C'est une grande déception pour tous les amateurs de football en Tunisie! On ne sera pas présent à la première Coupe du Monde organisée en Afrique! Cette déception est d'autant plus grande que cette qualification nous tendait les bras depuis le début! On était les premiers de notre groupe jusqu'au dernières minutes du dernier match! D'ailleurs, un groupe loin d'être difficile avec un Nigéria au creux de la vague, et le Kenya et le Mozambique, deux équipes aux palmarès plus que modestes,qui ne devaient pas nous tenir la dragée haute! Cette élimination est vécue par beaucoup comme une grande désillusion tellement nous étions persuadés que nous allions en Afrique du Sud! Mais plus que la désillusion de l'élimination, c'est la manière! Durant tout cet éliminatoire notre équipe n'a jamais montré un football séduisant à la hauteur de cette qualification, à l'exception, peut-être de la seconde mi-temps au Nigéria! Pour le reste c'est un football timoré, craintif et peu séduisant! Et le dernier match contre le Mozambique a été l'illustration de ce parcours sans imagination indigne d'une équipe qui prétend être l'une des meilleures des trente deux équipes qui prendront place au Mondial en Afrique du Sud de 2010.
Beaucoup sera dit sur la responsabilité individuelle des joueurs tellement l'équipe était sans âme lors de ce dernier match! Beaucoup également sera écrit sur les choix tactiques catastrophiques de l'entraîneur et de son incapacité à dessiner les schémas adéquats et à mettre l'animation nécessaire! Mais, nous pensons que le mal est plus profond et plus important! On ne parlera pas de l'infrastructure sportive qui s'est améliorée depuis quelques années! On ne parlera pas de la qualité de nos joueurs! En effet, on dispose d'un potentiel de joueurs valables, pas plus mauvais que celui dont dispose l'équipe de Mozambique dont les joueurs évoluent pour la plupart dans le championnat sud-africain, qui est, de l'avis de tous les observateurs, de moindre qualité que notre championnat ou ceux d'autres équipes comme l'Algérie ou l'Egypte! Ce dont je veux parler, aujourd'hui, est la culture tactique et les convictions qui dominent notre football depuis le milieu des années 1990. Ces orientations sont à l'origine de ce football timoré, peu ambitieux et ennuyeux! Voir un match de l'équipe de Tunisie depuis quelques années est devenu un calvaire que seul notre nationalisme nous permet de supporter encore! Notre football est malade de cette culture tactique qui règne en Tunisie depuis l'échec de la CAN 1994 que nous avions organisée et où nous avons été éliminés dès le premier tour! Il s'agit d'un football peureux qui est contre nature pour des footballeurs tunisiens, comme pour les africains, qui adorent le jeu, la liberté et la créativité qui donnent son âme au football! Or, le football qu'on leur a imposé depuis le milieu des années 1990 tourne le dos à leurs qualités intrinsèques, à leurs techniques individuelles et à leur sens du jeu! Pour ces raisons, notre équipe nationale a probablement le plus incarné le nouveau style de jeu, en dépit de quelques succès comme la victoire de la CAN en 2004, et a développé un jeu sans inspiration ni imagination! Ce jeu a peu séduit les amoureux du football en Tunisie et d'ailleurs qui vivent toujours sur le jeu léché et séduisant développé par la bande de Chettali lors de l'épopée de l'Argentine de 1978!
Mais, revenons un peu à l'histoire pour comprendre cette évolution et cette transformation des choix tactiques dans le football en Tunisie. Depuis toujours le football tunisien avec ses équipes, héritières du football des quartiers, ont toujours adoré le beau jeu avec un véritable style technique. Les footballeurs en Tunisie n'avaient pas de grandes dispositions athlétiques mais avaient surtout de grandes dispositions techniques! Que l'on se souvienne de ces grands joueurs des Farzit à Tlemnçani, à Adhouma, Jenayeh, Mohieddine, Chettali, Chaibi et bien d'autres! C'était le football technique et léché qui faisaient plaisir à voir et qui a permis à notre équipe nationale de jouer un rôle important et de devenir l'une des équipes phares après les indépendances. Nous avions participé à des tournois internationaux de grands niveaux et nous avions gagné la coupe de Palestine en Libye avec les grandes sélections arabes. Nous avons également atteint la finale de la coupe d'Afrique et nous n'avons perdu qu'en finale contre les Blacks Stars du Ghana qui étaient déjà une référence en matière de beau jeu.
