du New Deal seront à l'origine d'une forte augmentation de l'imposition des plus riches. Et, l'imposition des revenus les plus élevés ne cessera d'augmenter pour passer à 79% en 1936 et atteindre 91% en 1941. Ce taux de 91% était alors appliqué sur les revenus qui dépassaient 200 000 $ de l'époque soit l'équivalent de 1 million de $ aujourd'hui. Ce taux continuera à s'imposer jusqu'en 1964 et descendra par la suite progressivement à 77% pour s'établir à 70 à partir de 1970. Ainsi, le taux d'imposition des revenus a été en moyenne de 80% entre la crise de 1929 et la fin des années 70 aux Etats-Unis, ce qui n'a pas empêché l'économie américaine de connaître la période de croissance la plus forte. Cette tendance n'est pas propre aux Etats-Unis. En effet, l'ensemble des pays développés ont imposé un taux de prélèvement élevé sur les hauts revenus sans que personne n'y trouve à redire! En France, par exemple, ce taux a été de 90 pendant l'entre-deux-guerres et s'est stabilisé par la suite à près de 70%. Ces taux élevés étaient d'abord censés apporter des revenus non négligeables pour les pouvoirs publics. Par ailleurs, ils favorisaient une importante correction sociale et assuraient une plus grande cohésion sociale.

 

            Or, ce consensus serait rompu au début des années avec l'arrivée au pouvoir du néo-libéralisme triomphant. En effet, Reagan, Tatcher et autres néo-libéraux ont été à l'origine de la thèse que trop d'impôt tue l'impôt et qu'il fallait réduire massivement l'imposition sur les plus riches afin de leur donner le goût de la prise de risque, du travail, de la créativité et de l'innovation! Ainsi, les taux sur les revenus les plus élevés ont connu de très fortes baisses et ils se situent aujourd'hui entre 30 et 35% aux Etats-Unis ce qui représente leurs niveaux avant l'arrivée de Roosevelt au pouvoir dans les années 30. Cette même tendance s'observe également dans la plupart des pays développés.

 

            Cette baisse des impôts a été à l'origine d'une explosion des inégalités dans la plupart des pays développés. Ainsi, un rapport de l'OCDE "les deux dernières décennies ont été marquées par une augmentation à la fois des inégalités et du nombre de pauvres". La revue Forbes a montré que les 400 plus riches contribuables américains ont gagné 105 milliards de $ en 2006 et n'ont payé que 18 milliards d'impôt. On estime aux Etats-Unis qu'il y a eu un transfert de 15 points de revenu national en direction des 1% les plus riches et la stagnation du pouvoir d'achat du reste de la population depuis cette rupture libérale des années 80. En France, beaucoup d'études ont montré une forte montée des inégalités dans les années 90 et au début du siècle. Ainsi, on estime qu'en moyenne les revenus des 1% les plus riches ont augmenté de 20% et ceux des 0,01% les plus riches de 40% alors que la progression des 90% des français les moins riches n'a été que de 4%. Cette tendance à l'explosion des salaires des plus riches a été renforcée par la financiarisation et l'apparition de nouvelles formes de revenus comme les bonus que les dirigeants d'entreprises s'accordent. Ces nouvelles formes de rémunération ont été à l'origine de forte prise de risque de la part des traders qui explique en partie la crise actuelle et l'explosion de la bulle financière.

 

            Or, ce consensus sur la baisse de la fiscalité et la banalisation de l'inégalité sont aujourd'hui d'être profondément remis en cause. Deux raisons sont derrière ce changement d'attitude. D'abord, la crise qui a été à l'origine d'un accroissement des besoins des Etats pour financer les plans de sauvetage des banques et les plans de relance des économies. Ce qui a amené les gouvernements à revisiter ce consensus et à chercher dans les prélèvements sur les hauts revenus des ressources supplémentaires. Ensuite, l'opinion publique est de plus en plus révoltée contre ces traders et ces hauts responsables qu'on a présenté comme étant les meilleurs dans leur profession et qui sont à l'origine de la débâcle de leurs banques et de leurs grandes entreprises, et qui continuent à s'accorder entre eux bonus et autres parachutes dorés!

 

            Nul doute nous sommes aujourd'hui au tournant d'une époque! Le sentiment d'égalité et de justice n'ont jamais été aussi forts et ils risquent de nourrir les choix et les politiques dans beaucoup de pays au grand dam des plus nantis et des néo-libéraux de tout poil!

 

01 mai 2009

Publication de notre ouvrage "La crise. Origines et perspectives".

Chers amis,

Nous avons le plaisir de vous annoncer la publication de notre nouvel ouvrage.

Amicalement,

Hakim

LA CRISE

origines & perspectives

Hakim Ben Hammouda

Hédi Bchir

Mustapha Sadni Jallab

D

U NORD AU SUD

, cet ouvrage offre un voyage au coeur de la crise, depuis la crise

immobilière, puis financière débutée en 2007 — consubstancielle au système

économique américain —, jusqu’à la récession actuelle qui touche l’ensemble de

l’économie.

E

ST-CE UNE CRISE DE PLUS

? Est-elle comparable à celle de 1929 ?… Inévitables

interrogations !

Q

UELLES SONT LES RUPTURES EN COURS

? Les changements qui ont été opérés dans le

monde ? Si les pays du Nord sont déjà touchés de plein fouet, qu’en est-il des

nouvelles puissances émergentes, certaines étant déjà en faillite ?

Q

UELLES SONT LES REFONDATIONS POSSIBLES

? Quelles sont les politiques de relance

mises en place ? Y a-t-il une nouvelle gouvernance mondiale possible ? Les pays du

Sud peuvent-ils offrir de nouvelles solutions ?

L’ouvrage apporte éléments de réponse et pistes de réflexion à ces interrogations.

H

AKIM BEN HAMMOUDA est économiste et universitaire spécialisé dans les questions de

développement et de commerce international. Titulaire d'un doctorat et d'une habilitation à

diriger la recherche en économie internationale de l'université de Grenoble, il a enseigné

l'économie internationale et l'économie du développement dans plusieurs universités. Il a

publié de nombreux livres, rapports, articles et des chroniques dans différents journaux aussi

bien en France qu'à l'étranger.

