Les pays émergents en Asie ont connu une forte croissance durant les dernières années, qui a été la plus forte parmi toutes les régions en développement. Elle est passée de 9,2 en 2006 à 9,3 en 2007 (toutes les données sont basées sur les résultats et les estimations du FMI dans ses publications les plus récentes et notamment son document World Economic Outlook publié deux fois par an et dont les résultats et les chiffres sont régulièrement révisés au courant de l'année). Cette croissance asiatique a été essentiellement portée par les fortes dynamiques des deux grands géants de la région à savoir la Chine et l'Inde.
C'est probablement la Chine qui a connu la plus grande sucess story de ces dernières années avec une croissance à deux chiffres qui s'est située à 11,6 en 2006 et a progressé jusqu'à atteindre 11,9% en 2008. Les performances de l'Inde, même si elles sont moins marquées que celles de la Chine, sont également fortes et ont été de 9,8 et de 9,3% en 2006 et 2007. Il faut également mentionner les résultats des pays de l'ASEAN dont les performances économiques ont été fortes, même si elles sont éloignées de la Chine et de l'Inde, avec des taux de croissance qui se sont situés en moyenne à 5,7% et 6,3% en 2005 et 2006. Mais, ce sont les Nouveaux Pays Industriels (Corée du Sud, Taïwan, Hong Kong et Singapour) qui ont paradoxalement connu les résultats et le niveau de croissance le moins marqué en Asie avec des moyennes annuelles de 5,6% en 2006 et en 2007.
La question est de savoir quels seront les effets de la crise financière et de la récession qui s'annonce dans les pays développés sur les économies asiatiques. Il faut effectivement voir si cette récession va emporter dans son sillage cet important creuset de croissance pour l'économie mondiale. Les premiers résultats et pronostics pour les deux prochaines années montrent que les pays émergents résisteront à cette crise mieux que les autres régions en développement. En effet, la croissance va faiblir dans cette région mais elle restera relativement prononcée avec une moyenne annuelle estimée à 7,7 en 2008 et 7,1% en 2009. Ces estimations sont provisoires et leur évolution dépend fortement du niveau et de l'ampleur de la récession dans les pays développés. Mais, d'ores et déjà, les estimations disponibles aujourd'hui montrent une bonne résistance des pays de la région. A ce niveau, il faut souligner les performances de l'Inde et de la Chine qui, certes plus faibles que par le passé, restent relativement fortes. La croissance chinoise sera de 9,5% en 2008 et baissera à 8,5% en 2009 quant à celle de l'Inde, elle sera de 7,8% et de 6,3 lors de la même période. Mais, ce sont les Nouveaux Pays Industrialisés qui seront plus touchés par la crise avec une croissance qui se situera autour de 4% en 2008 et baissera jusqu'à 3,2% en 2009.
L'Asie reçoit l'impact de la crise globale sur le secteur réel à travers deux mécanismes essentiels. Le premier est celui de l'arrivée de capitaux qui ont connu une forte croissance en 2007 notamment sous forme d'investissements directs étrangers. Mais, cette arrivée massive de capitaux risque de ralentir fortement à partir de 2008 sous l'effet de la crise. Lors du troisième trimestre de 2008, les capitaux privés en direction des pays émergents, en Asie, sont tombés à 137 milliards de $ alors qu'il se situaient autour de 211 milliards de $ lors de la même période en 2007. La crise globale aura également un impact sur les pays asiatiques à travers une baisse de la demande des exportations en provenance des pays développés, particulièrement des Etats-Unis et de l'Europe. En effet, les exportations des différentes régions asiatiques à destination des Etats-Unis et de l'Europe, même si elles ont baissé, sont encore importantes et représentent plus de 20% du total des exportations pour les Nouveaux Pays Industrialisés, et les pays de l'ASEAN+5 et près de 40% pour les pays d'Asie du Sud en 2007.
Donc, cette région, jusque-là moteur important de la croissance globale, commence à voir les premiers signes de la crise à travers les turbulences financières et la chute des bourses dans certains pays émergents. Il faut également souligner que la croissance sera touchée cette année, et particulièrement en 2009, et que les pays émergents vont connaître un certain essoufflement. néanmoins, la croissance reste élevée mettant en évidence la capacité de cette région à gérer et à résister à cette crise globale.