Le point culminant de ce style de jeu a été la bande à Chettali et le parcours impressionnant pour la qualification à la Coupe du monde 1978 en Argentine! C'est là que le monde entier a découvert ébahi le football à la tunisienne avec les Agrebi, Tarek, Témime et bien d'autres! Un jeu en finesse et surtout en attaque qui nous a permis de faire frémir toutes les défenses du monde! Mexicains, polonais et allemands se rappellent jusqu'à aujourd'hui du tournis que cette équipe ambitieuse leur a donné! Alors si on était sur le toit dans le monde du football c'est parce que les entraîneurs des équipes tunisiennes, et notamment Ameur Hizem et Chettali, ont développé un football et des schémas tactiques qui mettaient en valeur les qualités individuelles du joueur tunisien et les développaient!
Cette période d'or du football tunisien se poursuivra bon an mal an jusqu'en 1982 avec notre élimination précoce du Mondial espagnol. Mais, les errements vont alors commencer et la fin des années 1980 et le début des années 1990 seront celles des flottements et des divagations! Il faut dire que les structures locales et notamment nos clubs ont atteint leurs limites et ne pouvaient pas suivre l'évolution du football et son début de mondialisation! Nos meilleurs joueurs peu ouverts sur l'Europe du Football sont allés traîner quelques années pour certains, et seulement quelques mois pour d'autres, dans les championnats du Golfe dont le niveau à l'époque était très faible et ont pour la plupart perdu beaucoup de leur qualité en contre-partie de quelques dollars! A cette époque, l'Algérie forte de l'appui que les entreprises publiques apportaient aux équipes de football a pris la relève et a dominé le beau jeu africain! Que l'on se rappelle des Rabeh Madjer, Belloumi et toute cette génération en or des footballeurs algériens! Que l'on se rappelle du Mondial 1982 et de ce fameux match où l'équipe d'Algérie a fait plier la machine allemande avec la technique et la spontanéité de ses joueurs comme les tunisiens avaient failli le faire quatre années plutôt!
Mais, le football va suivre la vague de la mondialisation et les pays africains dont la Tunisie et l'Algérie n'ont plus les moyens de rivaliser avec les grandes nations du foot. Ce sont maintenant les sélections du Sud du Sahara qui vont porter le drapeau du beau jeu avec le Brésil dans le monde! On assistera alors à la montée du Nigéria et du Cameroun qui vont dominer la planète du beau jeu dans les années 1990 et au début du siècle! On gardera en tête le parcours du Cameroun lors du Mondial italien de 1990 et de ce diable de Roger Milla, un des joueurs les plus âgés du Mondial, qui a mené pour la première fois une équipe africaine à un quart de finale dans une Coupe du Monde. On se rappellera aussi du Nigéria de J.J. Okocha qui n'a été éliminé qu'aux tirs au but face à l'Italie et après avoir brillé de milles feux lors du Mondial américain de 1994. Mais, ces deux équipes vont également apporter à l'Afrique ses premières consécrations lors des compétitions internationales avec les médailles d'or gagnées lors des jeux olympiques! Ces équipes incapables de se fournir dans des championnats nationaux mis à mal par la globalisation se sont tournées vers leurs joueurs expatriés évoluant dans les grands championnats européens pour poursuivre cette tradition du beau jeu! Mais, ces expériences ont montré aussi que le jeu et les joueurs n'étaient pas suffisants et qu'il fallait aussi que les structures locales soient performantes! Or, ce n'était malheureusement pas le cas et ceci explique que ces aventures, comme celle du Sénégal en 2002 et de bien d'autres adeptes du beau jeu en Afrique, sont restées sans lendemain!
