Parallèlement aux effets financiers de cette crise sans précédent, les experts et les hommes politiques ont commencé à prendre conscience de l'ampleur de la récession qui va lui succéder. En effet, les prévisions de croissance des grands pays développés ont été revu à la baisse et beaucoup d'entre eux sont déjà en récession. Mais, ce sont surtout les chiffres de l'emploi qui ont attiré l'attention de l'ensemble des experts. Le Bureau International du Travail a publié les premières estimations des chiffres du chômage au niveau global et selon les estimations de l'institution, le chômage atteindra un nouveau record à la fin de 2009 et touchera probablement 290 millions de personnes. Cette situation pourrait encore se détériorer précise Juan Somavia le directeur général du BIT, qui souligne que la situation "pourrait même s'aggraver en fonction de l'impact de la crise financière".
La détérioration de la situation globale de l'emploi trouve ses origines dans l'économie américaine qui a été le plus touchée par la crise. Les chiffres publiés récemment montrent que les Etats-Unis ont perdu près de 533 000 emplois lors du mois de novembre 2008. Il s'agit de la baisse la plus forte dans l'histoire américaine depuis 1945. Le taux de chômage a augmenté de 0,2% par rapport au mois d'octobre 2008 pour se situer à 6,7% et le nombre total de chômeurs a dépassé les 10 millions de personnes. Cette situation est inquiétante et la détérioration de la situation de l'emploi suscite les plus grandes inquiétudes auprès des responsables politiques. Ainsi, le président sortant G. W. Bush a souligné que "les chiffres de l'emploi publiés aujourd'hui reflètent le fait que notre économie est en récession". Par ailleurs, le nouveau président élu indique qu'il "est temps de réagir avec détermination et célérité pour remettre les gens au travail et relancer notre économie".
Mais, la situation de l'emploi aux Etats-Unis est d'autant plus inquiétante qu'elle est depuis quelques mois sur une pente largement baissière et les résultats du mois de novembre ne font que confirmer cette détérioration. En effet, ces pertes font suite à 403 000 destructions d'emplois au mois d'octobre au lieu des 240 000 annoncés et des 328 000 pertes du mois de septembre au lieu des 284 000 annoncés. Le nombre de destructions d'emplois, selon toutes les vraisemblances , est le plus important sur l'année depuis 1945 et beaucoup d'experts soulignent que les Etats-Unis pourraient continuer à perdre entre 300 000 et 400 000 emplois par mois lors de la prochaine année du fait de l'ampleur de la récession au sein de cette économie.
La dégradation de la situation de l'emploi et l'accroissement du chômage ne sont pas propres aux Etats-Unis. Les autres pays développés ont commencé à sentir les effets de la récession et le chômage a commencé également à croître. En France, on a enregistré une destruction d'emplois de 12 800 au troisième trimestre de 2008. Ces pertes sont marquées dans les secteurs de l'industrie et des services. En Grande Bretagne, le nombre de chômeurs a progressé de 164 000 entre le mois de juin et août 2008 soit la plus forte progression depuis 1991. Le Canada a également connu une hausse du chômage avec une perte de 71 000 emplois en novembre 2008, soit le niveau le plus élevé depuis 26 ans, ce qui emmène le taux de chômage à 6,3%. Ce sont surtout les secteurs liés à l'économie américaine qui ont connu la plus forte baisse. Seule l'Allemagne échappe pour l'instant à cette baisse du chômage avec un taux qui se situe en novembre 2008 autour de 7,5% ce qui représente son niveau le plus bas depuis seize ans. Ces résultats sont significatifs de la compétitivité de l'économie allemande qui lui permet de mieux résister aux effets de la crise. Mais, cette situation ne pourra pas se maintenir et va se détériorer dès les premiers mois de l'année 2009 avec le ralentissement d'importants secteurs comme celui de l'industrie automobile. On estime que l'économie allemande pourrait perdre près de 30 000 emplois en 2009 ce qui se traduira par une forte hausse du taux de chômage qui pourrait atteindre un chiffre record de 9% en fin d'année.
