Les vacances sont bien derrière nous et les rentrées politiques, économiques et sociales ont déjà commencé avec leurs défis, leurs inquiétudes mais également leurs espoirs et projets. Il en est de même pour la lutte contre les effets de la récession et les projets de réforme de la gouvernance mondiale! Une année après le grand tsunami financier qui a frappé de manière brutale les grands marchés financiers et a failli emporter le système global, les principaux dirigeants politiques commencent à se retrouver et le marathon des réunions à s'organiser afin de poursuivre les projets de sortie de crise! Il faut dire que cette dernière a été une onde de choc et la faillite de la grande banque d'investissement la Lehman Brothers, le 15 septembre 2008, a montré l'ampleur des risques pris par des traders mus par le profit et le gain. Mais, en dépit des engagements pris par les grands pays pour une réforme radicale du système international au pire moment de la crise, l'état d'esprit a beaucoup changé au moment de cette rentrée et les bonnes décisions sont en train de se perdre! Les vieux démons d'avant la crise qui ont failli emporter le système global sont de retour! Que l'on juge, les bonus des traders sont de nouveau là, en dépit des engagements fermes du G20! Les politiques keynésiennes de relance de l'économie sont remises en cause au nom de la sacro-sainte lutte contre l'inflation et des impératifs de réduction des déficits publics! Les économistes conventionnels tiendraient ainsi leurs revanches avec un retour de leurs recettes que l'on croyait définitivement enterré sur le devant de la scène! Par ailleurs, les promesses tenues pour les pays en développement, notamment à travers la réforme des institutions internationales dont le FMI et la Banque Mondiale, pour renforcer la présence des pays émergents et le renforcement de l'aide internationale aux pays les plus pauvres sont en train de s'essouffler!
"Il faut que tout change pour que rien change", aurait dit avec beaucoup d'ironie le héros du romancier italien Giuseppe Tomasi di Lampedusa dans son chef d'œuvre le Guépard! Une sentence qui semble d'une grande actualité aujourd'hui pour analyser l'économie mondiale! Au lendemain de la réunion des ministres des finances du G20 les 4 et 5 septembre 2009 pour préparer le sommet du 24 septembre à Pittsburg, toute la question qui se pose est de savoir la capacité des dirigeants de la planète de poursuivre ce mouvement de réformes pour mettre en place un nouveau modèle de croissance et réformer la gouvernance globale ou de reprendre le cours des choses comme si de rien n'était et comme si le trou noir de la finance globale de l'année dernière n'est qu'un vieux souvenir!
A l'origine de ces doutes et de ce retour en arrière, l'amélioration de la situation économique depuis quelques semaines. En effet, après une fin d'année 2008 catastrophique, des signes de reprise pointent dans plusieurs pays dès le mois d'avril (green shoots, comme on les appelle outre-atlantique). Parmi ces signes on a surtout retenu l'amélioration de la situation économique en Chine avec la reprise de la production industrielle, des prêts ainsi que des ventes. Dès ce moment là beaucoup d'experts ont commencé à évoquer ces signes de reprise comme la Banque Mondiale ("signes d'espoir"), la Bank Of America ("indices d'amélioration") ou l'OCDE qui souligne que "l'activité devrait repartir à la hausse en 2009". De son côté, le désormais célèbre Nouriel Roubini, un des rares à avoir prédit la crise, souligne que la Chine présente "des signes manifestes de reprise en mars après les abysses du dernier trimestre". De son côté, le président Obama souligne dans un discours qu'il entrevoit des "lueurs d'espoir" sur le plan conjoncturel, apparues avec quelques indicateurs récents, mais il a assuré que "l'année 2009 restera difficile".
Mais, beaucoup d'experts se sont alors empressés de tempérer cette célébration de la reprise et de ces prophéties auto-réalisatrices en soulignant notamment les difficultés des grandes économies dont l'économie américaine à sortir de la crise et montrent que le chemin pour en sortir sera encore plus long. Dans une tribune dans le International Herald Tribune, le prix Nobel Paul Krugman a relativisé ces signes d'espoir ou green shoots et a indiqué que même lors de la crise des années 1930 il y a eu des moments de reprise économique avant que la tendance ne se renverse.
