L'hypothèse du découplage a dominé le débat sur les rapports Nord-Sud il y a quelques mois! Il ne se passait pas un jour sans qu'un journaliste, une revue ou un stratège n'est questionné sur cette fameuse idée d'un découplage et d'une déconnexion entre le Nord et le Sud tout au long de l'année 2007 et au début de l'année 2008! Tout le monde s'est intéressé à cette question et même l'hebdomadaire britannique The Economist, lui a consacré un de ses unes au début de l'année 2008! Que dit exactement cette idée et pourquoi a-t-elle eu autant de succès? Le découplage suggère une déconnexion entre les cycles économiques des pays en développement et particulièrement des pays émergents dont les fameux BRICs (Brésil, Russie, Inde et Chine) qui connaissaient de fortes dynamiques de croissance et les conjonctures des pays développés qui passaient par une forte période de récession.
Cette idée a pris forme dans un contexte marqué par une montée des pays émergents dans un contexte de globalisation. La croissance de ces pays était à deux chiffres au moment où les pays développés peinaient à sortir d'une forte récession. Par ailleurs, les pays émergents avaient amélioré de manière impressionnante leurs positions dans l'économie mondiale pour devenir de véritables concurrents aux pays développés. Et, il faut souligner que la montée en force de la puissance financière de ces pays et particulièrement de leurs fonds souverains avait beaucoup inquiété les pays développés qui avaient peur de perdre le contrôle de leurs grandes firmes au profit de ces riches orientaux. Comme les évènements vont vite et notre époque change à grande vitesse! Il y a seulement quelques mois, on chargeait les grands organismes internationaux comme l'OCDE et le FMI à établir des codes de conduite pour réglementer les activités des fonds souverains dans les pays développés. Quelques mois après et la crise aidant, c'est désormais tapis rouge pour inviter ses fonds à venir en aide aux grandes banques internationales qui passent par les plus grandes difficultés et sont en quasi banqueroute! Dans ce contexte d'émergence des pays du Sud et du renforcement de la coopération et des échanges régionaux entre eux que cette idée de découplage a émergé! Beaucoup ont estimé que ce découplage était une alternative aux pays en développement pour sortir de la marginalisation et du sous-développement dans lequel ils sont plongés depuis les indépendances! Une idée que l'économiste égyptien Samir Amin avait déjà exprimé il y a près d'un quart de siècle dans un fameux essai intitulé "Le déconnexion"! Que n'avons-nous pas entendu à l'époque! Samir Amin avec son ouvrage a fait l'objet d'une levée de boucliers sur le fait qu'il cherchait à isoler le Sud du progrès et de la modernité! Un quart de siècle plus tard on revient à cette hypothèse en oubliant totalement celui qui a été le premier à la développer! Comme quoi c'est toujours difficile d'avoir raison trop tôt!
Cependant, l'explosion de la crise globale et sa double dimension financière et réelle ont fortement touché les pays en développement. Même les pays qui n'étaient pas fortement intégrés dans la globalisation financière ont été touchés par cette crise. L'onde de la dépression est arrivée aux pays en développement et a frappé de plein fouet leurs exportations manufacturières mais aussi les cours de leurs matières premières. Du coup, les perspectives de croissance se sont assombries sous les tropiques. On a même commencé à évoquer l'idée d'une crise de développement dans les pays les plus fragiles comme c'est le cas en Afrique. Du coup, l'idée de découplage a été abandonnée pour le plus grand bonheur de tous ceux qui avaient défendu l'idée que la croissance et le développement dans le Sud ne pouvaient se faire en dehors d'une plus grande intégration dans la globalisation et une plus grande ouverture sur les grands marchés! Somme toute, l'avenir du Sud se joue au cœur du monde global et non à sa marge!
Or, ce qui semblait enterré et voué aux oubliettes de l'histoire il y a seulement quelques semaines est de retour! En effet, de plus en plus d'observateurs évoquent de nouveau l'idée de découplage! Mais, cette fois-ci dans le contexte de la sortie de crise globale. En effet, les dernières projections montrent que les pays en développement et particulièrement les pays africains pourraient reprendre le chemin de la croissance beaucoup plus vite qu'un Nord encore convalescent. Déjà le Centre for Research on Globalization estime que même si la croissance des quatre pays du BRIC ne sera que de 4,7% en 2009 mais elle contribuera pour 70% de la croissance globale. D'autres estiment que la croissance sera encore plus forte dans les pays émergents en 2010 et qu'elle pourrait se situer autour de 8% pour les quatre pays du BRIC. Plusieurs éléments expliquent l'optimisme de ceux qui reviennent à l'hypothèse du découplage dont l'ampleur des marchés intérieurs de ces pays et surtout les ambitieux plans de relance qu'ils ont pu mettre en place, particulièrement en Chine avec un plan de 585 milliards de $, alors que les pays développés ne cessent de tergiverser dans leurs plans de relance.
Les pays émergents ont montré la voie! Le meilleur moyen pour les pays en développement de répondre à cette crise et de retrouver le chemin du développement et de la croissance passent par des plans de relance ambitieux afin de construire les infrastructures qui leur manquent profondément, des politiques monétaires moins rigides et une plus grande coopération régionale! Certes, la crise a eu un impact négatif sur le Sud! Mais, nous continuons à croire qu'elle pourrait représenter une opportunité à saisir dans la mesure où ces pays peuvent entreprendre aujourd'hui ce qui leur était refusé il y a seulement quelques mois au nom de la stabilité et de la rigueur!
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