Le Sommet du G20 à Pittsburgh vient de se terminer et les experts semblent unanimes sur les faibles progrès réalisés lors de ce sommet. Il faut dire qu'il s'est déroulé à un moment où la pression de la crise était moindre, comparée aux deux premiers sommets qui ont eu lieu en novembre 2008 et au pic de la récession économique en avril 2009. La situation a depuis changé, même si elle reste critique et fragile. En effet, les perspectives de croissance se sont améliorées et les pays émergents comme la Chine ou l'Inde ont renoué avec des niveaux de croissance très élevés. D'autres pays émergents comme le Brésil sont aussi en train de retrouver les chemins de la croissance. Par ailleurs, des pays développés, comme la France et l'Allemagne, ont enregistré une nette amélioration de leurs performances économiques lors du second trimestre 2009 et ont connu une croissance positive même si elle reste faible. Mais, d'autres grands pays sont encore en pleine récession même si les indicateurs sont en train de s'améliorer. Si ce tableau doit être nuancé du fait d'une forte hausse du chômage et d'une faiblesse du chômage, ce nouveau contexte a toutefois pesé de tout son poids sur le sommet du G20 et explique probablement le peu d'empressement à mettre en place des réformes majeures. Il s'agit plutôt d'un processus de réformes à petits pas qui se met en place et qui contraste avec les engagements forts pris dans ce forum au moment le plus vigoureux de la crise. Toute la question est de savoir si cette dynamique et cette logique parviendront à mettre en place un nouveau système de régulation capable de mettre la finance au service de la croissance et de l'emploi. Aussi il s'agit de savoir si ce train de réformes réussira à sortir l'économie mondiale de la grave récession qu'elle connaît depuis le déclenchement de la crise.
Cette note discutera les questions essentielles qui étaient au centre des discussions lors du sommet du G20 de Pittsburgh.
Le G20, nouveau forum de la gouvernance globale.
La question de la gouvernance globale a été une question au cœur des débats globaux depuis plusieurs années. En effet, un consensus a rapidement émergé entre hommes politiques, penseurs, dirigeants des institutions internationales et également responsables de la société civile sur la nécessité de fonder une nouvelle gouvernance globale capable de remplacer le système actuel fondé après la seconde guerre mondiale qui était basé sur la principe du respect de la souveraineté de l'Etat-nation. Or, pour beaucoup ce système est désuet et ne correspond plus aux réalités du monde d'aujourd'hui. Il faut d'abord souligner une profonde transformation de l'environnement politique et économique international avec l'apparition des pays émergents qui commencent à jouer un rôle de plus en plus important du point de vue politique comme au niveau économique. Ils deviennent de véritables puissances économiques qui concurrencent les puissances traditionnelles. Cette émergence s'est accompagnée de revendications d'une meilleure représentation de la part de ces pays dans les institutions internationales comme les nations Unies ou les institutions de Bretton Woods qui ont été mises en place à un moment de l'histoire où les puissances traditionnelles dominaient le monde et représentaient par conséquent le rapport de forces héritées de cette période.
La globalisation est l'autre développement majeur qui a commencé à remettre en cause l'ordre issu de l'après-guerre. En effet, le développement des activités économiques, avec les flux financiers, la segmentation croissante des chaînes de production au niveau international et l'accélération des échanges commerciaux, et l'interconnectivité croissante du fait des nouvelles technologies ont remis en cause les normes, les règles et les institutions héritées de la seconde guerre mondiale et ont appellé à un nouvel ordre international. D'ailleurs, à ce propos, beaucoup d'experts mettent en avant le rôle d'une gouvernance globale balbutiante dans l'éclatement de la crise. En effet, au moment où les activités financières ont pris un tournant global avec une plus grande interconnexion des marchés financiers et par conséquent une globalisation des risques, le rôle des régulateurs, des règles et des normes dans le domaine financier est resté cantonné au niveau national. Ce décalage explique les marges de liberté dont disposaient les banques et les institutions financières créant des prises de risque sans précédent.
A cela, il faut rajouter la multiplication des risques globaux qui exigent des réponses communes et négociées. De ce point de vue, le risque climatique est l'exemple type de ces défis globaux qui nécessitent la définition de nouveaux accords globaux précisant les responsabilités de chacun des membres et les engagements collectifs afin d'assurer une plus grande maîtrise de ce risque et surtout de son impact négatif sur la planète.