Pour revenir au football tunisien, la décennie 1984-1994 a été celle d'une chronique de crise en dépit de quelques succès ici et là des clubs qui nous ont permis de maintenir l'illusion d'être une grande nation de football. Or, depuis quelques années les compétitions africaines des clubs ne représentaient plus grand-chose suite à l'exode des footballeurs africains dans les championnats européens! Le moment le plus dur dans ce purgatoire a été probablement la CAN 1994 que nous avons organisée. Nous étions tous persuadés que la victoire finale n'était qu'une formalité! Et, pour preuve nous avions fait jeu égal avec l'Allemagne et les Pays Bas quelques semaines seulement avant la CAN! Or, cette CAN a été l'histoire d'une claque sans précédent dans les compétitions internationales! En effet, l'équipe de Tunisie a été éliminée sans gloire dès le premier tour! Cet évènement majeur est venu nous rappeler les abysses dans lesquels s'enfonçait notre football!
Mais, ce moment est également très important car à partir de là va s'opérer un changement radical dans notre culture et notre vision du football. Ce changement est à l'origine de nos malheurs, nos déboires et les désillusions comme celle contre le Mozambique et cette élimination sans gloire de la Coupe du Monde 2010! Pour faire face à la crise du football à l'époque on avait fait venir juste après la CAN le franco-polonais Henri Kasperzak comme sélectionneur national. Mais, ses fonctions et son rôle ne se limiteront pas à la sélection. Il va influencer largement les visions et les schémas de jeu qui vont dominer le football tunisien pendant près d'une quinzaine d'années! Le diagnostic de ce messie du football est très simple! Il a expliqué que notre football a deux maux majeurs : la faiblesse du potentiel technique des joueurs et une grande faiblesse tactique! Et, sa recette sera également rapide! Il va se faire l'avocat d'une nouvelle culture du football qui met l'accent sur la solidité défensive, la force du milieu de terrain et la culture tactique des joueurs! Depuis ce jour, et en dépit des changements à la tête de la sélection, cette perception du foot va prévaloir en Tunisie! On est alors passé du jeu léché et de l'amour du ballon, tout en technique, à un autre style de jeu où le positionnement des joueurs et les dispositions tactiques l'emportaient! Nos souffrances ont alors commencé! Nous sommes devenus des schizophrènes! Fous amoureux du beau football, nous étions obligés de voir et de supporter une équipe morne et sans imagination!
Ces choix tactiques et cette nouvelle culture du jeu trouveront chez Sieur Lemerre leurs lettres de "noblesse"! Avec ce zeste d'arrogance qui caractérise tous ceux qui viennent introduire les primitifs au monde enchanté de la modernité et de la rationalité! Tous ces émissaires du football mondial qui ont sévit auprès "des aigles de Carthage" étaient persuadés qu'ils fallaient nous faire sortir du monde enchanté de l'instinct et du génie pour découvrir les charmes discrets de la raison et de la rigueur tactique! C'était aussi, il n'y a pas si longtemps l'argument de ceux qui voulaient ouvrir l'Autre sur l'universel de la modernité occidentale et le sortir de ce monde de l'enchantement! Lemerre était probablement un maître dans cet art et le respect des consignes tactiques qui devient l'obsession de ce sélectionneur! On se rappellera toujours ses choix tactiques avec l'exploit de jouer, un jour, la seconde mi-temps d'un match sans un vrai attaquant! On se rappellera aussi qu'il a fait la campagne de la Coupe du Monde en Allemagne avec un seul attaquant Jaziri et qu'il avait les plus grandes difficultés à faire débuter Chikhaoui qui était le seul demi offensif et créateur de l'équipe! Et, puis le bail de Lemerre s'est terminé sur une défaite sans gloire contre un Burkina qui nous a donné dans notre fief de Radès une belle leçon de beau jeu! Mais, qu'importe les joueurs et le ballon pourvu que le schéma tactique soit sauf!
