Les années de la modernisation en Tunisie.
Les indépendances ont été des moments importants dans l'histoire politique du monde arabe qui échappaient à la domination coloniale et au déni de civilité qu'avaient incarné les puissances coloniales dans nos contrées. Ces pays allaient retrouver leur dignité et contribuer à écrire la marche et le futur de l'universel desquels ils étaient exclus pendant près d'un siècle. Cette période correspond à l'arrivée du nationalisme au pouvoir dans la plupart des pays arabes et au début des efforts de modernisation et de la construction d'une nouvelle expérience historique et d'une nouvelle utopie. Ces années de la modernisation ont été des années d'effervescence et d'euphorie dans la plupart des pays arabes et le nationalisme, fort d'un soutien populaire sans précédent, nourrissait une grande espérance dans l'avenir et dans la transformation des structures archaïques héritées d'un passé marqué par les rêves d'un retour à l'âge d'or de l'empire musulman. La modernisation allait finalement permettre aux Arabes de rentrer dans la marche de l'histoire qu'ils avaient désertée pour ruminer leurs splendeurs passées. La modernisation devait révolutionner l'ordre traditionnel et permettre aux Arabes de retrouver le temps du monde et l'universel de la modernité.
La Tunisie s'est inscrite dans cette dynamique. La lutte anti-coloniale a mobilisé le peuple derrière la direction du mouvement national et les dirigeants du nouveau Destour. Le mouvement national est aussi marqué par les luttes et les soubresauts du conflit entre l'aile moderniste conduite par Bourguiba et l'aile panarabe dirigée par Salah Ben Youssef. C'est finalement Bourguiba qui sortira gagnant de cette lutte sanglante au sein du mouvement national qui se terminera par l'assassinat de Ben Youssef commandité par son rival et désormais ennemi. C'est l'aile moderniste du mouvement nationaliste qui arrive au pouvoir et qui va initier un important projet de transformation en profondeur de la société traditionnelle. La modernisation nationaliste touche d'abord le domaine politique avec l'élection d'une Assemblée constituante qui met fin au régime beylical hérité des Ottomans et instituera un régime républicain. Mais, cette modernisation touchera aussi l'appareil étatique avec un important effort de rationalisation de ses structures et de ses institutions dont notamment l'administration locale afin d'assurer la présence de l'Etat et l'exercice du monopole de la violence légitime. Il fallait ainsi moderniser l'administration afin de lui permettre de rendre les services nécessaires aux citoyens. Par ailleurs, il devenait nécessaire de mettre en place un système fiscal moderne afin de prélever les ressources nécessaires au fonctionnement de l'appareil de l'Etat moderne et d'effectuer les investissements nécessaires à une plus grande modernisation des infrastructures de base ainsi que les investissements dans les domaines sociaux et de l'éducation.
Alors que le projet de modernisation politique est marqué lors des premières années de l'indépendance par le souffle de la démocratie et des libertés, cette charge va progressivement disparaître pour laisser place, après le coup d'Etat avorté de 1962, au système du parti unique et à l'avènement du système autoritaire. A partir de cette date, les partis d'opposition seront interdits et le parti communiste qui avait jusque-là une existence légale est obligé de rentrer dans la clandestinité. Par ailleurs, les derniers journaux indépendants sont interdits et la liberté de la presse est remise en cause. L'autoritarisme ne se limite pas au domaine politique mais va toucher également le mouvement social avec la mise sous-tutelle du syndicat ouvrier par le parti unique et la fin de l'autonomie du mouvement syndical. Durant cette période, on assistera également à l'installation des cellules du parti unique dans les grandes unités industrielles. Ainsi, le nationalisme revient sur ses promesses de liberté et sa face autoritaire va prendre le dessus. Cet autoritarisme va prendre un tour répressif dès la fin des années 1960, avec les premières révoltes de la jeunesse tunisienne contre la guerre du Vietnam et l'avènement de la nouvelle gauche qui deviendra un acteur majeur de la scène politique et subira les foudres du despotisme caractérisant le nationalisme au pouvoir.