Or, en dépit de ces mutations, toutes les discussions en vue de la transformation de l'ordre international et de l'émergence d'une nouvelle gouvernance globale ont échoué. Ainsi par exemple, les négociations sur la réforme du Conseil de Sécurité des Nations Unies pour assurer une plus grande représentation des pays émergents n'ont jamais abouti. Par ailleurs, en dépit des multiples commissions pour refonder les institutions de Bretton Woods, le FMI et la Banque Mondiale ont gardé la structure héritée de l'après-guerre. Cette situation rendaient ces institutions plus vulnérables aux critiques parfois radicales des pays en développement sur leur incapacité à prendre en considération leurs préoccupations. Ainsi, l'ordre hérité de la seconde guerre mondiale résistait aux appels aux changements et continuaient à gouverner le monde.
Or, cet attentisme et ce refus du changement seront mis à mal par la crise récente et l'onde de choc qui a commencé aux Etats-Unis pour se transformer en la plus grande crise dans l'histoire de l'économie mondiale depuis la grande dépression de 1929. Très rapidement, il est apparu que la crise est globale et que la réponse ne peut se limiter aux pays du G7. Ce constant a emmené les pays développés à faire appel au G8 pour en faire le forum global pour définir la réponse à la crise financière et à la récession. Ce nouveau forum s'est réuni à deux reprises au moment le plus dur de la crise, où l'inquiétude d'une défaillance du système global était à son comble! Ce forum a su rompre avec la pensée standard et a encouragé les pays membres à mettre en place des politiques économiques non conventionnelles afin de faire face à la crise, avec notamment la définition de plan de sauvetage des banques et le lancement de plans de relance de l'économie. Ces programmes ont stabilisé l'économie mondiale et ont permis au sommet de Pittsburgh de se tenir dans un climat plus détendu.
Or, en dépit de la tenue de deux sommets et des discussions sur la gouvernance globale, le statut du G20 ainsi que son mandat n'ont pas été définis de manière claire. Cette situation portait d'autant plus à confusion que le G8 a été maintenu et qu'il s'est réuni au mois de juillet 2009 à Laquilla en Italie. Par ailleurs, des membres de ce groupe ont appelé à la mise en place de nouveaux forums dont un G14. Il apparaissait clairement que si l'ouverture de ce forum global et la plus grande association des pays émergents dans la gestion de la crise globale faisaient l'objet d'un consensus, les contours et le mandat de ce forum global ne sont pas encore définis. Par ailleurs, il faut noter que ces groupements ont fait l'objet de plusieurs critiques de la part d'experts comme le comité mis en place par le Président de l'Assemblée générale des Nations Unies et présidé par le prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz qui considère que ces groupements manquent de légitimité et que les Nations Unies ou le G192 constituent le seul forum qui assure une participation large et ouverte de tous les pays et pourrait, par conséquent, adopter des réponses globales sur ces questions.
Le Sommet de Pittsburgh a apporté des éléments de réponse sur ces questions liées à la gouvernance globale. Dans sa déclaration, il a indiqué clairement qu'il était nécessaire de mettre en place une nouvelle architecture globale pour répondre aux besoins du 21ième siècle. Dans cette perspective, le G20 deviendra le premier forum dédié à la coopération économique internationale et devra se réunir deux fois par an. Par ailleurs, il a renouvelé sa décision d'ouvrir lors du Sommet de novembre, le Conseil de stabilité financière aux pays émergents. Il a également appelé à réformer la gouvernance du FMI et de la Banque Mondiale et a donné pour la première fois des indications chiffrées sur les réformes à mettre en place. Ainsi, pour le FMI il s'agit de passer une partie du capital des institutions de Bretton Woods, au moins 5% pour le FMI et 3% pour la Banque Mondiale, des pays les plus représentés vers les pays émergents ou les pays en développement les moins représentés.