Certains pourront évoquer le palmarès de l'équipe de Tunisie sous la houlette de ces émissaires! Il faut dire que la Tunisie avait gagné la CAN 2004 devant la meilleure équipe du tournoi qu'était le Maroc et qui avait pratiqué tout au long de cette compétition un football de rêve! Alors qu'importe le beau jeu devant le palmarès! D'autres évoqueront aussi la qualification de l'équipe de Tunisie à trois coupes du monde successives (France 1998, Japon 2002 et Allemagne 2006). Un bilan que très peu d'équipes africaines ont réalisé! Mais, que l'on se rappelle de ces participations à ces Mondiaux et des piètres prestations de l'équipe de Tunisie. Aucune victoire, alors que l'objectif annoncé était de faire mieux que celle du Mondial de l'Argentine 1978 qui a impressionné par son talent le monde entier et où la Tunisie a été la première équipe africaine à gagner un match de Coupe du Monde! Tous ces matchs se sont limités à des exercices d'attaque contre défense où les onze tunisiens faisaient preuve de bravoure pour arrêter les assauts d'équipes pleine de créativité et d'instinct, qui avaient décidé d'envoyer au diable les schémas tactiques pour laisser s'exprimer librement leurs joueurs! Les matchs contre l'Angleterre au mondial français perdu 2 buts à zéro par les tunisiens et celui perdu 3 buts à 1 contre l'Espagne lors du mondial allemand de 2006 ont montré qu'on ne pouvait concurrencer les équipes du Nord sur leurs points forts, à savoir la force physique et la rigueur tactique! Ainsi, on n'a pas seulement renié nos origines et notre football technique! Mais surtout on n'a pas été en mesure d'adopter cette nouvelle vision du jeu et de concurrencer ceux pour qui elle constitue une philosophie de vie et de formation! D'ailleurs, le match contre l'Arabie Saoudite, une équipe certes moins forte que la nôtre mais qui a joué son football léché, était significatif de nos difficultés et de cette coupure du moi footballistique tunisien pris en étaux entre ses origines techniques et ses carcans tactiques qu'on cherche à lui imposer! L'égalisation chanceuse à la fin du match par Jaïdi était un coup de pouce du destin! Des coups de pouce nous ont permis de réaliser certaines victoires! Mais, ces coups de pouce sont rares dans le football et ils sont donnés surtout à ceux qui, comme tous les footballeurs le disent, aiment le ballon et se mettent à sa disposition pour le servir sans chercher à lui imposer leurs règles et leurs lois!
Mais ces nouveaux choix et cette nouvelle culture tactique n'ont fait que couper les joueurs tunisiens de leurs qualité intrinsèques et de ce qu'ils apprennent tous les jours dans les quartiers! Cette culture a castré les footballeurs tunisiens et leur a volé le ballon pour leur donner en contre partie la tactique! Pour les spectateurs et les amoureux du beau jeu c'était des années d'ennui, de morosité et de tristesse! On n'a pas cessé de nous ressasser que les équipes qui gagnent sont celles qui disposent de bases défensives solides et qui ne prennent pas beaucoup de buts! Eh bien messieurs, je suis au regret de vous dire que nous n'appartenons pas à la même culture! Car pour nous l'équipe qui gagne est celle, non seulement qui produit du jeu et qui fait plaisir à voir, mais qui marque des buts! Et, toute l'histoire du football, à part quelques exceptions, a été écrite par ceux qui respectent le ballon, le font vivre et font plier par leur technique et leur intelligence les schémas tactiques les plus cadenassés!