La modernisation nationaliste a aussi touché le domaine social avec d'importants investissements qui ont été effectués dans les secteurs de l'éducation et de la santé. Ces investissements ont permis la construction de nouvelles écoles et de lycées, et plus tard des universités dans tout le pays. Un nombre de plus en plus important de jeunes ont pu accéder au système scolaire moderne. Ces efforts ont renforcé le système scolaire moderne et ont définitivement marginalisé le système traditionnel. Par ailleurs, le système moderne a mis l'accent sur l'enseignement des sciences et des techniques. Le projet moderniste a consenti également d'importants efforts dans le domaine social à travers notamment la construction des centres de santé et des hôpitaux dans les régions.
La modernisation a aussi touché le domaine économique. La Tunisie a opté pour la voie socialisante dans les années 1960 avec la mise en place d'un modèle de développement d'import-substitution avec une forte intervention de l'Etat. Ce modèle sera abandonné au début des années 1970 pour un modèle ouvert sur l'extérieur et les investissements étrangers. Ce nouveau projet sera mis en place par le gouvernement Nouira qui se démarquera des options du projet des années 1960 et cherchera à rompre avec la priorité accordée au marché intérieur et à accorder une place plus marquée aux marchés internationaux. La Tunisie a fait partie des premiers pays en développement comme les futurs dragons asiatiques (la Corée du Sud, Taïwan, Hong Kong et Singapour) qui vont sortir du consensus en cours à l'époque en matière de stratégie de développement qui mettait l'accent sur une forte intervention de l'Etat et une orientation de la croissance vers le marché intérieur. Ces pays ont alors opéré un changement majeur en cherchant à donner une place plus importante au marché dans l'allocation des ressources et à assurer une plus grande promotion des exportations.
Ces nouveaux choix en matière de développement, et la réhabilitation du marché international qui était jusque-là sujet de suspicion de la part des grands penseurs du développement vont s'inscrire dans un nouveau contexte international marqué par la crise globale. En effet, la grande période de croissance, que les économistes appellent les Trente glorieuses, a connu ses premiers signes d'essoufflement et les gains de productivité ont commencé à baisser de manière forte. Ce renversement de tendance a été à l'origine d'une rupture du dogme du fordisme qui liait les gains de productivité aux hausses de salaires et d'une crise de rentabilité, particulièrement pour les industries intensives en travail. Cette crise a été à l'origine d'un nouveau développement dans l'économie mondiale et de la délocalisation des activités intensives en travail dans les pays en développement qui ont des coûts de main d'œuvre faible afin d'augmenter leur profitabilité. On va alors assister à une accélération des investissements à l'étranger qui vont bénéficier de cette plus grande ouverture des pays en développement en faveur du marché international et de la promotion des exportations.
La Tunisie va s'inscrire dans cette nouvelle dynamique et s'ouvrir aux investissements étrangers. La loi d'avril 1972 donnera un grand nombre d'avantages aux entreprises étrangères afin de les encourager à s'installer en Tunisie. Par ailleurs, les codes d'investissement ont connu d'importantes réformes et les agences de promotion des investissements ont multiplié leurs efforts afin d'attirer les firmes étrangères. Par ailleurs, d'importantes facilitations ont été accordées aux entreprises exportatrices notamment pour favoriser leurs importations de matières premières et leurs exportations de produits finis. Le système de formation a été adapté et de nouvelles branches ont été créées pour répondre aux besoins des nouvelles activités. Ainsi, le nouveau modèle de développement exportateur a été à l'origine d'une profonde transformation de l'économie. Mais, contrairement à ce que prétendent beaucoup d'économistes, cette nouvelle priorité accordée aux secteurs exportateurs ne signifie pas la fin du marché interne. Au contraire, c'est un équilibre qui a été trouvé et qui a porté la dynamique de développement lors de cette expérience de modernisation.
Ce nouveau choix sera à l'origine d'un important afflux d'investissements en provenance des pays européens, particulièrement dans le secteur textile. Ces investissements et l'exportation vont contribuer à accélérer la croissance. La Tunisie connaît lors de cette période ses niveaux les plus élevés. On assiste également à une forte croissance de l'emploi industriel et des revenus permettant à de nouvelles franges de la population d'accéder au mode de consommation moderne.