Certes, cette évolution est importante dans la mesure où elle accélère une réforme de la gouvernance globale exigée par les pays en développement mais bloquée par les pays développés. Ainsi, le rôle et la place des pays émergents sont de plus en plus reconnus et les institutions internationales sont invitées à opérer une plus grande ouverture sur ces pays. Mais, les interrogations n'ont pas pour autant totalement disparues. D'abord, le G20 n'aborde pas la question de l'avenir du G7 qui continuera à se réunir pour discuter des questions politiques et géostratégiques. Par ailleurs, le rapport entre ce groupe et celui plus large du G192 qui se retrouve aux Nations Unies n'est pas évoqué ce qui laissera entières les questions de légitimation de la nouvelle architecture. Pourtant, ces nouvelles propositions n'évoquent pas le rapport entre ce forum et les institutions internationales comme celles de Bretton Woods ou les banques régionales de développement ainsi que la nécessité de renforcer la cohérence entre elles. Pour ce qui est des quotes-parts du FMI, il faut noter que la répartition actuelle n'accorde à la Chine que 3,7% alors que la France dispose de 4,9% au moment où l'économie chinoise est une fois et demi plus importante que celle de la France. De son côté le Brésil dispose de 1,4% des voix soit moins que la Belgique (2,1%) pour une économie trois fois plus grande. Si cette nouvelle réforme permettra d'accroître leur poids dans le FMI, les pays émergents considèrent que ces changements sont limités et ne favorisent pas une transformation majeure dans la gouvernance de ces institutions. Ceci est d'autant plus vrai que les pays européens qui réduiront leurs parts du fait de leur surreprésentation, dont la France, la Belgique, le Royaume Uni et les Pays-Bas refusent la réduction du nombre de sièges au conseil d'administration. Mais, l'attachement des pays émergents et des pays en développement en général à une réforme en profondeur des institutions de Bretton Woods tient à l'histoire controversée de ces pays avec ces institutions et l'expérience amère des conditionnalités imposées par le passé par la Banque et le Fonds au moment de la crise de la dette et lors de la crise asiatique en 1997. Les programmes d'ajustement imposés alors dans le cadre du consensus de Washington ont eu des effets désastreux et ont été à l'origine d'une explosion de la pauvreté dans les pays en développement.
Ainsi, même si des pas ont été effectués à Pittsburgh dans la voie de la mise en place d'une nouvelle gouvernance globale partagée et plus équilibrée, les réformes suggérées restent timides et ne répondent pas aux exigences des pays en développement.
Poursuivre les politiques de relance et appuyer la croissance.
L'avenir des politiques de relance a été au centre des débats de Pittsburgh. Cette question était d'autant plus importante que beaucoup avaient exigé la fin de ces politiques non conventionnelles du fait du retour de la croissance et de la fin de la dépression. Les participants avaient certainement sous les yeux les dernières projections du FMI sur les perspectives de la croissance mondiale pour 2009 et 2010. Pour la croissance de l'économie mondiale, le FMI a révisé à la hausse ses projections et la dépression ne sera que de -1,1% en 2009 alors qu'il l'estimait à -1,4% en juillet dernier. Le Fonds a également revu à la hausse ses projections de croissance pour 2010 qui passera de 2,5% à 3,1%. Cette croissance mondiale est portée par la croissance des pays émergents et des pays en développement qui enregistreront une croissance positive de 1,7% en 2009 et de 5,1% en 2010. Parmi les pays émergents il faut surtout souligner les performances de la Chine dont la croissance sera de 8,5% en 2009 et de 9% en 2010 et de l'Inde qui connaîtra une croissance de 5,4% en 2009 et de 9% en 2010. Il faut aussi noter que le Brésil est en train de sortir de sa dépression et même si la croissance sera encore négative en 2009 (-0,7%), elle sera forte en 2010 et se situera autour de 3,5% en 2010. Seuls les pays développés ne seront pas de la fête dans la mesure où en dépit d'une amélioration de la conjoncture économique, leur croissance restera faible avec une poursuite de la croissance négative en 2009 (-3,4%) et une reprise faible en 2010 (1,3%).
Par ailleurs, ce débat a été marqué par les craintes et les inquiétudes liées à la montée de la dette publique dans la plupart des pays développés compte tenu de l'ampleur des plans de relance et des investissements publics mis en place. Le FMI prévoit en 2014 un ratio de dette publique rapporté au PIB de 108,2% contre 61,9% aux Etats-Unis en 2007. La dette va également augmenter rapidement dans d'autres pays développés dont la France où elle passera de 62% à 92% durant la même période. Mais, le record de cette dette reviendra au Japon qui verra un envol de sa dette qui passera de 187,7% à 245,6% durant cette période.
