Depuis son arrivée et pouvoir et les plans de sauvetage mis en place, la nouvelle administration américaine et particulièrement le Secrétaire au trésor Timothy Geithner n'avait qu'une question en tête : l'ampleur du risque bancaire. Cette question est d'autant plus importante que sa récompense allait largement influencer la conduite à suivre par le gouvernement américain dans la stratégie de sauvetage des banques. Beaucoup d'experts, dont le prix Nobel d'économie Krugman, conseillait à la nouvelle administration des solutions radicales et pensait que le sauvetage des banques passait par la nationalisation des plus touchées d'entre-elles pour une certaine période. L'administration cherchait donc à avoir une idée plus claire sur le degré d'exposition des grandes banques avant de définir sa feuille de route pour le futur. Par ailleurs, des chiffres et des estimations des plus contradictoires circulaient sur les besoins de ses grandes banques ce qui n'était pas de nature à rassurer les marchés et à réduire l'incertitude et l'instabilité. Par ailleurs, de l'état de santé des banques dépendra la reprise et le retour de la croissance dans les grandes économies.
Pour l'ensemble de ces raisons, la nouvelle administration américaine s'est attelé dès son arrivée aux affaires à répondre à cette question et à mesurer l'ampleur du risque encouru par les grandes banques. Très rapidement un comité a été mis en place et dont l'objectif est de mesurer la solidité des banques et en leur faisant passer ce qu'on appelle outre-atlantique un "stress test" ou un test de solidité. Cet exercice a été entamé en février 2009 et a concerné les 19 plus grandes banques américaines ou celles qu'on considèrent outre-atlantique "too big to fail" (Trop importante pour faire faillite). Et depuis l'annonce de la mise en place de ce comité, les marchés financiers et l'ensemble des acteurs attendaient avec impatience ses résultats. Mais, entre-temps, la Réserve Fédérale a laissé passer quelques informations sur les outils méthodologiques et les principaux critères qui ont été utilisées dont bien évidemment l'importance des fonds propres ou les moyens de se prémunir contre une éventuelle défaillance. Ensuite, d'autres "fuites" ont été orchestrées par la FED pour rassurer les marchés et éviter que la publication brutale de certains résultats ne les déstabilisent pas.
Finalement les résultats de ces tests ont été publiés il y a quelques jours et elles montrent que les banques n'auront besoin que de 74,6 milliards de $ de fonds propres pour faire face au pire. Parmi les banques qui doivent augmenter leurs fonds propres, il faut noter Bank of America (33,9 milliards de $), Wells Fargo (13,7 milliards), la banque de crédit automobile GMAC (11,5 milliards de $), Citigroup (5,5 milliards de $), Morgan et Stanley (1,8 milliard de $). Ces banques doivent présenter des plans de redressement avant le 8 juin. Les réserves ont été jugées suffisantes pour neuf autres banques dont Goldman Sachs, JP Morgan Chase, American Express et Bank Of New York.
Ces résultats ont eu dans un premier temps pour effet de rassurer les marchés qui sont reparties à la hausse. Mais, très rapidement ce test a fait l'objet de beaucoup de critiques et de remises en cause. Pour beaucoup ce chiffre ne reflète pas la réalité de la situation de beaucoup d'institutions financières qui sont beaucoup plus touchées par la crise. Ces résultats sont d'autant plus contestées qu'au moment de leur publication, le FMI estimait les besoins des banques américaines à 275 milliards de $ d'ici 2010 pour nettoyer leurs bilans. Et, beaucoup d'experts se demandaient si les besoins étaient aussi peu importants que le suggéraient les résultats des stress test sur les raisons qui empêchent que la croissance reparte et que ces banques accordent des financements plus importants à l'économie. Ces doutes étaient d'autant plus importants que le quotidien d'affaire américain le Wall Street Journal révélait sur site web dès le 9 mai 2009 que la publication de ces résultats a fait l'objet d'intenses négociations préalables avec les différentes banques qui dans certains cas ont fait valoir leurs points de vue et ont exigé une révision à la baisse de leurs besoins. Et, le quotidien de citer les exemples de la Bank Of America dont les besoins étaient de plus 50 milliards de $ avant d'être baissé à 33,9 milliards de $, de la Citigroup dont les besoins de départ étaient de 35 milliards de $ et les chiffres publiés ont été réduits à 5,5 milliards de $ et celles encore de Wells Fargo qui étaient de 17,3 milliards de $ et qui ont été révisés à la baisse et ne sont plus que de 13,7 milliards de $.
D'autres également ont critiqué les hypothèses utilisées par le comité pour mesurer les besoins des banques. En effet, et contrairement à ce qui était prévu au départ et qui consistait à tester l'hypothèse d'un scénario catastrophe d'une déflation de 10% du PIB, les autorités américaines ont révisé ce scénario et ont utilisé l'hypothèse d'une récession classique qui ne dépasserait pas les 6% du PIB.
Ces critiques et ces interrogations ont été à l'origine d'une révision de la première perception positive de ce "stress test" et les marchés financières ont exprimé ces doutes avec une forte baisse, particulièrement pour les valeurs financières. Mais, ne dépit de ses limites et des critiques, ces test sont des outils nécessaires de prudence dans la gestion des banques. D'ailleurs le FMI a appelé tous les pays à mettre en place ses tests afin d'éviter de mauvaises surprises et L'Union européenne vient de faire savoir que des "stress test" seraient mis en place d'ici à septembre pour tester la solidité de son secteur bancaire. 25 établissements bancaires, tels que BNP-Paribas, la Société Générale, la Deutsche Bank, Santander, la Commerzbank, ou l'Unicrédit, y seraient soumis.
La crise actuelle a montré encore une fois l'importance du secteur bancaire et financier dans le fonctionnement des économies modernes et la nécessité de s'assurer que ces pourvoyeurs "d'oxygène financier" pour nos économies se portent comme des charmes et ne prennent pas de risques démesurés qui pourrait coûter cher à nos économies de plus en plus globalisées!
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