Ce débat sur la sortie de crise et la reprise a été relancé de nouveau au moment de la publication des résultats de la croissance du second semestre 2009 pour les grands pays. Aux Etats-Unis et même si la croissance a reculé, elle l'a fait à un rythme moins soutenu que celui du premier trimestre. Ainsi, la croissance américaine s'est contractée "seulement" de 1% lors du deuxième trimestre de 2009 alors que cette contraction a été de - 6,4% lors du premier trimestre et de -5,4% lors du dernier trimestre de l'année 2008. Les économistes prévoyaient un recul de -1,5%. La reprise devrait se faire en 2010 mais s'annonce molle. Ces performances sont le résultat d'une amélioration de l'investissement public (+5,6%) lors du second trimestre qui a apporté un point de croissance lors de ce trimestre. En revanche, les entreprises et les ménages ont contribué à détruire la croissance. Les entreprises sont inquiètes et réduisent leurs investissements. Les investissements des entreprises sont restés négatifs lors du second trimestre (-8,9%) même si cette baisse est moins forte que celle enregistrée lors du premier trimestre (-39,2%). Les ménages, qui étaient une importante locomotive de l'économie américaine, ont réduit leurs dépenses de -1,2% lors du second trimestre et ont augmenté leurs taux d'épargne, qui est passé de près de 0 lors du premier trimestre à 5,2% lors du second trimestre. Ces comportements des ménages s'expliquent par leurs inquiétudes vis-à-vis du chômage qui a atteint un niveau historique de 9,5%.
En Europe, l'amélioration est beaucoup plus nette et l'INSEE a annoncé des résultats positifs pour la France avec une croissance de +0,3% du PIB lors du second trimestre 2009. Cette annonce "surprise" vient mettre fin à quatre trimestres successifs de récession. Lors du premier trimestre de l'année 2009 cette baisse a été de -1,3%. L'Allemagne a également enregistré une amélioration "surprise" et sa croissance a été positive lors du second trimestre, et de +0,3% après quatre trimestres successifs de baisse et surtout une contraction record de -3,5% lors du premier semestre. En France, cette croissance a été soutenue par la production des biens et des services (+0,5%) et surtout l'industrie (+1,1%), particulièrement l'automobile (+5,6% contre -9,7% lors du premier trimestre) qui a bénéficié d'une prime à la casse. La consommation des ménages en France a également résisté et a connu un taux de croissance de +0,3%. En Allemagne, la croissance a été portée par les dépenses privées et publiques et les investissements dans le bâtiment.
Cependant, en dépit de cette reprise, le marché de l'emploi continue, comme aux Etats-Unis, à se dégrader et 591 000 emplois pourraient être détruits en France amenant le taux du chômage à un niveau historique de 10% en fin d'année.
Ainsi, cette stabilisation de la situation, même si le chômage s'est accentué, et la reprise "surprise" sont à l'origine du retour de vieux démons et de cette tentation de retour aux vieilles recettes économiques et d'en finir avec les projets d'établissement d'un nouveau contrat de croissance et de réforme de la gouvernance globale! Et, la première victime des remords de nos économistes sont les politiques économiques non conventionnelles et hétérodoxes appliquées par tous les pays depuis le déclenchement de la crise!
Merci Nassim pour cette réaction. Au fait la second enote que je vais publier cet après midi porte exactement sur les politiques non conventionnelles. On reprendra le débat après.
Hakim
Rédigé par: Hakim Ben Hammouda | 23 septembre 2009 à 15:27
Merci Hakim pour cette analyse. Du coup on se demande si l'efficacité des politiques économiques non conventionnelles et hétérodoxes ne joue pas contre elles mêmes, les rendant inutiles aux yeux de leur pourfendeurs, et repoussant encore la possibilité de changements plus fondamentaux,...plus systèmiques!
Amitiés
Nassim
Rédigé par: Nassim | 22 septembre 2009 à 18:47