Ces nouvelles dynamiques sociales vont donner les bases du régime autoritaire et lui donner ses sources de légitimation. En effet, l'accès aux services de santé, la généralisation de l'éducation et le processus de promotion sociale qu'elle va accélérer vont contribuer au renforcement du régime politique et du parti unique. Par ailleurs, cet accès aux modes de consommation et la modernisation de la production vont consolider la légitimité de ce régime autoritaire face à l'accélération des critiques de la gauche et des fractions libérales du parti unique qui s'étaient exprimées depuis le début des années 1970 en faveur d'une plus grande libéralisation du régime politique. Lors de ces années modernisation va naître la principale contradiction que le régime politique tunisien va essayer de gérer durant des décennies et qui réside dans le décalage entre un régime politique autoritaire et une économie de plus en plus libéralisée.
Mais, ces années modernisation vont connaître leur première crise dès la fin des années 1970. Les premiers signes d'essoufflement vont commencer à se manifester. D'abord, du point de vue politique, on va assister à une montée de la contestation de la part de larges fractions de la jeunesse acquise à l'idéal de gauche et à l'utopie de la révolution. Cette jeunesse subira les foudres de la répression et connaîtra plusieurs grands procès retentissants dans lesquels ils ont exprimé avec courage et détermination leur rejet de l'autoritarisme. Il faut rappeler que lors de cette période, la direction du parti unique aidera l'islamisme naissant à faire face à la gauche et la revue El Maarifa sortira des imprimeries du parti unique. La critique de l'autoritarisme ne se limitera pas à ces secteurs. En effet, les franges libérales de ce qui est devenu le parti unique sont également rentrées en dissidence depuis le début des années 1970. Cette dissidence s'est renforcée plus tard avec la création du journal Errai et du Comité Pour les Libertés et donnera plus tard naissance au parti d'opposition le Mouvement des démocrates socialistes. De son côté, l'ex-homme fort du régime, Ahmed Ben Salah, créera après sa fuite de prison, le Mouvement de l'unité populaire qui paiera également son tribut à la répression.
Or, la plus forte contestation de l'autoritarisme provient du mouvement social, et particulièrement du mouvement ouvrier qui va entamer une longue lutte pour son autonomie. L'UGTT cherche à s'éloigner et à se distinguer du parti au pouvoir et son Secrétaire général, le vieux leader Habib Achour, va refuser de siéger dans le bureau politique du parti unique. Par ailleurs, plusieurs syndicats vont lancer des grèves sectorielles permettant à l'UGTT de devenir un acteur majeur dans les luttes pour les revendications sociales et les libertés syndicales. Mais, cette fronde de l'UGTT ne se limite pas aux questions sectorielles et s'attaque aux questions politiques pour rejoindre progressivement le mouvement démocratique et les luttes pour les libertés politiques. Durant cette période, l'hebdomadaire Echchab, l'organe de l'UGTT, va devenir le principal journal de contestation politique et sociale.
L'essoufflement et les limites de ce modèle de modernisation dépassent la sphère politique et touchent également la sphère économique. En effet, les blocages de cette modernisation ont émergé à la surface. Tout d'abord, ce modèle a été à l'origine d'un important accroissement de l'endettement externe pour l'économie tunisienne qui provoquera la crise de l'endettement dès le retournement des taux d'intérêts au début des années 1980. Par ailleurs, une marginalisation des investissements agricoles a entraîné une forte hausse des importations des produits alimentaires. Cette période a été aussi marquée par une augmentation des inégalités régionales. En effet, les entreprises exportatrices se sont installées de manière prioritaire dans les régions côtières. Il faut aussi mentionner une forte hausse des dépenses de l'Etat, particulièrement les subventions aux produits de base afin de maintenir le coût faible du travail. Mais, ces dépenses ont pu être couvertes dans cette période grâce à l'existence d'une rente pétrolière. Mais, cette rente va progressivement s'essouffler produisant un accroissement rapide des déséquilibres internes. Ainsi, le projet de modernisation économique commence à connaître ses premières difficultés et ses premières contradictions qui déboucheront sur une crise ouverte au début des années 1980.