Mais, le pire est que ces émissaires ont réussi à convertir nos "spécialistes" locaux à leur football sans imagination et sans rêves pour en faire des prophètes afin de nous convertir à ces visions qui nous sont étrangères et contre-nature! Ainsi, a-t-on vu les commentateurs sportifs répéter partout que nous manquions de footballeurs de qualité! On les a vu se gargariser avec suffisance sur la maturité tactique de nos footballeurs qui en fait des prétendants sérieux au monde du football universel! Qu'est ce qu'on n'a pas dit sur la naïveté tactique des équipes africaines et notamment celle du Mozambique qui ne devait pas résister au savoir faire tactique de nos internationaux! Et, pendant quinze ans on n'a produit que des défenseurs et des milieux de terrain! Des attaquants? Ce n'est pas nécessaire car avec les nouveaux schémas tactiques, on est en présence de collectifs qui défendent tous et attaquent ensemble! Dans les faits, on défendait tous et tout le temps dans l'équipe de Tunisie! Et, puis tous les attaquants du championnat de Tunisie et notamment des grands clubs sont des étrangers car en dépit des engagements répétés des clubs et de la direction technique de faire un travail spécifique pour les attaquants, rien n'a été fait jusqu'à présent! Et, lorsqu'on dispose de grands joueurs pétris de qualités techniques, on les laisse cirer les bancs des remplaçants car ils ne respectent pas "les consignes tactiques" de leurs entraîneurs! Car le mot d'ordre, on nous l'a bien répété depuis 1995, c'est la tactique et non plus l'intelligence, la technique, l'instinct et la spontanéité! Le cas de Darragi est assez significatif! Ce joueur est probablement l'un des plus talentueux de sa génération! Mais, avec ça il n'a toujours pas obtenu la grâce du sélectionneur national qui trouve le moyen de le laisser remplaçant car, semble-t-il, il ne cadre pas avec ses choix tactiques! Heureusement qu'il existe encore des mohicans dans notre football et des entraîneurs fidèles à la tradition de notre football et à celle du beau jeu comme Faouzi Benzarti qui a toujours fait confiance à ce joueur! Et, malgré son jeune âge il en a fait le capitaine de l'équipe sang et or en l'absence de Michael! Un moyen pour le coach espérantiste de faire de ce joueur un vrai leader et de faire un pied de nez à la philosophie du football qu'on cherche depuis quinze ans à nous imposer en Tunisie!
Les choses ont-elles changé avec Couelho? On pouvait s'attendre effectivement à un changement et à une rupture avec l'entraîneur portugais plus proche du jeu à la brésilienne qui s'éloigne de la rigueur et des carcans tactiques venus du froid pour faire du terrain un théâtre où s'exprime la liberté des joueurs et leur sens de la fête et de la créativité! Et bien, les choses ont un peu changé avec Couelho! Il n'a pas l'arrogance et la suffisance de ses prédécesseurs! Il parle aussi plus facilement aux journalistes et à la presse, mais sur l'essentiel il est resté fidèle aux grands choix de ses prédécesseurs en poursuivant les choix tactiques et les visions qui ont dominé le foot tunisien lors de ces quinze dernières années! Ainsi, on est reparti sur les mêmes bases avec Couelho et les dispositions tactiques continuent à prendre le pas sur la technique et l'intelligence de jeu! Couelho c'est donc du Lemerre light ou du Lemerre en gant de velours!
Et, de nouveau nous sommes livrés à l'ennui, au désespoir et même à l'humiliation comme lorsque nous regardions le match contre le Mozambique! Et, surtout qu'on ne vienne pas nous ressasser l'histoire réchauffée que la Tunisie ne dispose pas de grands joueurs pour faire vivre le ballon et faire des attaques placées! Le Mozambique nous a adonné une leçon! Le jeu n'est pas une question de grands joueurs et il ne faut pas être le Brésil pour développer du beau jeu! Le beau jeu c'est tout simplement des joueurs qu'on libère des carcans tactiques et à qui on rend avant tout la liberté de jouer au ballon sur un terrain! Regardons aussi l'équipe d'Algérie qui a repris au goût au jeu. L'équipe égyptienne est un autre exemple et qui depuis quelques années et même si elle n'a participé aux derniers mondiaux, développe un jeu léché et technique qui lui a permis de gagner deux CAN de suite (2006 en Egypte et 2008 au Ghana)! Il faut voir aussi les mésaventures du Maroc qui a un effectif de joueurs pour faire une demi finale de Coupe du Monde et qui a décidé comme nous de faire confiance à ces prophètes du football moderne qui ont décidé de faire fi des qualités intrinsèques de nos joueurs et de convertir toutes les équipes africaines à la rigueur tactique et à une rationalité venue du froid!