Ces deux développements vont beaucoup peser sur le sommet de Pittsburgh. La reprise de la croissance et l'explosion de la dette publique vont renforcer les appels à la sortie des politiques non conventionnelles et à la fin des plans de relance. Or, le G20 n'a pas cédé à ces sirènes et a appelé dans sa déclaration finale à une poursuite de ces politiques jusqu'à ce qu'on enregistre un retour à la croissance et à la création d'emplois. Cet engagement en faveur des plans de relance s'explique par la fragilité de ce retour à la croissance et les facteurs qui sont derrière cette reprise. En effet, "la reprise est largement due, explique Olivier Blanchard l'économiste en chef du FMI, à l'ampleur des dépenses publiques ainsi qu'au mouvement de restockage opéré par les entreprises". D'ailleurs, la reprise dans les pays émergents s'explique en partie par les restokages des entreprises dans les pays développés. Dans ce contexte, il sera difficile de mettre fin à ces plans de relance au risque de mettre fin à cette lueur d'espoir suite à la faible reprise. A ces facteurs de fragilité, il faut en rajouter d'autres plus importants et qui pèsent de tout leurs poids sur l'économie mondiale. Parmi ces facteurs, il souligner l'incapacité de relancer la demande privée et la tendance des ménages à renforcer leur épargne au dépends de la consommation. Par ailleurs, il faut également mentionner la faiblesse des investissements des entreprises et la fragilité des banques et la réduction de leur effet de levier et donc de leur appui à l'économie et de l'octroi de crédits aux entreprises. A ces facteurs de fragilité, il faut aussi ajouter celui de la hausse du chômage qui devrait atteindre un taux de 10% dans les pays de l'OCDE avant la fin de l'année et devra se poursuivre tout au long de l'année 2010.
Ainsi, les éléments d'espoir paraissent fragiles et une grande incertitude règne sur l'avenir de cette reprise et de ce début de sortie de la récession. Mais, en dépit de cette incertitude et malgré un engagement sur la nécessité de maintenir les politiques de relance, le G20 introduit une grande ambiguïté sur l'avenir de ces politiques et appelle dans son communiqué à commencer à préparer les stratégies de sortie des politiques conventionnelles. D'ailleurs, le FMI ne s'y est pas trompé en mettant l'accent sur ces politiques et en consacrant une session de ses assemblées annuelles, se déroulant les 3 et 4 octobre à Istanbul, aux stratégies de sortie des politiques de relance keynésiennes pour revenir aux politiques plus traditionnelles.
Quelle nouvelle croissance?
Mais, la plus grande innovation dans le sommet du G20, au-delà de la sortie des politiques keynésiennes, concerne l'accent mis dans les débats sur la nécessité de la création d'un nouveau modèle de croissance. Cet intérêt s'est manifesté dans la déclaration finale qui a accordé de larges extraits à cette question et fait suite à une proposition américaine discutée lors de ce sommet, intitulée "A Framework for sustainable and balanced growth". Le communiqué final met l'accent sur la nécessité de définir un nouveau cadre pour une croissance plus équilibrée. Le G20 note que la crise a été déjà à l'origine de changements et plusieurs pays, particulièrement les pays émergents, ont cherché à relancer leurs marchés intérieurs et réduire les excédents. Mais, le G20 souligne que pour retrouver une croissance solide, il est nécessaire d'effectuer des ajustements entre différents partenaires de l'économie mondiale et de promouvoir des politiques macroéconomiques qui favorisent une demande globale plus équilibrée ainsi que des progrès dans les réformes structurelles et dans l'accroissement de la demande privée interne particulièrement dans les pays émergents et les pays en développement afin d'améliorer les niveaux de vie des populations dans ces pays.
Mais, le G20 ne se limite pas à des déclarations de principe mais donne des indications sur la mise en œuvre de ce nouveau cadre de la croissance globale. D'abord, il annonce dans son communiqué final le lancement de ce nouveau cadre intitulé "Framework for strong, sustainable, and balanced growth" dont il s'agit de définir rapidement les objectifs, déterminer les politiques ainsi que les moyens d'évaluation. Le G20 demande au FMI de suggérer les moyens d'articuler de manière cohérente cette nouvelle perspective aux niveaux régional et national. Il appelle aussi la Banque Mondiale à apporter sa contribution sur les moyens d'intégrer la lutte contre la pauvreté dans ce processus de ré-équilibrage de la croissance globale. Le G20 mentionne qu'il faut prendre en compte les données sociales et environnementales dans ce nouveau cadre.