Certes, il est trop tôt pour se prononcer sur l'avenir de la région dans ce contexte. Les instituts de prévision ne cessent de réviser à la baisse leurs projections et il est prématuré de proposer des indications sur le niveau de croissance pour les prochains mois et les prochaines années. Ce que nous avons essayé de mettre en valeur dans ce chapitre ce sont les facteurs qui pèsent sur cette région et surtout sur les pays émergents, et qui peuvent l'enfoncer dans la dépression. A ce niveau, nous avons mis en évidence les facteurs financiers et l'intégration de la région au marché financier global. Pour ce qui est de la sphère réelle, nous avons souligné quelques facteurs qui peuvent tirer la région vers la récession comme la baisse des financements externes et la réduction de la demande en provenance des pays développés pour les exportations de la région.
Par contre, il faut souligner que cette région dispose de ressources et de facteurs qui peuvent la maintenir en dehors de la crise et de la forte dépression qui se dessinent dans l'économie globale. Le premier facteur de résistance à la crise globale est relatif à l'ampleur de la demande interne dans les différents pays asiatiques émergents. En effet, depuis le tournant du siècle la demande interne a joué un rôle important dans la croissance asiatique et qui a été à l'origine de 6% des 7% de croissance enregistrée par ces pays en 2002. La part de la demande interne est restée forte et sa contribution est montée à 7% sur les 9% enregistrés en 2007. Bien évidemment cette part diffère d'un pays à un autre et elle est beaucoup plus marquée dans les pays à haut revenu de la région. Ainsi, la part de la demande interne a été de 65% dans la croissance des Nouveaux Pays Industriels entre 2004 et 2007. La part de la demande interne est moins forte en Chine où elle n'est que de 55%.
Parallèlement à la demande interne, un autre facteur explique la croissance des pays asiatiques. c'est une moins forte dépendance de la croissance globale qui donne l'ampleur des dynamiques régionales. A ce niveau, on constate une progression rapide de la part des exportations régionales dans les exportations globales de l'ensemble des pays de la région, ce qui relativise le poids de la demande des pays développés dans la croissance asiatique. A ce propos, il faut noter que la part des exportations régionales des Nouveaux Pays Industriels est passée de moins de 40% à près de 70% entre 1990 et 2007. De la même manière et si on examine la région de l'ASEAN+5, on constate la même progression avec la part des exportations régionales qui était autour de 50% et qui est passée à près de 70% durant la même période. A ce niveau, deux remarques s'imposent. La première est que cette croissance des exportations régionales s'est faite dans toutes les régions aux dépends des exportations à destination des zones de turbulences et en récession, à savoir les Etats-Unis et l'Europe. La seconde remarque est liée au rôle joué par la croissance chinoise comme une locomotive de la croissance régionale.
L'examen de la croissance économique et des perspectives de développement de développement dans l'Asie en développement nous a permis de mettre en perspective les canaux de transmission de la crise financière globale dans cette région. Nous avons également identifié les facteurs qui protègent la croissance asiatique et lui permettent de résister à la récession globale à savoir la demande interne et les dynamiques régionales. De ce point de vue, l'ampleur de l'impact de la crise globale sur la région dépendra de sa capacité à résister aux canaux de transmission et à renforcer les facteurs internes et les dynamiques régionales qui permettent, jusqu'à présent, à la croissance de se maintenir à un niveau élevé.
Dans le contexte du maintien et du renforcement des facteurs de croissance interne il faut comprendre et analyser le projet de relance économique mis en place par le gouvernement chinois. Il s'agit d'un plan de grande ampleur annoncé le 9 novembre avec un montant de 455 milliards d'euros ayant pour objectif de maintenir la croissance chinoise à 8%. Ce plan comporte une importante part d'investissements en infrastructures, une réduction des taxes et notamment des TVA sur les entreprises exportatrices, un infléchissement de la politique monétaire et l'encouragement à la consommation privée.
Ainsi, la région la plus dynamique de ces dernières années n'a pas échappé à l'impact et à l'influence de la crise globale. Cependant, et contrairement à d'autres régions du monde en développement, l'Asie, et particulièrement les pays émergents, disposent de ressorts internes et régionaux afin de faire face à cette crise sans précédent et d'empêcher qu'elle ne heurte de manière frontale ces pays.
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