Comment éviter la catastrophe bancaire de l'autonome dernier? Comment éviter que les banques s'engagent dans des aventures folles qui peuvent emporter le système dans sa totalité? Comment faire que les banques se concentrent sur leur rôle de financer le fonctionnement des économies et éviter cet engagement imprudent et aventureux dans la sphère financière? Plus jamais ça, avaient dit les responsables politiques après la faillite de la Lehman Brothers le 15 septembre 2008 et la déroute annoncée des grands établissements bancaires et financiers sans les plans de sauvetage définis à la hâte! On ne permettra plus aux banques de prendre autant de risques et faire courir à l'économie mondiale le danger d'une catastrophe sans précédent qui pourrait emporter avec elle l'économie mondiale!
La régulation bancaire et la réforme du système financier se sont alors imposées aux responsables politiques et aux grandes institutions internationales comme une grande priorité depuis quelques mois! Elle est devenue un invité d'honneur de toutes les grandes rencontres internationales et elle est au centre de tous les sommets du G20. Plusieurs propositions ont été faites afin de réguler un secteur que le néo-libéralisme hybride des dernières années a laissé agir à sa guise et accumuler les profits et les bonus qui frisent l'indécence! On était persuadé que les années "argent facile" étaient derrière nous! Nous étions persuadés que cette crise nous donnait l'occasion de mettre en place de profondes réformes du système bancaire afin de l'emmener à se concentrer sur sa fonction première qui est le financement de l'économie! Nous étions tellement convaincus que les plus grandes banques, au bord de la faillite, avaient accepté le principe de ces réformes en contrepartie de l'argent public qui leur a été amené dans les plans de sauvetage mis en œuvre par un grand nombre de pays!
Mais, c'était sans compter sur cette culture du profit et du gain que des décennies de capitalisme débridées avaient ancré dans les mentalités et les modes de fonctionnement des grandes banques. Ainsi, dès l'amélioration de leurs situations financières, les grandes banques se sont progressivement libérées de leurs engagements en cherchant à rembourser les sommes prêtées par les gouvernements et retrouver ainsi leurs marges de liberté. Un rapport de force et une nouvelle lutte sourde opposent aujourd'hui les pouvoirs publics à des banques qui rechignent à mettre en œuvre les projets de réforme de la finance folle et de régulation du fonctionnement du système bancaire! Martin Wolf, décrit avec une rare précision, cette lutte des banques et leur résistance aux réformes et souligne que "ce qui émerge aujourd'hui de la crise est un système financier encore pire que celui qui l'avait provoquée. Les survivants forment un oligopole de monstres financiers trop gros et trop interconnectés pour sombrer. Et ils ont gagné. Non pas parce qu'ils sont nécessairement les établissements les plus sains, mais parce que ce sont eux qui ont reçu les soutiens les plus importants. On imagine sans peine comment ils vont se comporter quand on considère tous les dispositifs qui incitent à la prise de risque"[1]. Ainsi, l'arrogance et le dédain qui ont caractérisé le système bancaire et les financiers sont peut-être de retour! A moins que les réformes en discussion sont menées à terme!