Mais, ce consensus de façade cache de profondes divergences entre les pays mais aussi entre les experts. Et, nous parions que cette question sera à l'origine de profondes divergences et controverses dans les prochains jours. Il faut mentionner que cet appel à la mise en place d'un nouveau cadre équilibré de la croissance part de l'hypothèse que les grands déséquilibres macroéconomiques, et particulièrement l'accumulation d'importants excédents dans les pays émergents et d'importants déficits dans les pays développés notamment aux Etats-Unis, sont à l'origine de la bulle spéculative et de l'éclatement de la crise financière. En effet, pour certains experts cet excédent d'épargne dans les pays émergents est à l'origine du maintien des taux d'intérêt faibles et par conséquent de ce recours des ménages américains au crédit et de la formation par conséquent de la bulle immobilière. Mais, cette thèse est critiquée par d'autres qui mettent l'accent sur la libéralisation financière et la multiplication des innovations qui sont au cœur de la crise actuelle.
Mais, la controverse sur ce nouveau cadre de la croissance vont certainement provenir des outils et des politiques à mettre en place pour parvenir à ce rééquilibrage. A ce niveau, la proposition américaine semble mettre l'accent beaucoup plus sur les politiques de change et plus particulièrement l'appréciation de la monnaie chinoise, le renminbi, afin de réduire l'excédent commercial chinois. D'ailleurs, ces propositions ont trouvé rapidement un écho dans la presse internationale et le chroniquer vedette du quotidien des affaires Financial Times, Martin Wolf, a rapidement expliqué que le rééquilibrage de la croissance chinoise est une condition essentielle pour une relance durable de l'économie globale. Or, ce choix a été ouvertement critiqué par les autorités chinoises dans la mesure où il entraînerait une forte dépréciation des réserves qu'ils détiennent notamment les titres de la dette américaine. Par ailleurs, l'appréciation de la valeur du renminbi pourrait avoir un impact négatif sur la compétitivité des entreprises chinoises et remettre en cause par conséquent l'avantage compétitif de cette économie.
Ainsi, au-delà du consensus dégagé à Pittsburgh lors du dernier sommet du G20, la mise en place de ce nouveau cadre de croissance globale équilibrée pourrait faire l'objet d'importantes controverses lorsqu'il s'agira de la définition de ces objectifs et des politiques à mettre en place. D'ailleurs, la déclaration du gouverneur de la Banque Centrale de Chine sur la fin du dollar comme moyen de paiement international après plusieurs déclarations du Secrétaire au trésor américain Timothy Geithner sur la nécessité d'apprécier le renminbi pourrait être un remake des controverses à venir. Mais, l'adoption de ce nouveau cadre sera à l'origine d'une forte remise en cause des stratégies et des modèles de développement adoptés jusque-là par les pays en développement et qui faisaient des exportations le moteur essentiel de la croissance. Ce modèle qui était au cœur des programmes d'ajustement structurel et du consensus de Washington a appelé à faire de la politique de change un instrument au service de la compétitivité en maintenant des taux de change bas. La question qui se pose aujourd'hui est de savoir si la mise en place de ce nouveau cadre de croissance signifie-t-elle la fin du modèle exportateur et la définition de nouveaux modèles où la consommation interne et la demande locale seront des facteurs importants de la croissance?
La crise actuelle a révélé au grand jour les limites du modèle de croissance tirée par la finance globale. Elle a également l'acuité de changer de modèle de croissance afin d'inventer un nouveau projet de croissance durable et partagée. Or, les projets actuels semblent miser sur des ajustements macroéconomiques et ne cherchent pas à réformer en profondeur les dynamiques et le contenu de la croissance globale.
Quelques pas vers une nouvelle régulation financière!
La question de la régulation financière est au centre des travaux du G20 depuis son premier sommet en novembre 2008. En effet, un consensus s'est très rapidement forgé sur le rôle de la libéralisation financière dans l'éclatement de la crise et la nécessité de reconstruire de nouvelles règles et normes prudentielles afin de faire face à une prise de risque extravagante de la part des traders sur les marchés financiers. Lors de son dernier Sommet à Pittsburgh, le G20 a revu les progrès effectués jusque-là dans ce domaine avec notamment la mise en place du Conseil de stabilité financière et son ouverture aux pays émergents, l'accroissement de la transparence à travers la mise en place des stress test pour les grandes banques, le renforcement de la réglementation sur les paradis fiscaux et une plus grande coopération financière internationale.
