La réponse à cette question allait venir très vite et dès le début du mois de septembre Fannie Mae et Freddie Mac les deux grands piliers du crédit immobilier aux Etats-Unis sont au bords de la faillite. Ces deux entreprises jouaient un rôle important dans le fonctionnement du secteur immobilier et détenait ou garantissait en 1990 près de 740 milliards de crédits. Elles en se sont engagées que progressivement dans les subprimes qui allaient devenir le cœur de la crise immobilière. En 1995 lorsque la bulle immobilière commençait se développer ils ne détenaient que 1,25 milliards de $ de prêts à risques. Mais, ils seront rapidement attirés par le gain et s'engagent dans l'engrenage en passant la barre de 2 milliards en 1999 et vont atteindre les 4 milliards en 2005. Aujourd'hui, les engagements de Fannie Mae et Freddie Mac ont atteint les 5,3 milliards de $, ce qui représente 45% du total du crédit immobilier aux Etats-Unis.
Les inquiétudes sur ces deux mastodontes du crédit immobilier ont commencé dès le début de l'année 2008 en dépit des assurances données par leurs présidents sur leurs situations financières. Dès le mois de juillet ces inquiétudes deviennent des certitudes sur la gravité de la situation de ces deux entreprises et leur niveau d'exposition dans la crise financière. Le secrétaire au trésor américain Henry Paulson demande un examen des comptes au mois d'août de ces entreprises qui ont montré un volume de pertes de 50 milliards de $. Une onde de choc traverse alors l'establishment financier à Wall Street et la recherche d'une repreneur commence immédiatement afin d'empêcher ses deux institutions de sombrer ce qui risque d'assombrir les perspectives des marchés financiers. On fait appel à la banque Goldman Sachs pour trouver un repreneur. Or, cette recherche sera veine et les autorités américaine se rendent rapidement à l'évidence que les pertes sont très importantes pour attirer d'éventuels sauveurs.
Que faire alors de Fannie et Freddie? Les laisser sombrer et prendre le risque de brusquer une bourrasque financière? La FED écarte rapidement cette option car elle ne veut pas prendre le risque d'être à l'origine d'un éclaboussement du système financier globale. Poursuivre la recherche de repreneurs? La FED est sans illusion sur la possibilité de trouver de nouveaux repreneurs tellement du fait de la valeur estimée des pertes de Fannie et Freddie. Par ailleurs, la plupart des acteurs estiment que les pertes réelles sont certainement nettement supérieures à ceux annoncées par les deux entreprises. Mais, en même temps, la poursuite de la recherche de nouveaux repreneurs pourrait prendre beaucoup de temps alors qu'il fallait trouver une solution urgente.
Que reste-t-il devant les autorités monétaires? Une seule solution, la nationalisation de Fannie et de Freddie. En dépit de ses convictions libérales, Henry Paulson et l'administration américaine seront contraints à cette solution. Dès le dimanche 7 septembre le gouvernement américain annonce un plan de sauvetage de Fannie et Freddie qui seront nationalisés à 80% en contrepartie d'un apport de 100 milliards de $ pour chacune. Etonnant dénouement d'une crise où les défenseurs acharnés du moins d'Etat sont obligés de nationaliser deux grands organismes de crédit pour qu'ils échappent à la faillite!
Mais, ce qui devait rester une intervention sans lendemain, n'était au fait que le début d'une grand fracas financier qui va tenir en haleine les grandes places financières tout au long de ce mois de septembre. Car après Fannie et Freddie ce sont les banques prestigieuses d'affaires qui seront emportées par ce séisme financier.
Or, ces banques ont été emportées par la bourrasque financière laissant à New York un paysage financier dévasté. La première à céder était la Bear Sterans qui a perdu son indépendance en voulant échapper à la faillite. Elle a été racheté le 17 mars par ses ennemis jurés de la finance universelle et elle est devenue la propriété de JP Morgan Chase avec un appui de la FED qui a accordé une garantie de 29 milliards de $ pour couvrir les actifs à risque dans les subprimes. Mais, le pire pour les joyaux de la finance newyorkaise était à venir. En effet, dès le début du mois de septembre deux autres banques étaient entrées dans la zone de turbulence. D'abord Lehman Brothers qui après un week end de tractations s'est déclarée en faillite le 14 septembre. Une triste fin pour cette vieille dame de 158 ans qui a contribué à la prospérité de l'économie américaine et l'a accompagnée dans sa montée en puissance. Pourtant la veille tout le gratin de la finance mondiale était réuni au chevet de Lehman. De John Mack, le président de Stanley, à Vikram Pandit de Citigroup, de Jamie Dimon de JP Morgan à John Thain de Merril Lynch ou Lloyd Blankfein de Goldman Sachs se sont réunis de longues heures durant pour essayer de sauver cette prestigieuse banque d'affaires. On avait espéré une reprise de Lehman par une des banques universelles. Mais, les prétendants se sont déclinés les uns après les autres.