H

ÉDI BCHIR est économiste. Il est un ancien élève de l'école Polytechnique de Tunisie.

Docteur en science économique de l'université de Paris I. Il est auteur ou co-auteur de

nombreux articles dans des revues scientifiques sur les questions de développement et de

commerce international.

M

USTAPHA SADNI JALLAB est économiste. Titulaire d’un master recherche en économie et

finance internationale de l’université Lumière-Lyon 2 et de l’EM LYON Business School et

d'un doctorat en sciences économiques de l’université Lumière-Lyon 2, il a enseigné

l'économie internationale dans plusieurs universités. Il est auteur ou co-auteur de nombreux

rapports d’expertises économiques, ouvrages et articles dans des revues scientifiques

françaises et étrangères.

14,5 x 21 cm 288 p.

La Crise — Origines et perspectives

Sommaire

Introduction

Partie I — Crise globale : du Krach financier à la récession

Chapitre 1. Aux origines de la crise

Chapitre 2. Panique sur la planète finance

Chapitre 3. La crise est-elle finie ?

Chapitre 4. La Grande Dépression de 1929 est-elle de retour ?

Chapitre 5. Un nouveau capitalisme est-il en train de naître ?

Partie II — Les crises briseront-elles l’élan du Sud ?

Chapitre 1. Un nouveau Sud en ébullition

Chapitre 2. Lorsque les riches craignent la globalisation !

Chapitre 3. Les convives et les exclus ! La marge du monde

Chapitre 4. Nourrir la planète ! Les pauvres et la crise alimentaire

Chapitre 5. La crise va-t-elle emporter le Sud ?

Conclusion

Chronologie. Chronique d’une crise globale

La Crise 978-2-7298-4584-1 18

29,50

978-2-7298-3955-0

29,50

28 avril 2009

La fin du dollar roi?

Keynes doit sourire dans sa tombe! Il doit avoir le sourire satisfait de celui à qui l'histoire a fini par donner raison! Mais, c'est certainement un sourire amer eu égard au temps perdu et aux différentes crises que nous avons connu pour n'avoir pas pris ses recommandations au sérieux et d'avoir mis en place un système monétaire et financier intenable en 1944 à la sortie de la guerre!

 

            Le débat aujourd'hui lancé par le gouverneur de la Banque Centrale de Chine et relayé par d'autres pays dont la Russie autour du rôle du dollar dans les relations internationales donne raison à l'économiste britannique. Rappelons qu'avant la fin de la guerre, Britanniques et Américains avaient entamé d'importants pourparlers afin de reconstruire l'ordre international. Ces pourparlers avaient débouché sur la convocation de la Conférence de Bretton Woods en 1944 qui a rassemblé les représentants d'un grand nombre de pays afin de mettre en place le nouvel ordre international. Cette conférence a été marquée par l'opposition entre la délégation britannique conduite par le brillant Keynes et la délégation américaine conduite par White sur une série de points dont celle du moyen de paiement international. Lors de cette conférence, Keynes avait fait un vibrant appel pour la mise en place d'une monnaie de règlement international qu'il appela le Bancor qui serait constitué par des dépôts des pays auprès d'une institution internationale et qui servira à régler les échanges entre les différents pays. Cet appel n'a pas trouvé écho auprès des Américains fiers de l'hégémonie qu'ils viennent d'acquérir sur le monde! Pour la délégation américaine, le dollar doit être la monnaie mondiale et devrait régler les échanges internationaux. Le dollar, pour les Américains, est aussi bon que l'or et ils se sont dits prêts à assurer la convertibilité de tous les dollars détenus à l'étranger en or. Keynes, la santé chancelante suite à des alertes cardiaques à répétition, n'a pu rien faire et l'accord de Bretton Woods sera l'expression de la volonté américaine et de leur puissance toute nouvelle sur le monde!

 

            Or, les pronostics de Keynes se sont rapidement vérifiés et le système a montré rapidement ses limites dès la fin des années 60. L'Europe reconstruite a retrouvé sa compétitivité et elle a détenu des sommes importantes de dollars que les Américains n'étaient plus capables de convertir en or. Cette situation a été à l'origine de tensions grandissantes entre les Etats-Unis et ses partenaires européens, notamment la France où le Général De Gaule a exigé la conversion des dollars détenus en or. Ni les négociations, ni les propositions de réforme n'ont réussi à surmonter les difficultés de cet ordre international. C'est tout naturellement que le président Nixon annonça en 1971 la fin de la convertibilité de l'or en dollar. Mais, cette première crise n'a pas réussi à remettre en cause le rôle du dollar qui a continué à assurer son hégémonie sur l'économie mondiale.

 

            Cette dépendance de l'économie mondiale vis-à-vis du dollar est à l'origine d'une accumulation d'importants déséquilibres dans l'économie mondiale. D'un côté, les Américains ne peuvent régler leur déficit dans la mesure où le reste du monde a besoin du dollar pour assurer ses paiement et ses réserves. D'un autre côté, la crise asiatique de 1997-98 a encouragé les pays émergents à détenir d'importants excédents pour faire face à tous les risques de sortie précipitée des capitaux étrangers. Or, ces réserves auraient pu être investies dans ces pays et accélérer par conséquent leurs croissance et leur développement. En même temps, beaucoup de pays se sont plaints des variations des changes de leurs réserves en dollars. Ils subissent ses variations et les aléas des politiques de changes aux Etats-Unis. L'accroissement de ces déséquilibres a nourri les vulnérabilités et les fragilités qui sont au cœur de la crise actuelle.

 

            La crise financière et l'ampleur des faillites des banques ont pris le devant de la scène lors des débats récents sur la crise. Mais, la question des déséquilibres de l'économie mondiale était toujours présente et en toile de fond le rôle du dollar. Dans ce contexte Zhou Xiaochuan, le gouverneur de la Banque Centrale de Chine, a lancé son pavé dans la mare dans une tribune publiée sur le site web le mardi 24 mars 2009 dans laquelle il proposa de remplacer la devise américaine par une nouvelle monnaie de réserve mondiale contrôlée par le FMI. Cette contribution a fait l'effet d'une bombe et beaucoup de responsables ont réagi à cette proposition. Timothy Geithner, le Secrétaire au Trésor américain,  dans une déclaration un peu hâtive, a indiqué qu'il était ouvert pour une extension de l'utilisation des droits de tirages spéciaux du FMI. Cette déclaration a été interprétée comme un appui à la proposition chinoise de trouver une nouvelle monnaie de paiement international par les investisseurs et le dollar a baissé de manière forte. Mr. Geithner a été amené à clarifier ses propos et à préciser que le dollar restera la monnaie de réserve dominante au niveau international. Il a eu l'appui de son président qui a souligné que le dollar est fort car les investisseurs sont confiants dans la capacité des Etats-Unis à conduire la relance de l'économie mondiale et a rejeté les appels pour une nouvelle monnaie globale. 