Lors de ce sommet, le G20 s'est attaqué à de nouvelles questions dont la réduction des effets procycliques à travers l'introduction d'un ratio pour limiter les effets de levier qui sera complémentaire aux exigences de Bâle II. Par ailleurs, le G20 s'est intéressé à la question des rémunérations et des bonus qui est devenue la question au centre du débat public après l'annonce par de grandes banques en pleine crise la constitution de provisions pour payer les bonus de leurs traders. La proposition est alors de lier le revenu des traders aux résultats des banques à long terme afin d'empêcher les prises de risques exagérées à court terme. Le G20 s'est accordé sur la nécessité d'un renforcement de la réglementation sur les bonus des traders qui seront désormais liés à la performance et le paiement réparti sur plusieurs années. La question des normes comptables a également reçu l'attention du G20 qui a encouragé les organismes de normalisation comptable à redoubler d'efforts pour atteindre des standards uniques de comptabilité globaux afin de finaliser une convergence vers 2011. Le G20 a également appelé le Conseil de stabilité financière à rendre compte des progrès dans l'amélioration et la coordination des agences de notation. Il a aussi invité à un plus grand contrôle des marchés des dérivés de crédits standardisés ainsi le renforcement de la régulation et la supervision des hedges funds. Enfin, le G20 a appelé à assurer une plus grande cohérence des organismes de régulation et à leur coordination.
Ces nouvelles règles ont-elles changé la donne et ont-elles mis fin à un système basé sur la financiarisation croissante? Ces réformes ont-elles opérées une rupture fondamentale dans le fonctionnement des marchés financiers? Ont-elles mis fin à la prise de risque excessive sur les marchés financiers? Ont-elles réduit la marge de liberté des banques et ont-elles favorisé leur plus grande implication dans le financement de l'économie?
Beaucoup d'experts et d'observateurs sont sceptiques quant à la capacité de ces nouvelles mesures à changer la donne et de mettre fin à la fuite en avant du niveau financier. Plusieurs experts aujourd'hui s'accordent à dire que ces mesures n'ont pas été à l'origine de changements profonds dans le fonctionnement des marchés financiers et le fameux commentaire cynique du héros du Guépard de Giuseppe Tomasi di Lampedusa : "pourquoi faut-il que tout change pour que rien ne change" n'a jamais été autant d'actualité. D'abord, au niveau des rémunérations et des bonus et en dépit des engagements pris par les pays, les banques continuent à provisionner pour payer des bonus à leurs traders comme si rien n'était! En effet, les plus grandes banques avaient provisionné d'importantes sommes afin de rémunérer leurs employés et notamment payer les fameux bonus. Ainsi, la presse révèle que la banque Goldman Sachs a déjà prévu 11 milliards de $ au cours des six premiers mois de l'année pour compenser ses 29 400 employés. Ces rémunérations sont en hausse de 33% par rapport à la même période en 2008. "Comme si la crise n'était jamais passée par là" soulignaient les commentaires indignés de la presse. Mais, la presse révèle que toutes les grandes banques avaient fait de même et que ce phénomène ne se limite pas aux Etats-Unis et que les banques européennes, dont les grandes banques françaises, avaient également agi de la sorte! Par ailleurs, les autorités ont les plus grandes difficultés aux Etats-Unis comme en Europe à mettre en place des organismes de régulation et de supervision. Aux Etats-Unis, le plan Obama qui propose la fusion des régulateurs bancaires, l'octroi à la FED la responsabilité de la régulation systémique et la mise en place d'une Agence de protection du consommateur rencontre de grandes oppositions. L'Europe a demandé à un groupe d'experts présidé par l'ancien gouverneur de la Banque de France et ancien directeur général du FMI, de La Rosière à formuler une série de propositions afin de mettre en place un système unique de régulation au niveau européen. Ce comité a rendu son rapport depuis quelques mois et a formulé une série de propositions notamment sur la création d'un régulateur unique et la transformation des régulateurs nationaux des banques et des assurances en comités de plein exercice. Or, depuis son adoption, ce rapport a connu d'importantes restrictions qui ont réduit l'ampleur et l'ambition de ses recommandations.
Comment faire face à cette tentation de restaurer le modèle de la financiarisation débridée? Comment mettre finalement les banques au service d'un nouveau modèle de croissance? Que faire pour que la finance s'affranchisse de ce modèle bâti sur le profit immédiat et la spéculation et puisse contribuer à l'invention d'un nouveau modèle de développement et de croissance partagée?