Barclays, la troisième banque britannique, s'est présentée pour reprendre Lehman. Mais, elle a exigé un soutien de la part des autorités fédérales américaines pour gérer les mauvais actifs immobiliers de la banque de Manhattan et qui sont de l'ordre de 84 milliards selon certaines estimations. Niet, avait répondu le trésor et la FED et surtout pas à une banque étrangère, qui avaient soudain découvert les vertus des frontières dans ce contexte de globalisation! Mais, ce refus suscitera beaucoup de questionnements et d'interrogations car il intervient une semaine après que la FED et le trésor avaient mis 200 milliards pour sauver Freddie et Fannie de la faillite. Ainsi, Lehman se trouve contrainte à la faillite et la banque s'est placée sous la protection du chapitre 11 de la loi sur les faillites laissant ses 25 900 employés, qui pour la plupart ont investi toutes leurs économies dans la banque, amers et désorientés.
Mais, le massacre des banques d'affaire ne s'arrêtera pas là et ce week end du 14 septembre leur sera fatal. Car au même moment où Lehman faisait faillite une autre troisième banque des cinq sœurs qui avaient fait le bonheur de New York va disparaître. Il s'agit de Merril Lynch qui s'est vendu à la Bank Of America, la plus grande banque de guichets et de réseaux d'agence, pour la somme de 50 milliards de $. Ce rachat a été annoncé le 15 septembre mettant fin à une banque d'affaires centenaire et faisant de cette banque provinciale de Charlotte, une ville moyenne du Sud-Est, la plus grande banque américaine. Une fin qui est probablement vécu comme une tragédie pour ces gentlemans du savoir vivre et de la finesse qui passent sous le contrôle de ces boueux des provinces! Des cinq sœurs de New York il n'en restera finalement que deux : Goldman Sachs et Morgan Stanely et une idée bien lointaine de l'âge d'or des banques d'affaires lorsqu'elles faisaient et défaisaient les alliances dans la planète finance. Une crise qui laissera également ces deux dernières banques d'affaires proies au doute, à l'incertitude et aux rumeurs quant à leur avenir.
Mais, ces faillites ne sonnent pas seulement les glas de la capitale de la finance globale mais annoncent aussi le déclin de la puissance financière américaine et la montée des pays émergents dans la planète finance. Il faut se rappeler que dans les années 90 les banques d'affaires américaines s'apprêtaient à tirer profit de l'ouverture des marchés asiatiques et particulièrement de ce marché du 21ième siècle qu'est devenu le marché chinois. Particulièrement, les banques d'investissement américaines visaient les places de Honk Kong et celle de Shanghai qui étaient en plein essor. Or, cet essor a été arrêté en plein vol par les crise immobilière et les banques américaines se sont contentés de gérer leurs effets immédiats pour empêcher qu'elle se transforme en un désastre financier. Mais, au moment de cette crise de la finance américaine on a assisté à une montée en puissance des banques des pays émergents et particulièrement des banques chinoise. Ainsi, les deux groupes bancaires américains Citigroup et Bank Of America qui étaient seulement il y a deux ans successivement la première et la seconde banque mondiale ont été supplanté par des banques chinoises. Ainsi, aujourd'hui la finance mondiale est dominée par la Commercial Bank of China qui avec une valeur boursière de 206 milliards de $ est la première banque au monde suivi par HSBC, d'origine britannique mais avec une forte présence en Asie, avec une valeur de 187 milliards de $ et suivi à la troisième place par la China Construction Bank avec ses 168 milliards de $. La première banque américaine, Bank of America, ne vient qu'à la quatrième place.
Ainsi, cette crise de la planète finance est également un moment de recomposition de la sphère financière avec l'avènement des banques chinoises qui deviennent des acteurs majeurs de cette scène. De cibles pour les banques d'affaires américaines, les banques chinoises deviennent des traders redoutables dont l'appétit et la volonté de contrôler les institutions financières n'ont été découragé que par la crise récente et les risques systémiques auxquels sont confrontées les banques américaines!
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