 

            Mais, la déclaration du gouverneur de la Banque Centrale de Chine a fait son effet. Et, le débat lancé ne saurait s'arrêter de sitôt! Dans la foulée, Joseph Stiglitz, le Président du Groupe de travail, mis en place par le Secrétaire Général des Nations Unies pour la réforme de l'architecture internationale, le G-192, a déclaré devant l'Assemblée Générale des Nations Unies que les pays doivent trouver un consensus pour la création d'un nouveau système de réserve globale pour remplacer le dollar qui est aujourd'hui la plus importante réserve internationale. Dans le même élan, la Russie a proposé la tenue d'une conférence gouvernementale et d'experts pour préparer les accords sur un nouvelle architecture monétaire et financière globale. Dominique Strauss-Kahn, le Directeur général du FMI, l'institution qui a été suggéré de prendre en charge la gestion de cette nouvelle monnaie, n'est pas en reste. Il a déclaré qu'une discussion sur le rôle du dollar était légitime et que cette discussion sera à l'ordre du jour lors des prochains mois. Cependant, le processus sera long et n'avancera pas rapidement dans la mesure où l'attention aujourd'hui est concentrée sur la crise financière.

 

            Il est clair que ce débat ouvert par les autorités chinoises montre que la réflexion sur l'issue à la crise globale ne saurait se maintenir à la sphère financière et que les déséquilibres importants dans l'économie mondiale posent immédiatement des questions monétaires et plus particulièrement le rôle de la monnaie de paiement international et de réserve que le dollar a assumé jusqu'à aujourd'hui. Il est évident que ce débat se poursuivra dans les prochains jours. Mais l'avènement d'une nouvelle monnaie de paiement ou le renforcement du rôle des DTS du FMI doit avoir pour objectif d'assurer une croissance partagée et équilibrée dans le monde afin d'assurer le plein emploi. La réalisation de cet objectif devrait prendre en considération quatre aspects essentiels. Le premier est lié à la disponibilité de cette monnaie en quantités suffisantes pour permettre aux pays d'effectuer leurs paiement et d'assurer une relance du commerce international. A titre indicatif, les réserves internationales de change sont aujourd'hui de 6894 milliards de dollars dont 65% sont détenues dans la devise américaine. De ce point de vue, le volume des DTS détenu par le FMI est nettement en dessous de ces montants et on devrait opérer une création massive de DTS si on veut en faire le nouveau moyen de paiement international. Par ailleurs, l'existence de cette monnaie doit se libérer de l'or et de toute volonté de convertibilité. Il est également urgent de faire de l'équilibre une condition de fonctionnement des relations internationales et d'inviter les pays à absorber progressivement leurs déséquilibres. Enfin, le FMI, qui devrait dans les différentes propositions gérer cette nouvelle monnaie, devrait abandonner ses conditionnalités, surtout lorsqu'il s'agit des pays en développement, pour mettre à la disposition de ces pays membres cette nouvelle monnaie et les laisser formuler de manière autonome et indépendante leurs politiques économiques et leurs choix de développement.

 

            Keynes ne saurait renier ces principes de gestion du nouvel ordre international et des paiements internationaux. Au contraire, il sera content de savoir que le pragmatisme, l'équilibre et la coopération l'emportent dans la reconstruction de la nouvelle architecture internationale qui devrait remplacer celle issue des accords de Bretton Woods!

 

21 avril 2009

Crise à Dubaï: la fin d'un mythe?

Dubaï était devenu le visage du succès, du développement et de la modernité dans le monde arabe ses dernières années. En effet, dans un environnement régional embourbé dans les crises, les guerres, la pauvreté et la montée de l'islamise radical, Dubaï est devenu rapidement une "success story"! Il faut dire que le petit émirat a réussi un développement impressionnant que peu de pays avaient réussi à réaliser, sauf peut être certains dragons asiatiques, avec des taux de croissance record à deux chiffres. Dubaï a réussi donc à maintenir un niveau élevé de croissance. Mais, contrairement à tous les autres pays du Golfe et tous les pays exportateurs de pétrole, Dubaï a réussi a réduire sa dépendance vis-à-vis du pétrole et du gaz qui ne représentaient plus que 3% du PIB total de l'émirat. Au moment où l'ensemble des pays du Golfe étaient fortement dépendants du pétrole et le rythme de leurs dynamiques économiques fortement influencé par les errements des cours de l'or noir, Dubaï a réussi à opérer une diversification sans précédent de son économie en développant de nouvelles activités. Aussi, Dubaï a développé rapidement ses infrastructures et elle est devenu une capitale moderne. Aussi, fait rare pour être souligné, Dubaï a fait un pari sur l'avenir en mettant l'accent dans son développement sur l'éducation et les nouvelles technologies en attirant les grandes universités ainsi que les grandes firmes internationales! Donc, Dubaï est devenu un exemple d'une transition réussie d'une économie basée sur les matières premières à un grand pôle qui tire sa compétitivité des nouvelles technologies! Que dis-je! Dubaï est devenu un mythe dans un Moyen Orient embourbé dans les conflits! Dubaï pour beaucoup est devenu une légende qui montre que le progrès économique ne peut que favoriser la modernité et la modération politique! Pour beaucoup aussi Dubaï est le devenu le nouvel Eldorado de ce début du siècle où on part faire fortune tout en profitant des grandes plages de sable fin et d'une mer turquoise sans équivalent ailleurs!

