Comment gouverner notre monde? Comment s'assurer d'un fonctionnement cohérent des institutions globales? Comment faire en sorte que la volonté et les intérêts individuels des pays soient traduits en une volonté globale et collective de la communauté internationale? Comment empêcher les guerres et maintenir la paix? Comment assurer un développement partagé entre les différents pays? Ces questions ont été de tout temps au centre des préoccupations des hommes politiques, des stratèges et des institutions internationales. Mais, la crise actuelle donne une actualité encore plus pressante à ces questionnements et la réforme de l'ordre international est au centre des débats et des réunions internationales.
Certes, il faut rappeler que la communauté internationale s'est dotée à la sortie de la seconde guerre mondiale d'institutions globales pour gérer notre monde, assurer la paix, maintenir l'ordre et garantir une prospérité partagée. Ainsi, parallèlement aux Nations Unies, les accords de Bretton Woods ont donné naissance à la Banque Mondiale et au FMI qui devaient assurer la reconstruction de l'économie mondiale dévastée par la guerre et la crise des années 30. Ces institutions ont joué un important rôle dans la gouvernance de l'ordre international même si le contexte de la guerre froide et la lutte d'influence des deux puissances de l'époque, les Etats-Unis et l'URSS, a quelque peu réduit l'efficacité de leur action.
Cependant, ces institutions se sont essoufflées à l'image de l'ordre de l'après-guerre qu'ils étaient censées gérer. Dès le début des années 70, l'abandon des changes fixes et la convertibilité du dollar en or ont réduit le rôle du FMI. De son côté, la reconstruction de l'Europe a amené la Banque Mondiale à trouver dans les pays en développement un nouveau champ d'activité. En même, l'exacerbation des luttes entre les deux protagonistes de la guerre froide a pesé de tout son poids sur l'efficacité de l'action du système des Nations Unies dans les années 70.
Dans ce contexte, les premières discussions sur la refonte de l'ordre international ont pris jour au début des années 70. Durant la crise des années 70, il fallait se doter de nouvelles institutions capable de gérer cet ordre nouveau qui ne ressemble plus à celui hérité de l'après-seconde guerre mondiale. En effet, c'est un nouveau monde qui est apparu avec l'accès à l'indépendance d'un grand nombre de pays en développement et leur engagement en faveur d'un Nouvel Ordre Economique International capable de prendre en charge leurs préoccupations et leurs intérêts. Ces années ont été marquées par la montée des revendications économiques, politiques et culturelles des pays en développement et la montée en force du mouvement des non alignés qui a exprimé la volonté des pays du Tiers-Monde de se libérer de l'opposition Est-Ouest. Le mouvement des non-alignés a fait de la réforme de l'ordre international, une condition nécessaire au développement et à la modernité.
Mais, en même temps, les pays développés ont commencé à réfléchir sur la mise en place des institutions nécessaires au fonctionnement de l'ordre international. C'est ainsi qu'est apparue l'idée du G7 devenue récemment le G8 qui est un club informel des pays développés et un lieu de coordination de leurs politiques et de leurs choix sur la scène internationale. Ce groupe se réunira pour la première fois du 15 au 18 novembre 1975 à l'invitation du Président français de l'époque Valéry Giscard d'Estaing. Depuis lors, le sommet de ce groupe deviendra un rendez-vous incontournable de la scène internationale. Mais, surtout les ministres des finances et les gouverneurs des banques centrales de ce groupe vont jouer un rôle majeur dans la gestion des crises financières qui vont secouer l'économie, particulièrement dans les années 80 et 90. Progressivement ce regroupement a acquis de l'importance et est devenu le véritable directoire du monde. Mais, ce directoire a été au centre d'un grand nombre de critiques et remises en cause particulièrement de la part des institutions de la société civile. En effet, l'internationale a largement critiqué le G7 et sa volonté hégémonique sur le monde. Ces critiques ont également porté sur le manque de transparence dans les décisions de ce directoire et le caractère peu démocratique par lequel il s'est imposé à la tête de notre monde. Ainsi, les sommets de ce groupe ont-ils toujours fait l'objet de grandes contestations et de grands défilés et de protestations de la part de la société civile à travers le monde.
Mais, dans les années 80 on a connu d'importants changements sur la scène internationale avec la chute du mur de Berlin et la fin de la guerre froide. Les Etats-Unis deviennent alors la seule grande puissance mondiale. Cette place va se confirmera plus tard avec le rôle qu'ils joueront en Irak et dans la lutte contre le terrorisme après les attentats de 2001. Mais, cette nouvelle hégémonie ne résistera pas à la montée des défis internationaux et surtout à l'émergence de nouvelles puissances économiques du Sud, dont la Chine, l'Inde et le Brésil, qui cherchent de plus en plus à jouer un rôle plus important dans la gouvernance des affaires du monde. Ces nouvelles puissances mettent de plus en plus en exergue leurs poids économiques grandissant et le rôle marginal qui leur ai laissé au niveau politique. Cette situation est encore plus frappante dans les institutions internationales, comme le FMI ou la Banque Mondiale, où la place de ses pays est marginale. Certains experts indiquent souvent que la part de la Chine dans le capital du FMI est de 4% et au même niveau que la Belgique.
L'éclatement de la crise financière sera l'occasion pour tenter de mettre en place un nouveau directoire. Et le G20 est apparu comme le nouveau lieu de gouvernance du monde qui assure une plus grande participation des pays émergents. Ce groupe s'est rencontré une première fois au début de l'emballement de la crise en novembre 2008. Il s'est également réuni au début du mois d'avril dernier à Londres pour commencer à réfléchir sur les mesures à prendre afin de faire face à la crise actuelle. Ce groupe a mis à l'ordre du jour quatre questions essentielles qui sont au cœur de la sortie de crise dont: la relance mondiale, la régulation des systèmes financiers, la refonte de l'ordre financier international et l'appui aux pays en développement.
Toute la question est de savoir si ce nouveau directoire sera en mesure de gérer le nouvel ordre international en crise après le tsunami financier que nous venons de subir? Une question d'autant plus importante que certains n'hésitent pas à opposer le G192, ou les Nations Unies, au G20, pour discuter de questions aussi importantes pour l'avenir du monde! D'autres, au contraire, estiment que la reconstruction de l'ordre international dépendra de la capacité des Etats-Unis et de la Chine, ce que beaucoup de commentateurs appellent déjà le G2, à trouver un terrain d'entente sur la gestion du monde de l'après-crise!
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