La réflexion sur la réforme du système bancaire afin de le libérer de l'emprise de la finance s'est engagée dans deux directions. La première est relative à l'avenir de ce système et à la définition de sa nature et de son rôle dans l'économie. La seconde concerne la réforme de la réglementation prudentielle et la définition de nouvelles normes à mettre en place dans le fonctionnement des banques au niveau international. D'abord, la crise actuelle a montré l'importance d'entreprendre une réflexion globale sur le rôle et le mandat du système bancaire dans les économie modernes. Cette réflexion devrait d'abord s'attaquer à la dimension des banques et à cette notion de "too big to fail (trop gros pour tomber)" afin d'éviter le risque qu'ils peuvent faire courir à l'économie et également mettre fin à ce rapport de force que ces organismes imposent aux responsables politiques et aux autres acteurs de l'économie. "Le point de départ doit être, souligne Martin Wolf, le fameux "trop gros pour sombrer". Il faut un système crédible capable de démanteler y compris d'énormes établissements financiers"[2]. Cette réflexion doit s'intéresser à l'implication des banques dans la sphère financière et certains économistes n'hésitent pas à rappeler les différentes législations très restrictives mises en place par l'administration américaine au lendemain de la crise des années 1930. Cette réflexion doit également porter sur l'engagement des banques dans le financement des économies et imposer ainsi aux banques des normes claires comme c'est le cas aujourd'hui dans certains pays en contrepartie de l'appui des pouvoirs publics. Il est également important de repenser d'autres questions essentielles dans le fonctionnement du système bancaire dont le rôle des pouvoirs publics et la place des nouveaux modèles bancaires dont les banques alternatives ou les banques régionales. Ainsi, la crise actuelle doit ouvrir un débat plus large sur la refonte du système bancaire et la construction d'un nouveau modèle de banque dont les principales fonctions seront le financement de l'économie afin d'assurer le plein emploi et une croissance forte des économies! Or, cette réflexion ne semble pas avoir les faveurs des responsables politiques qui donnent la priorité à une refonte des règles prudentielles.
Le second axe de cette refonte du système bancaire international porte sur la réforme des normes prudentielles afin de limiter les prises de risques et de faire face à l'effet de levier et aux phénomènes contra-cycliques qui sont derrière l'emballement de la sphère financière et la formation des bulles spéculatives. Cette question est au centre de la réflexion des experts et des discussions du G20. A ce niveau, il faut d'abord souligner l'évolution de la réglementation prudentielle depuis quelques années et l'avènement de ce qu'on appelle Bâle 2 qui constitue une avancée dans ce domaine. En effet, cette nouvelle réglementation prudentielle a amélioré les normes existantes à travers notamment une plus grande adéquation entre les fonds propres et les risques, l'introduction de nouvelles formes de risques dont le risque opérationnel et le renforcement des règles pour assurer une plus grande transparence.
Or, la crise actuelle a montré que ses progrès sont insuffisants et n'ont pas permis de limiter les risques pris par les mastodontes bancaires, de plus en plus grands et globalisés. Particulièrement, le niveau de fonds propre est toujours estimé en grande partie par les banques elles-mêmes. Par ailleurs, ces réglementations prudentielles sont de nature essentiellement microéconomique et ne favorisent pas une prise en compte des risques systémiques. D'autres experts ont également souligné que par leur dimension et leur caractère de plus en plus globalisé, les banques échappent dans la plupart du temps à la supervision des régulateurs nationaux.
L'ampleur de la crise et les limites des normes de Bâle II sont au cœur des débats dans les institutions internationales et notamment au sein du G20 pour construire de nouvelles règles prudentielles et passer à Bâle III. Ces discussions portent sur la limitation des effets procycliques et la nécessité de définir des mécanismes contra-cycliques, la modification des règles afin de renforcer les exigences de fonds propres, la nécessité de prendre en considération les nouveaux risques dont le risque de liquidité, de change ou de réputation, l'intégration dans la prise de risque les nouveaux produits financiers ainsi que leur complexité croissante, l'extension de l'application de ses règles aux acteurs qui échappent à ces règles dont les hedges funds ou les agences de notation et, enfin, la coordination et l'harmonisation de ces règles au niveau international.
La complexité des réformes à introduire explique que la route soit longue et la tâche difficile. Ceci d'autant plus que certains gouvernements se montrent peu enclin à mettre en œuvre ces réformes et tiennent plus à l'attractivité de leurs places financières. Du coup, les banques ont encore de beaux jours devant elles comme le montrent leur résistance à toute réforme en profondeur des systèmes de rémunération et des bonus des traders!
[1] . Voir Martin Wolf, Contrer la récidive bancaire, Le Monde du 1ier septembre 2009.
[2] . Voir Martin Wolf, 1ier septembre 2009, op. cit.
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