 

            Or, ce mythe semble monter les premiers signes d'essoufflement! En pleine crise économique, le modèle de développement de l'émirat montre les premiers craquements! Et, ce qui était il y a seulement quelques semaines le paradis où on pouvait faire fortune et mener la belle vie est devenue un repoussoir! Des milliers d'ouvriers et d'ingénieurs sont licenciés et prennent le chemin de retour vers leurs pays d'origine! La presse rapporte que beaucoup de ces travailleurs laissent leurs grosses voitures rutilantes qu'ils n'ont pas finis de payer sur le parking de l'aéroport avec les clefs et pour certain d'entre eux un petit mot d'excuse avant de prendre l'avion pour un départ définitif! On parle de près de 3000 voitures abandonnées et vendus aux enchères! Que s'est-il passé? Le modèle est-il entrain de prendre l'eau? Qu'adviendront les grands investissements et cette myriade de projets immobiliers aussi extravagants les uns que les autres? Les investissements immobiliers pharamineux prévus dans beaucoup de pays arabes seront-ils abandonnés? Mais, plus généralement est-ce la fin du mythe? Est-ce que ce modèle est à bout de souffle?

 

            Pour mieux comprendre ce qui s'est passé, il faut revenir aux origines de ce modèle. La transition et le passage d'une économie de rente à une économie de services s'est faite à Dubaï à travers d'importants investissements dans cinq secteurs majeurs. D'abord, l'immobilier avec d'importants projets prestigieux à Dubaï et dans d'autres pays arabes. Aussi, le secteur commercial a été au centre de cette stratégie et Dubaï est devenu un important centre d'échange et d'intermédiation entre les pays asiatiques et les pays arabes et africaines. Il faut aussi souligner le transport aérien avec le développement de la compagnie nationale Emirates qui a réussi à lier les pays émergents d'Asie avec les pays arabes et africains. L'émirat s'est également intéressé à la gestion portuaire et la compagnie nationale Port Dubaï a pris la gestion d'un nombre de plus en plus grandissant de ports à l'étranger. On peut également mentionner les services bancaires et financiers qui ont fait de Dubaï une importante place financière dans la région et ont été à l'origine du développement des activités financières. A côté, de ces activités phares, il faut également mentionner d'autres dont la téléphonie mobile, l'hôtellerie de luxe ou le tourisme.

 

            Ces secteurs ont été à l'origine du boom de cet Émirat et de son développement rapide qui ont profondément transformé cette ville de petits commerçants et de bédouins en une importante métropole où les grands centre commerciaux, les grandes avenues et les hôtels de luxe rivalisent avec les plus grandes villes comme New York, Londres ou Shanghai. Mais, il faut souligner que les ressources internes n'étaient pas suffisantes pour financer un développement aussi rapide et un projet d'investissement aussi ambitieux. Du coup, l'Émirat a fait appel à un important endettement international. Et, cet endettement était d'autant plus justifié qu'il finançait des projets rentables et qu'il n'y avait par conséquent pas de difficultés à le rembourser!

 

            Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes pour ce mythe contemporain de la modernité et du progrès dans le monde arabe! Jusqu'au jour où la crise globale a éclaté et elle a mis en avant la fragilité du modèle de Dubaï. D'abord, beaucoup de banques et de fonds souverains et de particuliers ont perdu énormément sur les marchés internationaux. La bourse de Dubaï a également perdu de sa superbe et elle a connu de fortes baisses. Ensuite, il devenait de plus en plus difficile de lever des fonds pour ces grands projets d'investissement. ce qui se entraînait des retards et des licenciements! Aussi, avec la crise, il devenait de plus en plus difficile de vendre cette destination exotique et ces projets immobiliers pour une clientèle riche qui ne trouvaient plus aussi facilement preneurs!  Et, ainsi progressivement Dubaï l'extravagante découvrait la crise et sombrait dans la récession!

 

            Cependant, ce mythe peut encore se ressaisir pour au moins deux raisons. D'abord, il jouit de la solidarité et de l'appui des autres émirats de la confédération des Émirats Arabes Unies et notamment d'Abu Dhabi la plus riche. Pour preuve, les Émirats ont racheté récemment 10 milliards de dollars sur les 20 milliards de ventes d'obligations lancées par Dubaï tout récemment pour faire face à ses obligations. Par ailleurs, Dubaï a réagi de manière vigoureuse à la crise en mettant en place un important comité avec l'objectif de prendre les décisions nécessaires pour remettre l'Émirat sur le chemin de la croissance forte!

 

            Dubaï a pu incarner pendant plusieurs années une voie à suivre en faisant de l'ouverture, de l'éducation et de l'accès aux nouvelles technologies les moyens d'accéder au temps du monde! Or, ce modèle semble baisser de l'aile et son renouveau passe par une plus grande rationalisation de ces investissements et de ces structures!         

14 avril 2009

Le G20: Un sommet à minima!

Les tapis rouges ont été rangés! Les lustres ont été éteints! Les milliers de journalistes venus du monde entier pour suivre ce sommet ont déjà quitté Londres! Mais les questions demeurent ! Ce sommet du G20 va-t-il véritablement aider notre monde à dépasser la crise et à relancer la croissance et l'emploi? Le sommet du G20 réussira-t-il à changer le capitalisme et à mettre en place les réglementations et les codes capables de faire face à la folie des marchés financiers et au goût du risque prononcé des traders? Ce Sommet sera-t-il en mesure de faire face au plongeon du commerce international et de prendre les décisions nécessaires à une relance des échanges mondiaux? En somme, ce sommet sera-t-il le point de départ d'un nouveau capitalisme moins débridé et plus régulé? Et ce sommet allait-il mettre fin au productivisme et favoriser un nouveau départ avec un mode de développement plus écologique et respectueux de l'environnement?

