La crise va commencer à se propager et devenir un phénomène immédiatement global au début de ce mois d'octobre 2008. L'Europe av progressivement rejoindre les Etats-Unis au cœur de la tempête financière. Dès la fin du mois de septembre le réseau bancaire Fortis est en grand danger et les autorités belges, luxembourgeoises et néerlandaises sont obligés d'intervenir et d'injecter 11,2 milliards d'euros pour sauver cette banque de la faillite. En même temps, la 8ième banque anglaise Bradford & Bingley (B&B) est a court de trésorerie. La rumeur court et même si on évité les longues queues des déposants cherchant à récupérer leurs dépôts, comme c'était le cas lors de la faillite de Northern Rock quelques mois plutôt, on estime tout de même que plusieurs millions ont été retirés lors de cette période sur les comptes de la Banque. Finalement, les pouvoirs publics ont réussi à organiser la vente de cette banque à la banque espagnole Santander. La crise a également touché l'Allemagne où les pouvoirs publics et d'autres banques ont ouvert une ligne de crédit de 35 milliards d'euros pour venir en aide à la banque Hypo Real Estate. D'autres banques ont été également touchées par la crise dont la Roksilde Bank au Danemark ou la banque Glitnir en Islande dont l'Etat a pris le contrôle.
Mais, en dépit de l'ampleur des craquements et de la crise la réponse européenne tarde à venir. Le mini sommet européen du samedi 4 octobre tenu à l'invitation du Président N. Sarkozy n'a pas été en mesure d'aplanir les divergences entre les tenants des réponses nationales et ceux qui militent pour une réponse concertée dans l'espace européen. Mais, l'Allemagne qui a privilégié dans un premier la solution nationale s'est ralliée à la solution commune devant l'ampleur de la débâcle de la banque Hypo Real Estate. Cependant, les hésitations et les doutes des politiques n'ont fait que nourrir et renforcer la nervosité des marchés financiers. Ainsi, le lundi 7 octobre sera de nouveau un lundi noir et les bourses vont connaître des chutes sans précédent. Ainsi, le CAC 40 a enregistré avec – 9, 04% la plus forte chute depuis sa création. Les chutes sur les autres marchés financiers n'ont pas été moins spectaculaires. La baisse du Footsie à Londres a été de 7,8%, celle du Dow Jones de 2,94%. Les bourses asiatiques n'ont pas échappé à cette débâcle avec successivement -4,97% pour Honk Kong, -5,23% pour Shanghai et -4,25% pour le Nikkei à Tokyo. La baisse la plus importante a été enregistrée à Moscou avec un taux de 19,1%.
Ainsi, l'horizon en ce début du mois d'octobre 2008 parait assombri. Il rappelle étrangement celui du mois d'octobre 1929 avec le krach boursier qui sera à l'origine de la grande dépression. Les interventions des pouvoirs publics et les plans de sauvetage n'ont pas réussi à ramener le calme sur les marchés. La finance semble poursuivre sa marche inexorable vers l'abîme. C'est le moment que choisit Gordon Brown pour lancer un nouveau plan de sauvetage et mettre 500 milliards de livres (635 milliards d'euros) pour appuyer les banques. Gordon Brown soulignait dans sa conférence de presse annonçant le plan le mercredi 9 octobre 2008 "nous avons donné l'exemple au monde aujourd'hui avec une proposition pour restructurer notre système bancaire". Ce plan constitue un moment important dans la crise actuelle et son intérêt ne se limite pas à l'ampleur des ressources mises à la disposition des banques. L'intérêt de ce plan réside également dans sa philosophie qui donnera lieu à ce que nous appellerons la doctrine Brown qui se distinguera de manière radicale de celle de Paulson.