Pour répondre à cette question, plusieurs experts soulignent que la véritable réponse réside dans une maîtrise plus marquée du développement rapide et de l'explosion de la sphère financière qui est à l'origine de cette grande débâcle financière et économique. Plusieurs propositions ont été effectuées à ce propos dont celle de l'économiste français André Orléan qui suggère de cloisonner les marchés afin de mettre fin à leur caractère mimétique et à leur propension à fabriquer des bulles. De ce point de vue, et afin de mettre fin à la transmission du risque systémique sur les marchés, il suggère de mettre en place une séparation stricte entre les métiers de banque de dépôt et celle des activités financières. Cette proposition suggère un retour à la situation qui prévalait aux Etats-Unis au début des années 90 et qui a été mise en place en réponse à la crise des années 1930. Mais, cette séparation a été levée avec le mouvement de réformes mis en place au début des années 1990 dans le cadre du mouvement de réformes et de libéralisation opérées dans la plupart des pays développés et qui faisaient à l'époque confiance à l'efficience des marchés et à leur capacité à absorber les déséquilibres. Une autre proposition a été faite par Adair Turner, le président de l'autorité britannique des services financiers. Elle concerne le retour à la taxe Tobin afin de faire face à cette hypertrophie de la sphère financière. Il s'agit d'appliquer cette taxe sur les banques afin de les dissuader de s'aventurer dans la sphère financière.
Ainsi, face à la timidité des réponses officielles apportées dans la sphère financière, beaucoup d'autres propositions ont été faites afin d'échapper à cette nouvelle économie financière qui tourne le dos à la croissance durable et partagée. Or, les réponses semblent privilégier des réformes à petite dose qui, jusque-là, n'ont pas empêché le retour des vieux démons dont le bonus des traders n'est que l'iceberg d'une économie portée par le gain immédiat et la spéculation financière!
Renforcer les efforts pour le développement et dans la lutte contre la pauvreté.
La question de l'impact de la crise sur les pays en développement et particulièrement les plus pauvres d'entre eux a été un sujet de préoccupation pour la communauté internationale particulièrement à partir du début de l'année 2009 où on s'est rendu compte que ce poids serait énorme. Aujourd'hui si les experts peuvent évoquer des lueurs d'espoir pour les pays développés et une forte reprise de la croissance pour les pays émergents, le centre de gravité de la crise se déplace vers les pays les plus pauvres. Plusieurs études ont été publiées et montrent l'impact de la crise sur ces pays, particulièrement les difficultés éprouvées par ces pays pour y faire face comme c'était le cas pour les pays émergents à travers les plans de relance et les grands projets d'investissements publics.
Il faut d'abord rappeler que les pays les plus pauvres ont connu d'importants progrès durant les années avant la crise globale. Le revenu par tête dans ces pays avaient connu une progression de 3,2% par an entre 2001 et 2007 après avoir baissé dans les années 1980 et 1990. Par ailleurs, ces pays ont réussi à améliorer leurs situations macroéconomiques. Mais, ces progrès étaient fragiles et pouvaient être remis en cause du fait d'une grande ouverture des pays les plus pauvres sur l'économie mondiale et d'une forte dépendance des cours des matières premières.
Ces pays seront les premiers à subir les effets du retournement de la crise globale. Ils seront touchés par la hausse des prix des produits agricoles et du pétrole à partir de 2005 jusqu'en 2008 puis par la crise et la récession qui ont fait suite à la crise financière. La transmission de cette récession globale aux pays les plus pauvres s'est faite à travers plusieurs canaux dont le commerce. Ainsi, les prévisions indiquent que la baisse des exportations des pays pauvres en volume se situerait entre 5 et 10% en 2009. Si on rajoute la baisse des cours des produits exportés à celles des volumes, la baisse de la valeur des exportations de ces pays serait encore plus marquée et pourrait atteindre 14,4% Cette baisse est d'autant plus importante que ces pays ont connu une hausse de 22,8% de leurs recettes d'exportations en 2008. Cette baisse sera à l'origine d'une nette détérioration des paiements externes. On estime que ce déficit des échanges extérieurs de ces pays passe de 19,4 milliards à 48,6 milliards de $ entre 2005 et 2009 passant ainsi de 6,3% à 9,2% du PIB.