 

            Autant de questions et d'interrogations ont accompagné probablement l'un des sommets les plus suivis de ces dernières années! Mais, l'inquiétude et la nervosité étaient à leurs comble dans l'attente de ce Sommet. Tant auprès des hommes politiques, des experts que des divers observateurs, une certaine crainte et de l'appréhension étaient perceptibles. Une inquiétude sourde pesait de tout son poids sur les préparatifs. Ces inquiétudes s'expliquent pour deux raisons essentielles. La première est plutôt liée à l'histoire du capitalisme et à la grande crise des années 30 à laquelle on compare aisément la crise actuelle ce qui constitue un indice sur l'importance de la débâcle actuelle. Or, historiens et hommes politiques ont relevé que les pays développés de l'époque avaient appelé à un grand sommet qui s'est tenu à Londres également en 1933. Ils ont probablement à l'esprit que l'échec de ce sommet a été à l'origine d'un pourrissement de la crise et du saut du monde capitaliste vers l'abîme. Les pays ont alors privilégié les solutions nationales avec une forte montée du protectionnisme. L'explosion du chômage et l'exacerbation des sentiments nationalistes ont conduit le monde tout droit vers le conflit le plus tragique de l'histoire de l'humain. Cet échec et ses conséquences sur l'avenir de notre monde n'étaient certainement pas étrangers aux inquiétudes et à l'appréhension qui ont régné lors des derniers jours de préparation du sommet. Ils ont expliqué également cette volonté des principaux acteurs d'aplanir les divergences et d'atteindre un consensus qui donnerait confiance aux économies et les rassurerait quant à la capacité des responsables politiques à gérer cette crise et à empêcher sa transformation en une faillite totale du système!

 

            Ces inquiétudes et cette appréhension croissante s'expliquaient également par les divergences qui sont apparues ces dernières semaines et qui ont pesé de tout leurs poids sur les travaux préparatoires des sherpas! Ces divergences ont conduit le président français à menacer de quitter le sommet s'il n'aboutissait pas à des résultats concrets. Et, les divergences étaient bien réelles à quelques jours du sommet. D'un côté, les Américains qui avaient multiplié les initiatives et les plans pour relancer l'économie avec un dernier plan de près de 800 milliards de $ trouvaient les efforts européens dans ce domaine discrets et beaucoup trop faibles pour assurer une relance forte de l'économie mondiale. Les Américains, qui avaient trouvé dans les Britanniques un allié de taille, mettaient l'accent sur la nécessité de donner une plus grande vigueur à la relance et à la nécessité d'aboutir à un plan de relance globale. Or, les Européens, et particulièrement le couple franco-allemand, ne l'entendaient pas de la même oreille. Au contraire, ils estimaient qu'ils avaient fait les efforts nécessaires en matière de relance. Et, si leurs efforts étaient moins importants que ceux fournis par les Américains c'est que l'Etat-providence et son filet social pouvaient apporter un appui supplémentaire aux populations touchées par la crise, ce que ne pouvaient pas faire les Américains! Aussi, les Européens ont mis en avant l'idée de ne pas perdre de vue les équilibres budgétaires et d'empêcher que les plans de relance colossaux n'entraînent une fuite en avant dans les déficits des finances publiques. Mais, plus fondamentalement, pour le couple franco-allemand, il ne fallait pas perdre de vue l'origine de la crise qui réside dans une déréglementation des marchés financiers qui a créé ce tsunami financier. De ce point de vue, les plans de relance ne seraient pas efficaces s'ils ne s'accompagnaient pas d'une plus grande régulation du système afin de rétablir la confiance des différentes acteurs. Ainsi, les travaux préparatoires de ce sommet étaient marqués par cette opposition sourde entre le volontarisme américain et la tentation réglementaire des européens! Détermination anglo-saxonne contre quête de règles et de normes du côté européen, une opposition qui a marqué ces travaux préparatoires et laissaient planer le doute et le risque d'échec sur ce Sommet.

 

            Or, ces inquiétudes et ces craintes ont été balayées le soir même et les dirigeants présents étaient unanimes pour considérer que ce sommet était une réussite éclatante. Le premier ministre britannique Gordon Brown avait même considéré que c'était un important départ pour la construction d'un nouvel ordre international. Il y avait une unanimité sur la réussite de ce Sommet le jour même et les voix discordantes étaient minoritaires. Cette unanimité s'est retrouvée dans la presse et le quotidien français Libération n'a pas hésité à mettre en titre à la une "Un G20 pas vain" au lendemain du sommet. De son côté, le quotidien économique français La Tribune partage cette même analyse du Sommet et souligne en titre à la une "Ils n'ont pas déçu". Le quotidien français La Croix souligne dans sa une que "Le G20 pousse à l'action"et le journal Le Monde n'hésite pas à donner à son éditorial un titre, "Que vive le G20", qui en dit beaucoup sur son analyse de ce sommet et de ses résultats.

 

            Le consensus et l'unanimité sur cette réussite ont été également partagés par les marchés financiers qui ont clôturé à la hausse le jour même et quelques heures après la clôture du Sommet. En effet, les résultats du Sommet du G20 ont été bien accueillis par les plus importants marchés financiers qui ont enregistré d'importantes hausses comme le Dow Jones à New York (+2,79%), le Nikkei à Tokyo (+4,40%), le Footsie à Londres (+4,28%), le Nasdaq à New York (+3,29%), le CAC 40 à Paris (+5,37%), le X-DAX à Francfort (6,07%).

 

            Mais, très rapidement certaines questions ont commencé à se faire entendre à la lecture du communiqué final dont la teneur a été divulguée quelques jours auparavant dans la presse. Et, certains n'hésitent pas à se montrer plus circonspect devant l'unanimité régnante. Ainsi, le quotidien Wall Street Journal choisit comme titre à sa une du 3 avril "Measured gains for G20" (gains mesurés pour le G20) ce qui montre son scepticisme par rapport aux résultats atteints. Et, le consensus et l'unanimité se transforment progressivement en doutes et en interrogations. Particulièrement la presse internationale et les quotidiens économiques ont commencé à exprimer une certaine perplexité quant aux résultats. Ainsi, le Financial Times choisit le titre "Large numbers serve to hide big divisions" (de grands chiffres pour cacher de grandes divisions) pour évoquer les annonces du sommet sur la relance mondiale et l'appui aux pays en développement dans son édition du 4 avril.  

 

            Ces doutes vont trouver un écho sur les plus importants marchés financiers. Ainsi, le rebond boursier post-G20 a été furtif. En hausse le jour du sommet du G20, les grandes bourses ont été à la baisse et n'ont pas été en mesure de maintenir cette hausse le lendemain du Sommet. Londres a perdu 2,31% et Paris -1,11% et la hausse à Francfort a été très faible 0,07%. La bourse de New York n'a pas été à la fête et le Dow Jones (-0,48%) et le Nasdaq (-0,16%) ont été à la baisse.      