A la fin des années 1970, le modèle de modernisation autoritaire est entré dans une ère de grandes turbulences. La modernisation politique fait l'objet d'importantes contestations dans différents secteurs de la population qui exige une ouverture sur la liberté d’expression et les droits de l'homme. La modernisation sans modernité est en panne et le régime du parti unique est de plus en plus isolé. Par ailleurs, le modèle de développement économique a aussi atteint ses limites et l'éclatement de la crise de la dette au début des années 1980 va ouvrir une nouvelle ère de réformes et d'ajustement structurel. Le blocage politique et la panne économique sont à l'origine de la première grande crise de l'autoritarisme tunisien. La révolte du 26 janvier 1978 sera le premier face à face sanglant entre le mouvement social et le régime autoritaire et ouvrira une période de répression féroce contre les syndicats et le mouvement social. Ces années répression ont été aussi celles d'une forte mobilisation et d'une forte résistance de la part du mouvement ouvrier. Cette résistance aboutira sur un changement et la première tentative d'ouverture de l'autoritarisme de l'intérieur.
Les années contestation et turbulence.
Le début des années 1980 correspond à la première tentative de réforme d'un système autoritaire en crise. Ainsi, le nouveau gouvernement Mzali va se fixer comme objectif d'opérer une réforme importante du système politique et de renforcer la démocratie et le pluralisme. Plusieurs initiatives ont été prises qui ont contribué au dégel d'une vie politique marquée jusque-là par la répression et la sclérose. Ainsi, les prisonniers politiques de la gauche sont libérés et certains sont reçus au palais de Monastir par un leader vieillissant et qui a les plus grandes difficultés à comprendre la colère des enfants de l'indépendance et leur quête effrénée de liberté. Mais, cette mansuétude du père de l'indépendance n'ira pas jusqu'à leur reconnaître leurs droits à l'organisation politique et à la création de leurs partis politiques. Par ailleurs, les dirigeants syndicaux sont libérés de prison et sont autorisés à organiser un congrès de l'UGTT. Mais, le pardon du père bienveillant ne touchera pas le vieux dirigeant Habib Achour qui sera empêché pendant quelques années encore de revenir à la tête de la centrale syndicale.
Cette libéralisation de la vie politique va également toucher la légalisation des partis d'opposition. Ainsi, plusieurs partis ont été reconnus dont le Mouvement des démocrates socialistes, qui a regroupé l'aile libérale de l'ancien parti unique, le Mouvement de l'unité populaire, l'autre aile socialisante du parti au pouvoir, même si son dirigeant historique sera empêché de prendre sa direction et continuera à payer son "délit" par rapport au père de la nation par des années supplémentaires d'exil. Dans la foulée, le Parti communiste est reconnu et profite de ce dégel pour organiser des fêtes qui vont rappeler les happenings des fêtes de l'Humanité en France et regrouper les militants d'une gauche plus divisée que jamais. Par ailleurs, le parti islamiste jusque-là interdit dépose un visa et certains de ses dirigeants rencontrent le Premier ministre et certains de ses émissaires. Il faut également souligner que beaucoup de journaux indépendants et des journaux de partis d'opposition obtiennent leurs visas et commencent leur parution amenant le paysage médiatique à une dimension beaucoup plus pluraliste.
