Comment faire pour que l'effort de solidarité internationale et de coopération avec les pays pauvres survivent à la crise? Comment s'assurer que les pays développés poursuivent leurs efforts dans le domaine de l'aide et tiennent leurs engagements d'arriver à 0,7% de leur PIB sous forme d'aide aux pays pauvres? Comment faire en sorte que la crise ne soit pas à l'origine d'un repli sur soi par les pays développés afin de faire face aux enjeux sans précédent de la crise? Comment faire en sorte que cet engagement en faveur des pays en développement et cette ouverture sur leurs préoccupations se poursuivent en dépit de l'ampleur de la crise qui secoue notre planète?
Telles sont les questions que se posent experts et responsables politiques et économiques depuis l'éclatement de la bulle financière et la faillite de la banque Lehman Brothers le 15 septembre dernier, qui ont annoncé la plus grande crise financière depuis celle de 1929. Ces experts ne cessent, à l'image des réunions des ministres africains des finances, d'appeler les pays développés à maintenir leurs engagements en faveur des pays en développement. Ces appels sont d'autant plus importants que la crise financière a été renforcée par une forte récession économique et dès le mois de novembre, les estimations les plus pessimistes se sont succédées pour annoncer une chute de la croissance globale. Cette récession touche les pays en développement et même ceux qui ne sont pas fortement intégrés dans la globalisation financière et qui ont espéré échapper un moment à cette crise, ont été finalement rattrapés par le spectre de la déflation qui se profile à l'horizon.
Cette crise a été à l'origine d'une forte mobilisation de la part des pays développés pour empêcher qu'elle ne se transforme en un désastre sans précédent. Ainsi, les premiers jours du mois d'octobre dernier ont donné lieu à multitude de plan de sauvetage des banques dans la plupart des pays développés. Le plus important a été certainement celui de Paulson, l'ancien Secrétaire au Trésor, qui a mobilisé près de 800 milliards de $ pour venir en aide aux banques américaines empêtrées dans cette débâcle sans précédent qu'est devenue la crise des subprimes. Plus tard, lorsque les prévisions des grandes institutions internationales ont annoncé l'arrivée de la dépression et que l'économie mondiale, et particulièrement les pays développés, allaient connaître une croissance négative en 2009, ce sont les plans de relance de l'économie qui se sont multipliés. Près de 200 milliards d'euros en Europe, plus de 500 milliards en Chine et environ 800 milliards de $ aux Etats-Unis ont été mis sur la table par les pouvoirs publics pour empêcher que la machine économique ne déraille définitivement et que la récession ne se transforme en déflation généralisée qui pourrait faire renaître les démons des années 1930 et la bête immonde qui a été à l'origine d'un des conflits les plus meurtriers et de la tragédie des camps!
Certes, tous ces plans n'ont pas encore donné de résultats et la reprise tarde à pointer son nez. En effet, l'actualité économique est encore marquée par la multiplication des suppressions d'emplois de la part des grandes entreprises et la fragilité des marchés financiers. Mais, surtout cette crise a été à l'origine d'une grande inquiétude de la part des pays en développement et particulièrement les plus pauvres d'entre eux. En effet, ces pays s'inquiètent que la crise et les sommes sans précédent qu'elle exige de la part des pays développés ne les détournent de l'aide et de l'appui aux pauvres. Ces inquiétudes sont d'autant plus fortes que l'aide au développement avant que la crise ne s'amplifie, avait du mal à décoller et que les promesses maintes fois renouvelées par les pays développés et particulièrement ceux du G8 dans leurs sommets consécutifs, ne se sont toujours pas concrétisées. Plus récemment le sommet de financement du développement qui s'est déroulé à Doha en novembre dernier pour faire le point sur les engagements pris à Monterrey par les pays développés n'a pas suscité l'enthousiasme des donateurs dont les représentations se sont faites à un niveau subalterne.
Il apparaît aujourd'hui urgent et important que la crise ne vienne pas à bout des engagements pris par les grands pays dans le domaine de la coopération internationale et de leurs engagements en faveur du développement. Il est nécessaire de maintenir et de défendre l'idée d'une ouverture de la globalisation à sa marge et de faire du développement une dimension essentielle de la reconstruction d'un ordre international multipolaire. Pour cela, il faudrait d'abord ne pas renier les engagements pris dans le domaine de l'aide et consacrer comme l'ont suggéré beaucoup d'institutions au moins 0,7% des plans de relance nationaux à l'aide pour le développement. Il est également nécessaire de maintenir les marchés des pays développés ouverts pour les exportations des pays en développement et ne pas saisir l'occasion de la crise pour hisser l'arme du protectionnisme vis-à-vis de leurs produits. Il faut également maintenir le robinet du financement international ouvert pour ces pays et favoriser leur accès aux flux internationaux.
Certes, la crise globale est d'une ampleur sans précédent et pose des défis importants pour les pays développés. Mais, dans ce contexte morose, il est nécessaire d'appuyer le monde en développement et de ne pas laisser aller à la dérive à cause d'une crise dont il n'est finalement pas l'initiateur!
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