La récession dans les pays développés était au centre des préoccupations des dirigeants et des responsables politiques lors de ces derniers mois. En effet, en dehors des pays émergents et des pays en développement notamment en Afrique où la croissance restera forte même si elle est moins marquée qu'en 2007, la plupart des pays développés connaissaient une forte dépression de l'activité économique. Certes, les Etats-Unis ont revu leurs projections de croissance à la hausse grâce à un policy mix pragmatique qui a réussi à stimuler la croissance avec une politique monétaire plus flexible et la baisse des taux d'intérêt qui sont passés de 5 à 2% mais également grâce à une politique budgétaire plus active. Selon les dernières projections de l'OCDE, la croissance américaine en 2008 serait désormais de 1,8% alors qu'elle stagnera en Europe et ne dépassera pas 1,3% du fait d'une politique monétaire très restrictive qui fait de la lutte contre l'inflation sa principale préoccupation alors que le plein emploi et la croissance font partie des objectifs de la FED.
Or, le débat sur les perspectives économiques dans le monde et les politiques de relance sont passées dernièrement au second plan et ont laissé une place large à la tempête financière et à la crise qui secoue les grandes places financières internationales. La question qui se pose aujourd'hui est de voir l'influence de cette panique financière et son impact sur l'économie réelle. Il faut à ce niveau préciser que la conjoncture mondiale a été marquée depuis le début de l'année par une baisse de la croissance particulièrement dans les pays développés et une montée concomitante de l'inflation du fait de la hausse des prix des matières premières et surtout celle des prix des produits alimentaires. On a commencé à évoquer une période de stagflation que les pays développés sont en train de vivre avec ce mariage entre stagnation et inflation.
Or, cette analyse a beaucoup changé ces derniers mois pour différentes raisons. En effet, on a assisté à une forte baisse des prix du pétrole qui sont passés sous la barre des 100$ ces derniers jours après avoir atteint des sommets en juillet dernier avec un prix du baril à 147 $. Le pétrole n'est la seule matière première à s'engager dans une pente baissière des cours. Mais, les autres matières premières ont connu également une forte baisse de leurs cours durant l'été du fait du ralentissement économique et de la récession dans les principaux pays développés et importateurs de ces produits. Ainsi, l'indice composé des cours de matières premières de Goldman Sachs a baissé de 18% durant les deux derniers mois et celui des produits hors énergie a baissé de 11%. Cette baisse des prix des matières premières se répercutera probablement sur l'inflation et se traduira par une baisse des prix dans les pays développés.
En même temps, les pays développés ont connu une importante montée du chômage renforcée par la crise financière et les licenciements qui ont été opérés parmi les golden boys de la finance internationale. Ainsi, la crise est en train de changer de nature dans les pays développés et d'une stagflation on est en train de passer vers une montée forte des tensions déflationnistes avec la baisse des prix, de l'activité économique et une hausse du chômage. Du coup, la question est plus précise et elle consiste à savoir si la crise financière et la panique sur les marchés financiers vont dissiper ces tensions déflationnistes ou au contraire les renforcer. Cette question n'est pas seulement d'ordre théorique mais elle a aussi un intérêt politique dans la mesure où la réponse influencera largement les politiques à mettre en place pour y faire face.
Pour beaucoup d'experts, cette crise devrait renforcer les tensions déflationnistes par différents canaux. Le premier concerne le resserrement du crédit aux entreprises mais aussi pour la consommation des ménages. En effet, la crise financière va déboucher sur un credit crunch avec un renchérissement du crédit aux entreprises et sa raréfaction. Les entreprises peuvent accéder aux financements nécessaires à leurs investissements par les émissions obligataires soit en sollicitant des crédits directement auprès de leurs banques. Pour les marchés obligatoires, on a constaté un gel des émissions sur la plupart des marchés du fait de l'instabilité qui règne. Par ailleurs et pour les entreprises qui réussissent à forcer l'entrée sur les marchés, elles sont obligées désormais de payer des primes beaucoup plus importantes qu'avant la crise. Ainsi, par exemple, cette prime est passée de 5,40% sur la bourse de Paris avant la crise à 7,25%. Par ailleurs, le financement bancaire devient beaucoup plus difficile de la part de banques fortement impliquées dans la crise immobilière et dont le principal objectif aujourd'hui est de se débarrasser de leurs créances douteuses et non plus d'accorder des financements nouveaux. Ainsi, l'accès au financement devient de plus en plus difficile pour les entreprises ce qui devrait ralentir les investissements et renforcer par conséquent les tensions déflationnistes. Par ailleurs, on a enregistré un accroissement des entreprises au bord de l'asphyxie et le nombre de d'entreprises défaillantes a augmenté rapidement dans un grand nombre de pays développés. En France, le nombre d'entreprises défaillantes a augmenté de 15% depuis le début de l'année 2008.
Les ménages seront également touchés par ce credit crunch et on assiste dans la plupart des pays développés à un durcissement des conditions du crédit pour les consommateurs. "La vérité n'est pas encore disponible mais le credit crunch est inéluctable. On est sur un cycle dépressif, tous les pays seront touchés. Les personnes à risques seront plus sévèrement exclues du crédit, les classes moyennes et inférieures vont souffrir. Il n'y a pas qu'aux Rmistes qu'on ne prêt plus", précise Christian Huard, un responsable d'une société de consommateurs en France. En même temps, ces conditions plus restrictives du financement bancaire se sont traduites par une baisse des crédits accordés pour les ménages depuis le début de l'année. En France, par exemple, on note une baisse de 2,1% des crédits accordés aux particuliers depuis le début de l'année 2008. Par ailleurs, le volume des prêts dans l'immobilier a baissé de 11% entre janvier et juillet 2008.
Le rétrécissement des conditions du crédit n'est pas le seul canal de transmission de la crise financière à la sphère réelle. Il faut aussi mentionner l'effet patrimonial lié à la chute des marchés financiers qui opèrent une forte dévalorisation du patrimoine des haut revenus ainsi que des entreprises et qui vont limiter leurs consommations ainsi que leurs velléités d'investissement. Il faut aussi noter que cette panique financière aura un effet psychologique certain et que les entreprises n'effectueront pas d'importants investissements en attendant que la tempête se calme et que les marchés se stabilisent renforçant ainsi la récession des économies.
Ainsi, la panique sur la planète finance va consolider par différents moyens les tensions déflationnistes à l'œuvre dans l'économie globale depuis quelques semaines. Ces tensions seront à l'origine d'un ralentissement de l'économie ainsi que d'une explosion du chômage et d'une forte baisse des prix. Il devient alors impératif que parallèlement au sauvetage des marchés financiers, les autorités économiques mettent en place des programmes de relance économique car le désespoir et l'inquiétude dans les périodes de déflation dans l'histoire économique récente ont été favorables à la montée en puissance de tous les extrémismes politiques. Hitler et Mussolini sont arrivés au pouvoir en Italie et en Allemagne à la suite d'une forte période de déflation dans les années 30. Les autorités politiques et monétaires doivent changer de cap sans plus tarder et faire de la lutte contre la déflation leur principal objectif et abandonner toutes les rhétoriques sur la lutte contre l'inflation. De ce point de vue, il est impératif d'accompagner les plans de sauvetage des marchés financiers par des politiques de relance budgétaire et un fléchissement des politiques monétaires afin de favoriser l'investissement et une relance de la demande.
Commentaires