 

            Mais, l'unanimité va s'effriter de manière plus marquée et de nouveaux articles mettent l'accent sur les résultats mesurés du Sommet. Ainsi, le Financial Times du 4 avril publie un article on ne peut plus critique intitulé "London Summit has little impact on global economics" (Le Sommet de Londres a peu d'impact sur l'économie globale". Dans son éditorial intitulé "The economic

Summit

", l'International Herald Tribune du 4 avril souligne que "the world's top economic powers had an urgent responsability to come up with concrete policies to fix the global financial system. They fell short" 'Les grandes puissances économiques avaient la responsabilité d'apporter des solutions concrètes pour régler les problèmes du système financier global. Ils ont failli). Le quotidien suisse Le Temps souligne, dans un article intitulé "Le sommet du G20 a fait des annonces exagérées", que "sur la plus grande partie des 1100 milliards de $ promis, seule une petite part constitue de nouveaux engagements". Wolfgang Münchau, l'un des éditorialistes du Financial Times n'hésite pas à souligner dans son éditorial du 6 avril que "The London summit has not fixed the crisis" (Le sommet de Londres n'a pas réglé la crise). Enfin, Martin Wolf, le très influent éditorialiste du Financial Times a enfoncé le clou dans sa chronique du 8 avril intitulé "What the G2 must try to discuss now the G20 is over" et se pose d'entrée la question de savoir si le sommet du G20 a mis l'économie mondiale sur le sentier de la croissance. Et, sa réponse est on ne peut plus claire et il souligne ouvertement que ce sommet n'a pas résolu les grandes questions et les déséquilibres qui continueront à peser sur toute reprise durable de la croissance mondiale.   

 

            Ainsi, le consensus sur la réussite de ce Sommet s'est transformé en un doute de plus en plus partagé. Afin de comprendre les raisons de ces inquiétudes et de ces doutes, il est nécessaire de revenir sur les plus grands décisions de ce Sommet et de mesurer la pertinence des réponses apportées eu égard aux défis et aux enjeux de la crise actuelle.

 

            Le premier aspect auquel ce sommet s'est attaqué concerne la relance de l'économie mondiale. Au-delà des divergences qui sont apparues avant le sommet entre européens et américains, la déclaration finale du sommet souligne "nous inaugurons une expansion budgétaire concertée sans précédent destinée à sauver ou créer des millions d'emplois, qui sans cela auraient été détruis". Le chiffre impressionnant de 5000 milliards de $ a été avancé pour les efforts de relance budgétaire qui seront mis en place par les pays du G20 afin de faire face à cette crise sans précédent et mettre l'économie mondiale sur les chemins de la croissance. Le communiqué indique aussi "nous nous engageons à aller aussi loin qu'il le faudra dans l'effort budgétaire pour restaurer la croissance". Or, après ses premières annonces, il a fallu rapidement déchanter dans la mesure où ces montants ne sont au fait que la comptabilisation des différents plans de relance mis en place par ces pays au niveau national. Donc, clairement, il n'y pas d'efforts supplémentaires en matière de relance et les pays poursuivront leurs efforts au niveau national.

 

            Le second aspect est lié au renforcement de la régulation et de la supervision des systèmes financiers. A ce niveau la déclaration souligne que "les principaux échecs de la régulation et des contrôles du secteur financier ont joué un rôle essentiel dans la crise". De ce point de vue, un consensus s'est dégagé lors de ce sommet sur l'importance et la nécessité d'instaurer de nouvelles règles qui mettront fin aux prises de risque et à l'aventurisme des traders. Ces nouvelles règles constituent des points de passage obligés à une reprise soutenable de la croissance et à une sortie durable à la crise actuelle. La déclaration souligne que "la confiance ne sera pas restaurée tant que nous n'aurons pas assaini notre système financier. Nous prendrons des mesures pour établir un cadre de surveillance et de régulation plus cohérent pour le futur secteur financier qui soutiendra une croissance globale durable et servira les exigences des affaires des citoyens". A ce niveau, la plus importante décision du sommet a été l'établissement du Conseil de stabilité financière qui devrait prendre la place de du Forum de stabilité financière. Cette nouvelle institution sera élargie aux pays membres du G20 et son mandat sera renforcé pour signaler, en collaboration avec le FMI, les risques macroéconomiques et financiers et suggérer les actions à prendre pour faire face à ce risque.

 

            Par ailleurs, la déclaration a indiqué que les pays se sont mis d'accord pour réformer les systèmes de réglementation, l'extension de la réglementation à tous les instruments, les marchés et les institutions financières d'importance systémique, l'application des principes rigoureux de paiement et de compensation et l'amélioration de la qualité et de la quantité du capital dans les banques. Certes, il s'agit d'une évolution importante pour réguler un peu plus un capitalisme financier débridée et qui a été à l'origine de toutes les dérives. Cependant, beaucoup soulignent qu'il s'agit d'orientations générales qui demandent rapidement des précisions et des clarifications. Si on prend par exemple la question des hedges funds, les pays du G20 ont souligné dans leur déclaration qu'il fallait "étendre la réglementation et la surveillance à tous les instruments, les marchés et les institutions financières d'importance systémique. Cela comprend, pour la première fois, les fonds spéculatifs d'importance systémique". Cette proposition constitue, certes, une importante avancée dans la mesure où ces fonds échappaient par le passé à une série de règles. Or, il reste d'abord à définir ses mesures et surtout à déterminer le niveau à partir duquel on considère que ces fonds ont une importance systémique qui peut remettre en cause le système dans sa globalité.

 

            Il est de même pour la question des fonds propres des banques afin de limiter leurs engagements et l'octroi de crédits. Les pays du G20 ont souligné qu'une "fois que le redressement sera assuré, (il fallait) améliorer la qualité, la quantité et la cohérence internationale du capital dans le système bancaire. A l'avenir, la réglementation doit prévenir les endettements excessifs et exiger que des fonds de réserve soient constitués en temps utile". A ce niveau également, il s'agit de principes généraux dans un domaine pourtant où nous disposons d'une importante littérature sur le capital propre des banques et les différents ratios qu'il faille respecter. Le G20 aurait pu donner à ses recommandations des orientations concrètes ou tout au moins des indications claires sur les mesures à mettre en place dans domaine.

