Chers amis,
Je tiens à vous remercier de l'accueil réservé à cette série sur la crise financière. Le texte d'aujourd'hui sur le retour de l'Etat est le dernier de cette série. Mais, je reviendrai de nouveau à une nouvelle série sur la crise qui traitera particulièrement des politiques de gestion de la crise et cherchera à comprendre leurs limites.
Amicalement,
Hakim
Beaucoup d'experts se sont aventurés à comparer la crise financière actuelle avec celle de 1929 et tous sont d'accord pour considérer que la grande différence concerne le rôle joué par les pouvoirs publics pour faire face à cette tempête et empêcher qu'elle se transforme en une crise de système. Les paroles des responsables politiques et économiques en 1929 raisonnent encore dans les esprits! Ainsi, Andrew Mellon, le Secrétaire au trésor de l'époque avait déclaré en 1929 à propos de la crise, des faillites en cascade et de la détresse des gens "cela va purger la pourriture du système. Le coût de la vie va baisser. Les gens vont travailler plus dur, vivre une vie plus morale. Les gens entreprenants vont s'emparer des ruines qui sont entre les mains des gens moins entreprenants". Des propos assez significatifs de la dureté et de la rudesse du capitalisme de l'époque et de son éloignement des préoccupations des gens!
Les choses ont beaucoup changé et l'une des leçons de la crise de 1929 a été de reconnaître le rôle de l'Etat dans le fonctionnement des économies modernes pour faire face aux défaillances du marché. Une leçon qui a été mise en exergue par John Mayard Keynes et qui sera au centre des politiques de New Deal et de tous les efforts de relance de la demande qui ont permis à l'économie de connaître les Trente Glorieuses et la plus grande période de stabilité et de croissance. Aujourd'hui, les gouvernements ont intervenu avec force pour arrêter cette tempête et empêcher qu'elle se transforme en une crise économique majeure. Nationalisation de banques ou d'entreprises en difficulté, favorise des prises de contrôle des entreprises en faillite par d'autres afin d'empêcher l'effet domino de se produire et injecter des ressources importantes pour aider les banques à se débarrasser de leurs créances douteuses, les autorités politiques et les banques centrales n'ont pas lésiné sur les moyens pour faire face à cette crise. Même ceux qui se sont toujours battus pour un moins d'Etat n'hésitent pas à retrousser les manches et à devenir des plus interventionnistes pour gérer cette crise financière.
Comme lors de la crise de 1929, le retour de l'Etat est une importante leçon de la crise actuelle. Jean-Claude Juncker, le premier ministre luxembourgeois et président de l'Eurogroupe, a justifié le recours à l'intervention publique par la défaillance des marchés. Il a certainement exprimé le sentiment de beaucoup lorsqu'il a déclaré lors d'une conférence de presse à Bruxelles à la marge d'une réunion de l'Eurogroupe le 17 septembre dernier en soulignant "ceux-là même qui nous ont demandé, pendant des années, de rester assoupi réclament maintenant notre intervention urgente. C'est dans un certain sens une bonne nouvelle. Car je n'ai jamais cru, pour ma part, que les marchés financiers, seuls, avaient toutes les solutions".
Ces déclarations montrent que les politiques reviennent à des attitudes plus pragmatiques mêmes si certains continuent à croire et à défendre bec et ongles le fondamentalisme du marché. Il s'agit d'un changement d'époque par rapport aux deux dernières décennies où le marché était au cœur d'un nouveau fondamentalisme qui avait juré de la capacité de cette nouvelle religion à régler tous les maux de nos sociétés. Quelques années et des crises plus tard, on se rend compte que ces discours n'ont plus d'effets et ceux là mêmes qui ont défendu le marché sont emmené à faire appel à l'Etat pour gérer les imperfections de ce dieu déchu.
Cependant, il ne faut pas que l'intervention de l'Etat se limite au sauvetage d'une système financier en déperdition. Il faut également qu'elle se prolonge dans la sphère réelle pour empêcher les tensions récessionnistes en une véritable déflation qui ouvrirait la porte à la bête immonde et nous entraînerait dans les aventures les plus folles.
L'économie globale vit depuis plus d'un an aux rythmes d'une tempête financière sans précédent. Une crise qui a trouvé ses fondements dans cette prise inconsidérée de risque et la recherche des profits les plus élevés. L'intervention concertée des autorités politiques et des banques centrales semble avoir calmé les marchés. Le véritable enjeu aujourd'hui est de s'attaquer avec la même énergie et la même détermination à la sphère réelle afin de relancer la croissance et la création d'emploi pour lutter contre le désespoir, la précarité et la marginalisation.
Merci beaucoup pour ces précisions.
Rédigé par: Fabienne | 05 novembre 2008 à 11:44
Merci Fabienne pour votre visite et votre question. Le prix du pétrole vient de passer ce matin sous la barre des 60$. Cette évolution était attendue dans la mesure où la crise financière et la récession économique qui s'annonce dans les pays développés se sont traduits par une baisse de la demande du pétrole. En dépit de la décision des pays de l'OPEP de réduire leur production, les cours ont chuté. Alors la question est de savoir pourquoi cette baisse ne se reflète pas immédiatement aux prix à la pompe et ceci s'explique par le fait que ces prix intègrent plusieurs taxes.
La déflation est une baisse généralisée des prix et de la production et une hausse du chômage. L'exemple le plus frappant a été bien évidemment la déflation de 1929 qui a été à l'origine d'une chômage massif et d'un grand désespoir. La décroissance est totalement différente. Il s'agit d'une revendication de la part de certians écologistes qui pensent qu'il est nécessaire de réduire la croissance et son caractère productiviste qui sont à l'origine de la dégradation de l'environnement. Le développement soutenable passerait alors par une croisance moins forte et mieux partagée.
Amicalement,
Hakim
Rédigé par: Hakim Ben Hammouda | 04 novembre 2008 à 11:26
Bonjour Mr Ben Hammouda,
Comment peut on passer d'un prix du baril de pétrole de 150 dollars à 60 dollars comme ce matin j'ai entendu.
Et le prix de l'essence n'a pas baissé aussi vite...
Autre question, c'est quoi la défation et la décroissance.
Merci
Rédigé par: Fabienne | 04 novembre 2008 à 09:10