La transmission de cette crise s'est également opérée à travers le mouvement de capitaux. Ainsi, les mouvements de capitaux privés ont connu une forte baisse en direction des pays les moins avancés passant de 30 milliards de $ en 2007 à 21 milliards en 2008 avant d'atteindre 13 milliards comme il est prévu pour 2009. Parmi les flux privés, les investissements directs étrangers seront les plus touchés par la crise et connaîtront la baisse la plus marquée. La crise a également touchée les pays les plus pauvres à travers les revenus des travailleurs immigrés dans les pays développés qui vont connaître une baisse qui devrait se situer selon les prévisions entre 5 et 7% en 2009. Les pays les pauvres vont également connaître une baisse de leurs revenus touristiques qui constituent particulièrement pour les petites îles une source essentielle de revenus.
Ainsi, la récession globale s'est rapidement propagée dans les pays les plus pauvres et va remettre en cause brutalement les progrès réalisés depuis quelques années. Particulièrement les effets de la crise seront importants dans le domaine de la lutte contre la pauvreté et on estime que 90 millions de personnes resteront sous le seuil de pauvreté en 2010 (moins de 1,25 $ jour). Par ailleurs nous disposons aujourd'hui d'études qui nous donnent une idée encore plus claire des effets catastrophiques de la crise sur le développement humain dans les pays en développement. Ainsi, les pays africains enregistreront un accroissement de la mortalité de 30 à 50 000 personnes du fait de la détérioration des conditions économiques et de vie. Par ailleurs, cette crise a eu pour effet un recul du niveau de scolarité des pays les plus pauvres et un plus grand développement des grandes épidémies.
Ainsi, les pays les plus pauvres ont subi de plein fouet l'impact de la crise et de la récession globale. Mais, contrairement aux pays développés et aux pays émergents, ces pays n'ont pas les moyens de mettre en place des réponses appropriées et particulièrement des programmes de relance économique. En effet, les revenus de ces pays ont beaucoup diminué et l'accès aux financements internationaux devenus plus difficiles. En même temps, les besoins de ressources supplémentaires sont devenus importants pour faire face à la crise et limiter son impact sur l'économie. Mais, en dépit de ces limites, certains pays ont cherché à apporter des réponses pour atténuer l'impact négatif de la crise. Par conséquent ils mis en place des programmes de relance économique. Mais, ceci est loin d'être le cas de tous les pays et au moment où les pays développés et les pays émergents commencent à envisager un retour de la croissance et une sortie de la dépression ce sont les pays pauvres qui commencent à subir de plein fouet les effets de la crise.
Le G20 a revu lors de sa réunion à Pittsburgh les mesures mises en place par la plupart des institutions internationales et notamment les facilités de paiement définies par les institutions de Bretton Woods ainsi que les banques régionales de développement pour aider les pays les plus pauvres à faire face à cette crise. Cependant, ces mesures restent insuffisantes et la situation dramatique que connaissent les pays les plus pauvres exige probablement une mobilisation et une réponse de l'ampleur de celles apportées par la communauté internationale pour sauver les banques et relancer l'économie.
Faire face au protectionnisme et conclure les négociations de Doha.
La question du commerce international a été également au cœur des discussions du dernier G20 à Pittsburgh. Cette discussion était d'autant plus importante qu'on a enregistré depuis quelques mois quelques pressions afin d'accroître les mesures protectionnistes pour faire face à la détérioration de la situation en matière d'emploi. A ce niveau, le G20 a mis l'accent sur la nécessité de faire face à ces pressions protectionnistes. Par ailleurs, la conclusion du cycle de négociations de Doha a également attiré l'attention du sommet du G20 et les pays se sont engagés à conclure ce cycle avant la fin de 2010.
La crise qui secoue la planète depuis quelques mois a été à l'origine de la faillite du modèle de la globalisation financière débridée et néo-libérale. Ce qui est en jeu aujourd'hui est la fondation d'un nouveau modèle de développement avec la mise en place d'un nouveau mode de croissance durable, la définition d'une nouvelle gouvernance globale ouverte aux pays en développement, le recentrage du rôle des banques dans le financement de l'économie et une plus grande prise en considération des préoccupations des pays en développement et de la nécessité d'une croissance partagée au niveau global. Il s'agit d'une véritable refondation d'un nouveau modèle de développement global durable, partagé et solidaire. Ce projet exige une profonde rupture avec les dynamiques et les choix qui ont prévalu ces dernières années et la définition de nouvelles pratiques et de nouveaux mécanismes novateurs afin de sortir de la crise actuelle et construire un nouveau projet.
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