 

            On peut aussi souligner les questions comptables et la préoccupation exprimée depuis quelques mois pour définir de nouvelles normes qui évitent une dévaluation rapide des actifs et des provisions dans les bilans des banques afin de les aider à résister aux vagues de dépréciation rapide lors des périodes de crise. Le G20 s'est saisi de cette question et a souligné dans sa déclaration finale qu'il était nécessaire "d'appeler les normalisateurs comptables à travailler de toute urgence avec des superviseurs et des régulateurs pour améliorer les normes de valorisation et de provisions et parvenir à un seul ensemble de normes comptables mondiales de haute qualité". Or, là également, même si la perspective est donnée, elle reste un peu trop générale et manque d'orientations concrètes.

 

            Le troisième grand sujet sur lequel s'est penché le G20 est celui des paradis fiscaux où ce qu'on appelle plus pudiquement les pays non coopératifs. Cette question a fait l'objet d'une mobilisation sans précédent avant le sommet. Plusieurs raisons expliquent cette mobilisation et le consensus qui s'est dégagé entre les pays sur cette question. La première est liée aux fortes baisses de recettes fiscales que ces centres font subir aux finances publiques particulièrement dans ces temps de crise où on a besoin de ressources plus importantes pour faire face aux besoins pour financer les plans de relance et les plans de sauvetage des banques. Or, jusque-là, on était persuadé que le manque à gagner par les pays du fait de la transition des capitaux de leurs ressortissants par ses centres était faible. Cependant, depuis plusieurs études ont montré que ces sommes étaient importantes et que les pertes fiscales pour les pays étaient non négligeables. C'est ce qui explique l'importance désormais accordé par beaucoup de pays aux paradis fiscaux et à l'impératif de leur coopération avec les autres pays afin de faire face à ce manque à gagner fiscal. Par ailleurs, cette forte mobilisation et le consensus qui s'est dégagé sur les paradis fiscaux s'expliquent également par le rôle qu'ils ont joué dans le développement des produits à haut risque et l'accueil des hedges funds.

 

            Cependant, en dépit de ces accords, il n'a pas été facile pour les pays du G20 d'aboutir à un consensus sur les paradis fiscaux. Certains n'ont pas hésité à montrer la City du doigt en disant que c'est le plus grand paradis fiscal au monde. Par ailleurs, d'autres pays comme Andorre, le Liechtenstein, la Belgique, l'Autriche et la Suisse ont décidé d'assouplir les règles du secret bancaire afin d'échapper aux foudres du G20. Mais, en dépit des pressions et des évolutions dans certains pays, le sommet a tenu à inclure cette question dans sa déclaration et a mis l'accent sur la nécessité de "prendre des mesures contre les pays non coopératifs, dont les paradis fiscaux font partie. Nous sommes prêts à mettre en place des sanctions pour protéger nos finances publiques et nos systèmes financiers". Et, le G20 de déclarer que l'époque du secret bancaire est terminé et que tous les détenteurs de capitaux doivent rendre compte aux autorités fiscales et payer des impôts.

 

            A ce niveau, le G20 a adopté la démarche de l'OCDE en publiant trois listes. La première concerne les pays qui se sont engagés à "respecter les standards internationaux sur le plan fiscal". Dans cette première liste,  que beaucoup nomme comme la liste blanche et qui comprend 40 pays, on trouve entre autres la France, les Etats-Unis, Jerzey ou l'île de Man. La seconde liste, ou liste grise, comprend des pays qui ont certes pris des engagements mais ne respectent pas encore substantiellement les standards. Dans cette liste on trouve 30 pays considérés comme "paradis fiscaux" dont Monaco, les îles Caïman ou le Liechtenstein. On trouve aussi dans cette seconde liste huit pays classés comme "autres centres financiers" dont l'Autriche, la suisse et le Luxembourg. La troisième est la liste "noire" et qui comprend quatre pays, Costa Rica, Labuan, Philippines et Uruguay, qui n'ont pris aucun engagement.

 

            L'adoption de cette démarche et la publication de ses listes a fait l'objet d'intenses négociations jusqu'à la fin du sommet. Mais, son adoption et sa publication comme un des documents annexes du sommet constitue sans nul doute une avancée. Cependant, beaucoup restent persuadés que cette liste a fait l'objet d'un important lobbying politique. Par ailleurs, beaucoup de pays ont pu échapper au dernier moment à la liste noire car ils ont annoncé des engagements de se plier aux standards internationaux sur le plan fiscal sans que cet engagement ne se traduise encore par des mesures concrètes. Par ailleurs, d'autres observateurs estiment que la publication de listes n'est pas suffisante et qu'il faut désormais envisager dans le futur de nouvelles actions et des mesures de rétorsion contre les paradis fiscaux.

 

            Le quatrième niveau important dans les résultats du sommet du G20 est lié au renforcement des organismes financiers mondiaux dont le FMI que beaucoup considèrent comme le grand gagnant de ce sommet. Le renforcement de ces institutions passe, indique les pays membres du G20, par une réforme des modes de gouvernance, une révision du mandat et une augmentation substantielle des ressources. Pour ce qui est de la gouvernance, la déclaration de ce sommet s'engage à favoriser une meilleure représentativité des pays en développement dans les structures des institutions internationales. A ce niveau, il faut noter deux décisions concrètes. La première est d'accélérer la mise en place des réformes sur les voix et les quotas du FMI qui ne devaient être mise en place qu'en 2014 et qui devrait avoir lieu avant la fin de 2010. Par ailleurs, le recrutement des dirigeants des grandes institutions financières internationales ne doit plus se limiter aux ressortissants des pays développés mais devrait dans le futur être ouverts et se faire par un processus de sélection transparent et sur la base du mérite et de la compétence et non pas du seul critère géographique. Le sommet a également appelé les institutions internationales à poursuivre la réflexion sur la réforme du mandat des institutions financières internationales de manière à ce qu'elles puissent jouer un rôle plus actif dans la prévention des crises et dans leur gestion.

