Chers amis,
A ceux qui n'ont pas encore écouté le dernier album de Feyrouz, la diva libanise. Un pur moment de bonheur.
Amicalement
Hakim
La diva libanaise et probablement la dernière grande cantatrice arabe dans ses temps qui ont connu l'avènement et la consécration de starlettes sans envergure, Fairuz vient de publier un nouvel album intitulé "Eh fi amal" (L'espoir fait vivre). Enfin, la grande diva se plonge dans son art et ses mélodies douces et poétiques et échappe aux tribunaux et au monde judiciaire dans lequel elle s'est trouvée mêlée depuis quelque temps. Il faut dire que la grande diva était opposée aux héritiers de son beau-frère Mansour, qui a formé avec son frère Assi, l'ancien compagnon de Fairuz, le duo mythique qui a fait le succès de la diva depuis leur rencontre au début des années 1950, qui lui interdisaient de reprendre les chansons composées par les Rahbani et surtout de rejouer les pièces écrites par le couple mythique. Beaucoup de reproches et une grande dose de rancœur sont derrière ce conflit. Les héritiers de Mansour reprochent à Fairuz le peu d'attention et de reconnaissance qu'elle accorde au rôle de leurs pères dans ce parcours prestigieux des frères Rahbani. Mais, les proches de Fairuz rejettent ses accusations et soulignent que la grande diva est autant rattachée à son ex-compagnon qu'a son beau-frère. Ce conflit a atteint son apogée lorsque les héritiers de Mansour ont interdit à Fairuz de rejouer la pièce de "Yaich, Yaich" au Casino du Liban à Beyrouth. De peur de faire face à des procès et à des poursuites judiciaires, la direction de ce théâtre s'est rétractée et a annulée son accord avec Fairuz. Cette décision a eu l'effet d'une bombe dans le monde arabe et beaucoup d'intellectuels, d'artistes, de journaux et de chaînes de télévision et de radio se sont solidarisés avec la grande diva et ont dénoncé ce veto en estimant que la voix de Fairuz appartient à tous ses fans et que personne ne peut lui interdire de chanter et de leur donner autant d'envoûtement et de joie depuis des décennies faisant ainsi renaître l'espérance et le rêve face aux crises et aux drames du monde arabe.
Avec "Eh Fi Amal", Fairuz échappe à ses différends et à ses démêlées avec les héritiers de Mansour pour revenir à son art. Cet album poursuit le nouveau duo entre Fairuz et son fils Ziad. Certes, Ziad avait composé quelques chansons pour sa mère de diva du temps où son père et son oncle composaient l'essentiel de ses chansons. Il avait notamment composé "Sa'alouni en-nas" (On m'a demandé de tes nouvelles) en hommage à Assi qui était hospitalisé à Paris après son accident cardio-vasculaire et ne put par conséquent assister à la première de la comédie musicale "Al-mahatta" (La gare) au théâtre Piccadilly à Beyrouth en 1973 et "Eddaysh kan fi nass" (Il y avait du monde) la même année. Mais, c'est 1979 que Ziad va faire un véritable duo artistique avec sa mère après sa séparation avec Assi. Ce duo et la collaboration de Fairuz avec Ziad va ouvrir une nouvelle ère dans sa carrière marquée par la prédominance des choix et des mélodies jazzy dans la musique de Ziad même s'il conserve certaines mélodies orientales qui le rapprochent des compositions des frères Rahbani. Mais, surtout le style Ziad sera marquée par des textes crus qui provoquent le conformisme social du monde arabe comme la chanson "Kifak enta?" (Comment vas-tu?). Cette chanson raconte l'histoire d'une femme qui rencontre son ancien amant qui est marié et lui demande de reprendre leur histoire d'amour. Ces textes et les compositions jazzy vont susciter beaucoup de controverses et certains puristes n'hésitent pas à adresser des critiques sévères à Ziad qu'ils accusent de dilapider l'héritage de la musique classique arabe et de détruire le goût et le raffinement de l'héritage des frères Rahbani.
Mais, ces critiques n'ont pas remis en cause cette collaboration et n'ont pas dissuadé la diva de poursuivre cette expérience. Ce duo a produit quatre albums, "Wahdoun" (Seuls) en 1979, "Maarefti fik" (Notre rencontre) en 1987, "Kifak enta?" (Comment vas-tu?) en 1991, et "Mish Kayen Hayk Tkoun" (Tu as vraiment changé) en 1999 et qui a contenu également quelques compositions du syrien Mohammed Mohsen. En 1995, le même duo présenta un album en hommage à Assi Rahbani, "Ila Assi" (A Assi), avec 19 chansons composées par les frères Rahbani et réorchestrés par Ziad. Après quelques controverses, ces albums sont de nouveau appréciés et font partie de l'héritage de la grande diva libanaise.
Le nouvel album sorti il y a quelques semaines s'inscrit dans la nouvelle tradition ouverte avec la collaboration avec son fils Ziad. Il contient douze morceaux dont deux vieilles chansons interprétés par la diva dans les années 1950, "Al bint al chalabiya" et "Biktoub ismak", et réarrangées par Ziad comme s'il avait toujours besoin de revenir à l'héritage des frères Rahbani pour proclamer sa reconnaissance et son adhésion. Ce disque comporte également deux compositions instrumentales qui témoignent du cosmopolitisme musical de Ziad et sa capacité à faire dialoguer les mélodies orientales avec les cadences jazzy. Mais, surtout cet album comporte huit titres inédits qui constituent des ballades douces et nostalgiques des temps perdues. Sur des textes mélancoliques et avec des airs savoureux, Fairuz et Ziad nous emmène loin dans la quête des temps heureux et des paradis perdus. De ces morceaux, on retiendra "Eh fi Amal" (L'espoir fait vivre), qui donne son titre à l'album, une mélodie fredonnée en murmures et en douceur et qui appelle à croire et à rêver. On retiendra aussi "Bektoub Asamihon" (J'écris leurs noms) qui constitue une ode et un hymne à Assi et à Mansour, les frères Rahbani, qui ont révolutionné la musique arabe et ont été toujours été une source d'amour et d'enchantement pour Fairuz. Une manière aussi élégante de rappeler aux héritiers de Mansour que sa mémoire fait partie de ses rêves et de sa vie.
Fairuz avec ses albums, avec ses silences et ses mélodies constitue aujourd'hui probablement la voie de la résistance à la médiocrité arabe qui a fait de starlettes de cabaret les grands noms de la chanson arabe. Avec les frères Rahbani comme avec Ziad, Fairuz ne cesse de représenter cette part de sensibilité, de rêve et d'envoûtement de la musique face à la futilité et à la vanité qui nous envahissent tous les jours un peu plus!
Merci pour votre commentaire
Amicalement
Hakim
Rédigé par : Hakim | 24 avril 2011 à 21:22
Merci de me rendre accessible en français des infos difficiles à trouver en français.
Rédigé par : Christophe Vilaginés | 22 avril 2011 à 19:58
Je partage l'avis sur l'album, une musique d'exception qui nous renvoie à une période lointaine de la musique arabe. Un album qui nous sort de la médiocrité musicale! Amicalement
Rédigé par : Mouss | 09 janvier 2011 à 15:29