Le Plan du premier ministre britannique comporte trois éléments essentiels. Le premier est relatif à la prise de participation dans la recapitalisation des banques. Il consacre 50 milliards de livres pour prendre des participations dans le capital des grandes banques qui se trouvent en difficulté notamment HBOS et autres Royal Bank of Scotland. Cette décision constitue un développement majeur dans la gestion de la crise dans la mesure où elle rompt avec un tabou qui a prévalu tout au long de ces deux dernières années et qui a fait que les pouvoirs publics se sont refusés à prendre des participations dans les banques. Il s'agit véritablement d'une révolution et de la fin du mythe du néo-libéral qui a résisté jusqu'à présent à toutes les critiques et à toutes les remises en cause. Beaucoup ont parlé par le passé de la fin du consensus de Washington qui a dominé les débats sur les questions du développement dans les années 80, et d'une manière générale, les politiques économiques qui mettaient l'accent sur le rôle du marché dans la régulation des économies en enterrant le rôle de l'Etat. Or, la doctrine Brown dans la gestion de la crise actuelle constitue la fin de ce consensus et ouvre la voie à de nouvelles politiques économiques où le rôle de l'Etat et des mécanismes de régulation seront de nouveau reconnus. Une nouvelle ère s'ouvre devant les politiques économiques et les politiques publiques où l'intervention de l'Etat, non seulement dans la régulation du système mais aussi comme actionnaire, notamment les banques, n'est plus banni!
Le second volet de ce plan concerne l'appui au financement interbancaire pour permettre aux banques de faire face aux problèmes de liquidité. A ce niveau, le trésor s'est engagé à apporter sa garantie à des emprunts obligataires, à hauteur de 250 milliards de livres afin de rétablir la confiance entre les banques et les encourager à se refinancer à moyen terme. Le troisième volet de ce plan prévoit la mise à la disposition des banques par la Banque d'Angleterre de liquidités à court terme de 100 à 200 milliards de livres afin d'aider les banques à se débarrasser de certains actifs. Mais, cet appui du trésor et de la Banque d'Angleterre ne se font pas sans contre partie. En effet, le plan Brown a défini des conditions assez strictes pour permettre aux banques d'accéder à ces financements. Ces conditions tournent autour des rémunérations des dirigeants et la distribution des dividendes. Par ailleurs, les autorités britanniques exigent un fort engagement des banques à apporter un appui financier aux petites entreprises. Par ailleurs, le gouvernement disposera d'un droit de regard plus important dans la gestion des banques qui vont bénéficier de ce programme notamment dans les décisions relatives à l'augmentation du capital.
Ce nouveau plan et la doctrine du premier ministre britannique dans la gestion de la crise financière sont accueillis avec enthousiasme par les experts. Pour beaucoup, ce plan répond aux deux questions essentielles qui sont au cœur de la crise financière, à savoir la solvabilité des banques et la crise de liquidité. Ce plan ouvre une brèche importante dans le consensus néo-libéral des deux dernières décennies dans la mesure où il autorise désormais l'Etat à rentrer dans le capital des banques. Par ailleurs, en s'attaquant aux marchés interbancaires, le plan Brown apporte une réponse inespérée aux problèmes de liquidité des banques. En même temps, l'engagement des pouvoirs publics anglais se fait avec des exigences assez fortes et un interventionnisme marquée afin de mettre fin aux aventures passées et aux risques insensés pris sur les marchés financiers. Ce plan a été bien accueilli par les experts et certains, comme le futur prix Nobel, Paul Krugman, l'avait salué avec une tribune très élogieuse au New York Times du 14 octobre 2008 au titre assez évocateur "Gordon does good" (Gordon agit bien).
Mais surtout, cette approche sera au centre du plan de sauvetage européen adopté par les dirigeants lors d'une nouvelle réunion de l'Eurogroupe le dimanche 12 octobre à Paris. Le plan européen comportera différentes volets dont les plus importants sont l'appui aux banques et les garanties aux marchés interbancaires. Les dirigeants européens se sont engagés à apporter leur soutien aux grandes banques menacées par la crise et ont affirmé qu'aucune grande banque ne fera faillite. Par ailleurs, les autorités européennes se sont engagées à garantir les prêts interbancaires et à assurer une plus grande disponibilité des liquidités sur ses marchés. Ainsi, les Etats se sont engagés à offrir leur garantie aux banques qui se prêteront entre-elles. Aussi, ce plan s'intéresse à la solvabilité des banques et appelle à une "recapitalisation suffisante des banques en difficulté" comme le souligne le communiqué final.