 

            Mais, l'annonce la plus importante de ce sommet est probablement celle liée à l'accroissement sans précédent des ressources des institutions financières internationales. A ce niveau, le chiffre magique de 1100 milliards de $ a été avancé pour montrer l'ampleur de la relance mondiale que le G20 compte mettre en œuvre particulièrement à destination des pays émergents et des pays pauvres. La déclaration du Sommet revient largement sur l'importance de renforcer l'appui de la communauté internationale à ces pays et souligne que "les marchés émergents et les pays en voie de développement, qui ont été le moteur de la récente croissance mondiale, sont eux aussi confrontés à des défis qui s'ajoutent au fléchissement actuel de l'économie globale. Il est impératif pour la confiance mondiale et le rétablissement économique que les capitaux continuent de les irriguer". Ces ressources supplémentaires seront composées de 500 milliards de $ pour le FMI, de 250 milliards d'émission de droits de tirages spéciaux pour le FMI, de 100 milliards de $ pour les banques de développement et de 250 milliards de $ pour le financement du commerce, ce qui représente un total de 1100 milliards de $.

 

            Or, cette enveloppe financière a fait l'objet d'un examen critique de la part d'experts qui ont montré qu'il n'y aurait pas de nouvelles ressources et qu'il s'agit dans beaucoup de cas d'une simple agrégation de ressources existantes ou déjà engagées (voir l'article de Chris Giles "Large numbers serve to hide big divisions" dans le Financial Times du 3 avril 2009). Pour ce qui des 500 milliards de $ de ressources supplémentaires pour le FMI, ces experts notent que cette institution dispose déjà de 250 milliards auxquelles il faut rajouter les promesses de 100 milliards de $ faites par le Japon en novembre dernier et de 75 milliards d'euros faites par l'Union Européenne au mois de mars. La différence seulement constitue des ressources additionnelles qui reste faible et ne sera pas disponible immédiatement. Pour ce qui est des 250 milliards de DTS, ils respecteront dans leur distribution la structure actuelle du capital du FMI et près de 44% seront allouées aux pays du G7. Pour ce qui est des 250 milliards de $ pour le financement commerce, une grande partie est constitué par réallocations budgétaires et le montant des nouvelles ressources engagé reste faible. Enfin, pour les 100 milliards de $ pour appuyer les banques de développement, une grande partie est constitué par les prévisions des budgets d'aide au développement des pays. Ainsi, les ressources nouvelles semblent limitées et il s'agit en grande partie, comme c'est le cas pour la relance mondiale, d'une agrégation de dépenses déjà en cours et les ressources nouvelles sont faibles.

 

            Mais parallèlement au niveau des ressources, il faut mentionner également les conditions d'accès pour les pays. A ce niveau, beaucoup de critiques ont été formulées depuis de longues années sur les conditionnalités imposées par le FMI et la Banque Mondiale pour l'accès des pays à leurs ressources. D'ailleurs, si beaucoup de pays, notamment en Asie, avaient accumulé d'importantes réserves ses dernières années c'était pour éviter une répétition de la crise de 1997 et des conditionnalités que le FMI leur avait imposé à l'époque. Récemment, certains pays en développement étaient réticents à une plus grande implication du FMI dans la gestion de cette crise de peur de renouer avec les vieux démons.

 

            Or, il faut souligner que ces préoccupations et ces critiques ont été prises en considération par le FMI qui a annoncé un changement important de doctrine sous les pressions des pays émergents du G20. Le FMI a décidé de lancer une nouvelle ligne de crédit appelé "Ligne de crédit flexible" qui concerne les pays qu'il considère bien gérés. Sans critère de performance ni limite de montant,

la LCF

permettra aux pays d'obtenir une ligne de crédit par précaution sur laquelle ils pourront tirer au moment où ils l'estimeront nécessaire. "Ces réformes représentent un changement important dans la façon dont le fonds peut aider ses Etats membres, ce qui est particulièrement nécessaire en ses temps de crise mondiale" a déclaré Dominique Strauss Khan, le Directeur Général du FMI. Ce changement a été salué par le G20 qui a souligné dans sa déclaration "nous saluons les progrès accomplis par le FMI avec sa nouvelle Ligne Flexible de Crédit (LFC) et la modification de ses conditions de prêt, qui lui permettront de s'assurer que ses ressources traiteront plus efficacement les causes sous-jacentes des besoins de financement de la balance des paiements, et surtout le retrait des flux de capitaux extérieurs des secteurs bancaires et industriels". Or, en dépit de ses évolutions, il semble que l'ancienne culture est encore présente et que les conditionnalités continuent à jouer un rôle important dans les politiques d'octroi de crédit du FMI. Une survivance qui continue à faire de l'accès aux ressources du FMI par les pays en crise toujours difficile et limite également sa capacité à débourser les larges ressources que la communauté international ne cesse de mettre à sa disposition (Voir à ce propos l'article de Landon Thomas, "The IMF is pressured to redefine its role" dans l'édition du International Herald Tribune des 4 et 5 avril 2009).

 

            La dernière question d'importance évoquée par le sommet du G20 est relative au rejet du protectionnisme et la relance du commerce international. A ce niveau, il a relevé la baisse sans précédent du commerce international qui est estimé à -9% pour l'année 2009. Il faut souligner l'engagement à s'opposer à la montée du protectionnisme et l'invitation faite à l'OMC pour superviser les pratiques des pays. En même temps, les membres du G20 ont annoncé un appui de l'ordre de 250 milliards de $ pour la relance des échanges mondiaux. Mais, la décision la plus importante est probablement celle liée à la conclusion du Round de négociation de Doha. A ce propos, il faut noter dans la déclaration "l'engagement pour parvenir à une conclusion ambitieuse et équilibrée concernant le cycle de Doha pour le développement, qui est d'une absolue nécessité".

 

            En définitive, les résultats de ce sommet sont minimales. D'abord, les engagements financiers ne sont qu'une agrégation de dépenses déjà en cours et les ressources nouvelles semblaient limitées. Par ailleurs, les nouvelles propositions dans le domaine de la réglementation financières sont générales et manquent d'un contenu concert précis. Mais, dans ce contexte incertain, d'opposition entre les pays membres et de l'arrivée de nouveaux pays en développement dans ce directoire mondial, pouvait-on espérer plus de ce sommet? Mais, la véritable question qui se pose aujourd'hui est de savoir si ces décisions seront suffisantes à sortir de la crise et à relancer l'économie mondiale?