Ce réformisme et cette libéralisation ne se sont pas limités à la sphère politique et ont également touché la sphère économique. Il faut mentionner à ce propos que le modèle de modernisation des années 1970 va connaître une crise profonde à partir du début des années 1980. Cette période sera marquée par une forte détérioration des grands équilibres qu'il s'agisse du déficit public ou des comptes externes. Cette situation sera à l'origine d'un accroissement rapide de l'endettement international et du service de la dette. L'endettement va s'accentuer suite au nouvel environnement international qui se met en place à partir du début des années 1980. Ce tournant sera marqué par l'échec des partis sociaux-démocrates et l'arrivée de la droite néo-libérale dans la plupart des pays développés. De la Grande Bretagne avec l'élection de la Dame de fer, Margaret Tatcher, aux Etats-Unis avec le retour du parti républicain aux affaires avec l'élection de Ronald Reagan, la droite a le vent en poupe et les politiques néo-libérales vont s'attaquer à l'Etat-providence et faire du marché le nouveau dogme au cœur des politiques économiques. Aux Etats-Unis, le Président de la FED, Paul Volcker, va mettre en place une politique monétariste pour mettre fin à l'inflation forte des années 1970. Cette politique sera à l'origine d'une importante hausse des taux d'intérêt et va également doper le dollar. Cette politique va accentuer la crise de la dette et sera à l'origine d'un accroissement important du service de la dette. Les blocages des modèles de développement au niveau national et le nouvel environnement néo-libéral au niveau international seront à l'origine de la crise de la dette qui commencera au Mexique en août 1982 et se propagera à la plupart des pays en développement. La Tunisie va aussi être touchée par cette crise dès le début des années 1980.
La Tunisie va alors entamer une série de réformes économiques pour faire face aux effets de la crise. Même si le programme d'ajustement structurel ne sera adopté qu'en 1986, le gouvernement mettra en place une série de réformes dès le début des années 1980 pour réduire les grands déséquilibres. Ces réformes sont basées sur un double diagnostic celui d'un excès de la demande et d'une rigidité de l'offre qui sont à l'origine des déficits. La nouvelle politique économique du début des années 1980 va s'attaquer à ce qui était perçu comme les maux de l'économie tunisienne à travers une réduction de la demande et notamment des dépenses publiques. Par ailleurs, cette politique va réduire le rôle de l'Etat en privatisant les grandes entreprises publiques et en accordant un rôle plus marqué dans la régulation de l'économie. Cette politique va aussi renforcer l'ouverture de l'économie et le rôle des exportations et favoriser ainsi une plus grande insertion dans une globalisation encore en gestation.
Au début des années 1980 on assiste à une véritable tentative de réforme de l'ordre économique et politique autoritaire de l'intérieur et d'un projet de construction d'un nouveau modèle de développement libéral et plus ouvert. Or, cette tentative va tourner court. D'abord, au niveau économique le bilan des réformes est plutôt décevant. La croissance est plus faible et l'investissement est en retrait suite aux réformes financières qui ont entraîné une hausse des taux d'intérêts. Par ailleurs, ces réformes n'ont pas été en mesure d'améliorer le déséquilibre externe et n'ont pas été en mesure de réduire l'endettement. Mais, surtout la politique de réduction du déficit a été à l'origine de la décision de réduire la contribution de l'Etat à la Caisse générale de compensation qui subventionnait les produits de base et ces mesures vont déboucher sur la révolte du pain du 3 janvier 1984. En effet, l'application brutale de la vérité des prix a été à l'origine d'une hausse vertigineuse des prix des produits de base engendrant une nouvelle révolte contre le régime autoritaire. La Tunisie connaîtra une semaine de heurts et de révoltes qui ne s'arrêtera qu'avec la décision de l'ancien Président d'annuler cette hausse des prix. C'est un président affaibli qui annonce d'une voix hésitante cette décision lors d'une de ses dernières allocutions publiques qui a montré que ce pouvoir vivait ses derniers jours.
Au niveau politique aussi la libéralisation n'a pas tenu ses promesses et l'autoritarisme va revenir au galop pour mettre fin à cette première tentative d'ouverture du système politique. Le premier épisode de ce retour de l'autoritarisme concerne la fraude massive lors des élections législatives de 1981 qui a fait perdre à l'opposition une victoire totale sur le parti au pouvoir. Pour beaucoup de spécialistes et d'experts, ce rendez-vous manqué et le refus d'une alternance démocratique par le pouvoir ont fermé définitivement la possibilité d'une réforme du régime. Le pouvoir va s'attaquer de nouveau lors de cette période à la centrale syndicale et chercher à déposer la direction légitime pour imposer à sa tête une direction fantoche qui lui était totalement acquise. Lors de cette période, le mouvement de la tendance islamique va aussi connaître ses premiers procès et sera touché à son tour par la répression. Plusieurs de ses dirigeants et de ses militants seront condamnés à de fortes peines de prison. Même, les partis d'opposition légaux n'échapperont pas aux difficultés et aux tracasseries que vont leur imposer le pouvoir et son appareil administratif. Le pouvoir n'hésita pas à favoriser des divisions en leur sein pour les affaiblir.