Ces négociations et ces accords seront à l'origine d'une mobilisation sans précédent pour sauver les banques et gérer la crise en Europe. Dès la semaine du 13 octobre d'importantes annonces ont été faites par les différents gouvernements européens pour appuyer leurs institutions financières. On estime le montant global de ces interventions à près de 1700 milliards d'euros. En France, le plan de sauvetage annonce 40 milliards pour la recapitalisation et 320 milliards pour les garanties bancaires. En Grande Bretagne, le gouvernement Brown promet un peu plus avec 47 milliards de recapitalisation et 320 milliards de garantie. Mais, l'annonce record reviendra à l'Allemagne avec 80 milliards de recapitalisation et 400 milliards de garantie. Tous les autres pays ont également annoncé des plans de sauvetage dans la foulée dont l'Espagne, l'Italie, l'Autriche, les Pays Bas et le Portugal. Ces annonces ont eu le mérite de soulager les marchés financiers qui ont repris à la hausse dès le début de la semaine du 13 octobre avec une croissance de 11,04 du Dax à Francfort, de 11,18% du CAC 40 à Paris, de 8,42% pour le Dow Jones à New York et de 8,26% pour le Footsie à Londres.
Mais, après avoir été l'inspirateur du plan européen, le véritable succès de la doctrine Brown est d'avoir rallié l'ami américain. En effet, après s'être battu des semaines durant contre la nationalisation même partielle des banques, le Secrétaire au trésor Paulson met au placard ses convictions idéologiques et se convertit au pragmatisme ambiant en rajoutant la participation de l'Etat à la recapitalisation des banques à son plan de sauvetage. Paulson a beau expliquer que l'acquisition par l'Etat de titres des banques ne lui donnerait pas de droit de vote. Il a beau justifier que l'Etat n'interviendra que "pour protéger les droits des actionnaires"! Un des derniers bastions du néo-libéralisme triomphant des années Reagan et Thatcher est tombé! L'Etat tellement décrié par le consensus de Washington et devenu un objet honni a de nouveau droit de cité et peut désormais déguster son succès et son retour triomphant dans l'économie!
Mais cette reprise ne sera que de courte durée et de nouveau les bourses partent à la baisse. Cette baisse inquiète et certains ne cachent plus le pire. D'autres soulignent que les bourses sont aspirées par le vide en cette fin du mois d'octobre, devenu leur mois noir. Après le 24 octobre 1929 et le krach le plus célèbre dans l'histoire récente, la bourse a connu d'autres mois d'octobre maudits comme ceux de 1987 et 1989 avec la crise des valeurs des nouvelles technologies. Le 24 octobre 2008, le jour du 79ième anniversaire du mardi noir de 1929, les grandes bourses mondiales ont de nouveau franchi un pas vers l'abîme. Ainsi, le Dow Jones a reculé de 3,59% à Wall Street. Le CAC 40 a baissé de 3,54%. A Tokyo la chute a été encore plus marquée et a atteint 9,6%. Et, les commentaires désespérés de fuser de la part des agents et des traders. "Une séance comme celle-là ne fait que prolonger l'agonie" souligne un trader, "De la peur à l'état pur"! ose à commenter un autre trader!
Ainsi, les bourses semblent entrer dans un tourbillon sans fin. Le cercle vicieux de la chute et de la débandade ne veut plus s'arrêter. La crise immobilière des subprimes s'est exportée sur la sphère financière et a été à l'origine d'une panique et d'un tsunami financier sans précédent. Et, au moment où on s'attendait à un répit c'est la sphère réelle qui prend la relève en annonçant une récession sans précédent. Mais, la crise de la sphère réelle se répercute à son tour sur la sphère financière et pousse encore plus les marchés financiers vers le néant! A en juger! Le quotidien français Le Monde du 24 octobre 2008 estime que les plus grandes bourses ont perdu presque la moitié de leur capitalisation depuis le début de l'année 2008 entraînant 25 000 milliards de $ en fumée. L'indice CAC 40 de la bourse de Paris est ainsi passé de 5 550,36 au 2 janvier 2008 à 3 193,79 le 24 octobre en ayant passé sous la barre symbolique des 3000 à plusieurs reprises.
Les réponses à cette crise ont connu plusieurs étapes. Des réponses indirectes des autorités monétaires et financières à leur implication directe dans le sauvetage de certaines institutions à la dernière étape de formulation d'importants plans de sauvetage dans les grands pays, rien n'a pu mettre fin à la grande volatilité et à l'incertitude endémique qui parcourent les marchés mondiaux et sont en train de les mener vers la débâcle. Ces réponses ne se sont pas limitées au niveau national. Mais, rapidement les pays du G7 ont cherché à donner une réponse globale à cette crise.
Les commentaires récents