Que faire aujourd'hui et comment répondre à cette élimination que beaucoup vivent comme une humiliation? Comme dans d'autres domaines et notamment dans la crise économique globale, à notre avis le plus grand danger qui guette les sociétés lors des crises graves c'est le "business as usual"! D'ailleurs, le sélectionneur Couelho l'a bien compris et a indiqué immédiatement après cette débâcle honteuse devant le Mozambique qu'il faut continuer à travailler! Non Monsieur Couelho, on ne peut pas continuer comme si de rien n'était! Vous ne pouvez pas sentir l'abattement et l'état d'humiliation que vos choix et cette défaite ont fait subir à tout un peuple et aux amoureux du foot dont certains parmi eux avaient déjà commencé à prendre leurs dispositions pour visiter l'Afrique du Sud à l'occasion du Mondial, un pays africain qui nous a toujours porté chance avec une qualification à la finale de la CAN 1996!
Mais, les crises sont aussi des moments de rupture dans l'histoire des peuples! Et, nous sommes d'avis que cette élimination devrait sonner le glas d'un modèle et d'une philosophie qui ont dominé le foot tunisien depuis quinze ans! Cette élimination doit être la fin d'un cycle qui a cherché à nous imposer des choix, des dispositions et un style de jeu contre nature! Surtout qu'on ne se méprenne pas sur ces propos ! D'abord notre propos n'est pas contre les entraîneurs étrangers et n'est pas une défense des entraîneurs tunisiens car nous sommes conscients des limites de nos entraîneurs! Nous ne sommes pas aussi en train d'opposer créativité, technique et liberté aux valeurs de la rigueur et de la solidité défensive! Revenons encore une fois à l'histoire de notre football national et rappelons-nous que c'est au moment où la créativité était à son comble qu'on a donné à la Tunisie les meilleurs défenseurs de son histoire! Mohsen Habacha, Khaled Gasmi le moujahid du CAB ou Mohsen Jendoubi n'appartiennent pas, à ce que je sache, aux équipes défensives des quinze dernières années mais bien aux équipes flamboyantes des années 1970!
Il est nécessaire de mettre fin à ce cycle de la médiocrité du football en Tunisie! Pour cela, il est nécessaire de revenir aux valeurs techniques du football tunisien! Il est nécessaire que les missionnaires de la modernité et de la rationalité du football sachent que nous n'avons jamais eu de respect pour les milieux de terrain boueux et récupérateurs mais que nos cœurs ont toujours vibré pour la finesse et la classe des grands attaquants et des milieux de terrain qui ont la qualité technique de Tarek et de Agrebi. Il est urgent de rendre le football aux footballeurs avaient argué les footballeurs révoltés en mai 68 en France! Il est urgent, nous semble-t-il, dans nos contrées de rendre la balle aux footballeurs pour qu'il se libère de schémas tactiques et d'une rigueur qu'ils n'ont jamais aimés et pour qu'enfin ils puissent donner libre cours à leur art et à leur imagination! C'est à ce prix, je suis persuadé, que nous reprendrons goût au football, que nous gagnerons de grandes compétitions et que le monde appréciera notre génie! Par ces temps de doute sur la globalisation ce qui importe c'est moins l'universalité mais la différence par rapport à l'Autre! Notre différence dans le football se trouve dans notre créativité, notre technique et notre capacité à faire vibrer les foules sur un passement de jambes! C'est à nous de retrouver ces qualités pour reconstruire un football respecté!
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