Parallèlement au retour de la répression politique, cette période a également connu une réduction de tous les espaces de liberté et d'expression qui avaient été ouverts quelques années plutôt. Ainsi, la presse indépendante a commencé à souffrir de l'absence de ressources, particulièrement publicitaires, ce qui a fragilisé leurs équilibres financiers et a amené beaucoup de journaux indépendants à arrêter leur publication. Par ailleurs, cette période a été marquée par une multiplication de la suspension des journaux indépendants notamment Errrai, Le Maghreb et Réalités. Les associations indépendantes et les institutions de la société civile ont connu aussi une importante réduction de leur marge de liberté. La ligue des droits de l'homme, qui est la plus ancienne dans le monde arabe, a fait l'objet d'attaque du pouvoir mais aussi de la part des militants du parti au pouvoir qui ont cherché à prendre la majorité pour la rapprocher du régime.
Mais, cette répression et l'autoritarisme croissant n'ont pas découragé le mouvement social et politique. Cette période va aussi connaître une forte mobilisation de la jeunesse notamment estudiantine contre la répression et l'autoritarisme. La répression contre la centrale syndicale entraînera aussi une forte mobilisation de la base contre la direction fantoche, un appui et une grande solidarité avec la direction légitime. Les partis politiques légaux ainsi que le mouvement de la tendance islamique interdit ont essayé de faire face à la répression et de résister à l'Etat policier.
Ainsi, cette première tentative de réforme du régime politique va échouer et l'autoritarisme va revenir rapidement au pouvoir. Après le dégel et le printemps du début des années 1980, c'est de nouveau une ambiance lourde et pesante qui va régner sur la Tunisie moins d'une décennie plus tard. L'incertitude et l'inquiétude sur l'avenir sont renforcées par cette ambiance de fin de règne et les manœuvres entre les différentes factions du pouvoir pour succéder à un président fatigué et affaibli par la maladie. Dans ce contexte intervient la seconde tentative de réforme du régime avec le coup d'Etat sanitaire opéré par le Premier ministre de l'époque Zine Al-Abdin Ben Ali qui déposa au petit matin du 7 novembre 1987 le "père de la nation".
Chère Sara
Merci pour votre commentaire. Je suis également d'accord avec toi pour considérer que la période de Si Ahmed a été très importante pour le développement industriel de la Tunisie et surtout en terme de développement régional en mettant en place de grandes unités indusrielles à Kasserine, à Béjà, à Gabès, Menzel Bourguiba et bien d'autres endroits. Ce sont des questions que je développe longuement dans un prochain livre sur la Tunisie.
Amicalement
Hakim
Rédigé par : Hakim Ben Hammouda | 15 mai 2011 à 10:44
vous zapez bien vite dans votre article sur la decennie socialiste et non socialisante du projet de devellopement dela tunisie avec ahmed ben salah cet homme dont se soviennnent les unites touristiques les regions de sidi bouzid de kasserine de bizerte qui a ete le premier a inscrire le devellopement des regions cdesheritees comme une priorite est encore un economiste bien utile a la tunisie de 2011 a travers son mouvement le mup et ses militants encore ecartes mais allez voir qui occupe les debats debiles a la tele dans les journaux qui peut parler de realisations qui ont fait avancer la tunisie en 10ans de 1960 a 1969 nous sommes fiers de si ahmed et du mup e car il reste le seul mouvement historique aux racines des luttes de lugtt et de farhat hached et fonde en 73 et a ete legalise le8 mars 2011une longue marche pour une tunisie libre
Rédigé par : sarasouissi | 15 mai 2011 à 00:08