Plusieurs secteurs ont été touchés par la crise. Ainsi, la récession aura des effets sur les secteurs clefs pour l'emploi dont le bâtiment et l'industrie automobile. Mais, c'est surtout le secteur financier qui a été touché immédiatement par la crise et parallèlement à la faillite des grandes banques d'investissement qui ont jeté des milliers de personnes dans la rue, les restructurations des grandes banques ont été à l'origine d'une explosion du chômage dans ce secteur. Un jeune cadre d'une grande banque mis au chômage récemment souligne, désabusé: "ils sont des milliers comme moi, vous savez. Même ceux qui ont encore un job dans leur banque cherchent ailleurs. Ils savent qu'ils risquent de se faire licencier du jour au lendemain".
La perte d'emplois la plus importante dans le secteur financier a été enregistrée bien évidemment aux Etats-Unis avec 220 506 d'emplois supprimés depuis le début de l'année jusqu'au mois de novembre 2008. Mais, ce qui est important c'est que plus de la moitié de ces pertes ont été réalisées entre les mois d'août et novembre et qu'elle représentent aujourd'hui près de 3% de l'emploi total du secteur. L'Europe n'a pas échappé à la détérioration de la situation de l'emploi dans le secteur financier. En effet, on estime que les destructions d'emplois dans ce secteur ont été de 70 000 entre de janvier à novembre 2008. Ce sont surtout l'Allemagne et la Grande Bretagne, dont les banques ont été touchées par la crise, qui ont connu un niveau de destruction d'emplois plus élevés. La totalité des pertes d'emplois dans les secteurs financiers est estimée à 300 000 durant les dix premiers mois de l'année 2008.
Mais, les prévisions ne sont pas bonnes pour le secteur financier et beaucoup estiment que ce secteur devrait perdre entre 1 et 1,4 millions d'emplois dont 700 000 se situerait aux Etats-Unis. Cette situation contraste avec les années de l'euphorie boursière et financière, et notamment en 2006 où les institutions financières employaient près de 6,3 millions de personnes soit l'équivalent de 8,5% du PIB. Or, avec la crise actuelle, les destructions d'emplois ont été à l'origine d'une baisse forte de la part de l'emploi dans le PIB et beaucoup estiment que le secteur ne retrouvera jamais le niveau qui était le sien en 2006.
Parallèlement aux difficultés du secteur financier, les destructions d'emplois touchent également les secteurs réels et reflètent les anticipations des entreprises sur une baisse de la demande dans les pays développés. Les baisses dans les carnets de commandes des entreprises se traduisent par une attitude plus frileuse dans le domaine de l'emploi qui prend différentes formes dont la fermeture de certaines chaînes de production, le report d'investissements ayant pour objectif d'augmenter les capacités de production et qui peuvent aller jusqu'à la destruction d'emplois. Certaines grandes entreprises ont déjà commencé à anticiper cette récession et la baisse de la demande qui s'en suivrait. Ainsi, par exemple, Arcelor-Mittal, le numéro un mondial de la sidérurgie, a prévu de fermer certains de ses hauts fourneaux situés dans plusieurs sites européens pour une période de deux trimestres pour faire face à une baisse de la demande en provenance des entreprises automobiles. Par ailleurs, les grands constructeurs automobiles dont Fiat, General Motors, PSA Peugeot Citroën, et Honda ont déjà arrêtés plusieurs chaînes de production et ont mis beaucoup d'ouvriers au chômage.
Ainsi, la crise financière est en train de se transformer en une récession sans précédent qui rappelle par bien des aspects celle de 1929. L'ampleur de cette crise exige des réponses nouvelles et beaucoup se sont tournés vers la politique économique afin de faire bénéficier aux économies en récession de ses effets procycliques.
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