L'ambiance n'est pas à la fête chez les responsables politiques, les experts et les grandes institutions internationales depuis quelques semaines. Il faut dire que les perspectives de croissance ne sont pas bonnes et que les dynamiques économiques mondiales sont entrain de retomber. Rappelons que la croissance mondiale a été touchée de plein fouet par la crise et l'année 2009 a connu une croissance négative. Mais, la baisse aurait été plus importante si les mauvais résultats des pays développés en pleine crise financière n'ont pas été rattrapés par les performances des pays émergents qui ont réussi à remettre le train de la croissance sur les rails grâce à d'importants plans de relance budgétaire et une libéralisation de la politique monétaire. Ainsi, durant l'année 2010, l'économie mondiale a été en mesure d'échapper à la dépression et de reprendre une dynamique de croissance forte. La croissance mondiale a été de 5,1% et celle des pays développés de 3% alors que les pays en développements caracolaient loin devant avec une croissance de 7,4%.
Or, l'année 2011 ne s'est pas annoncée sous les mêmes auspices et les faiblesses de l'économie mondiale et l'incertitude sur la reprise sont apparues dès les derniers mois de l'année 2010. Ce risque explique les mesures prises par un grand nombre de pays de maintenir les politiques monétaires accommodantes afin d'aider la croissance mondiale. Ainsi, en dépit des critiques, la Réserve fédérale américaine a lancé ce qu'on a appelé le Quantitative easing II alors que la BCE, pourtant défenseur devant l'éternel de la rigueur monétaire, a maintenu ses taux relativement bas jusqu'au premiers mois de l'année 2011.
Or, ces mesures n'ont pas réussi à maintenir la croissance mondiale et c'est plutôt une situation économique globale fragile qui est en train de se confirmer pour l'année 2011. Plusieurs institutions et experts ont confirmé que la croissance mondiale est rentré dans une période de turbulence. Récemment, le FMI a corroboré ses analyses en révisant ses prévisions de croissance à la baisse par rapport à celles qu'il avait déjà publié en avril 2011 lors des assemblées de printemps. Pour le FMI, la croissance mondiale ne sera plus que de 4,3% en 2011 alors qu'elle était de 4,4%. Pour l'institution de Washington ce sont surtout les Etats-Unis, le Japon et l'Europe qui vont voir leur croissance chanceler. Pour les Etats-Unis, la croissance ne sera plus que de 2,5% en 2011 alors que le FMI l'estimait à 2,8% quelques semaines auparavant. Pour le Japon l'affaiblissement est encore plus marqué et l'effet du séisme et de la crise nucléaire à Fukushima et les prévisions de croissance pour 2011 sont passées de 1,4 à -0,7% entre avril et juin 2011. Les pays européens, en dehors de l'Allemagne et de la France, connaissent également les mêmes révisions à la baisse de leurs croissances. Les pays en développement connaîtront également une baisse de la croissance par rapport à l'année 2010 (6,6% en 2011 contre 7,4% en 2010).
Ces révisions sont à l'origine de questionnements et d'interrogations de la part des experts et des institutions internationales. Toute la question est de savoir si cette rechute de l'économie est un simple trou noir passager qui devrait laisser place à une nouvelle reprise ou s'il s'agit d'une véritable dépression économique. Et, beaucoup d'experts et non des moindres penchent pour la seconde hypothèse. Ainsi, l'économiste Nouriel Roubini, qui n'est pas connu pour son optimisme dans l'analyse de l'avenir de l'économie mondiale, fait l'hypothèse que cet affaissement de l'économie mondiale est le signe avant-coureur d'un "double dip" ou d'une nouvelle récession. Cette phase pour beaucoup n'est pas loin de rappeler la grande dépression des années 1930 et le fait que l'économie américaine avait connu une nouvelle dépression après une période de reprise. C'est ce que certains économistes américains appellent l'erreur de 1937 lorsque le gouvernement américain a opéré un retrait prématuré des mesures de relance après une accélération de l'inflation suite à une hausse des prix des matières premières. Le prix Nobel de l'économie Paul Krugman va encore plus loin et souligne que l'erreur de 1937 se retrouvait déjà dans le plan de relance de l'administration Obama de 2009 qui était très faible, insuffisant et incapable de répondre aux défis de l'économie américaine.
Ainsi, après quelques promesses en 2010, le doute sur la croissance mondiale reprend ses droits en 2011. Ce doute est nourri par le retrait des politiques de relance budgétaire dans la plupart des grands pays et par le retour aux politiques monétaires orthodoxes dont l'objectif est de lutter contre l'inflation. Il trouve également ses origines dans une incertitude croissante sur l'avenir de l'économie globale. Ainsi, l'Europe est confrontée aux crises de la dette souveraine et particulièrement à la dette grecque. A ce niveau, les tergiversations des pays européens et le retard et les difficultés rencontrées pour dégager un consensus pour venir en aide aux pays endettés ne fait que renforcer les incertitudes. Aux Etats-Unis, la dette publique et les divisions au sein du Congrès pour la financer ne font qu'accroître les risques dans l'horizon de la croissance américaine. Il faut également souligner aux Etats-Unis la situation de l'immobilier qui éprouve les plus grandes difficultés à sortir de la crise des subprimes. A la situation européenne et américaine, il faut également souligner que les trois catastrophes qui ont ébranlé le Japon (le tremblement de terre, le tsunami et l'explosion nucléaire) ont été à l'origine d'une forte perturbation de la chaîne de production mondiale dans les secteurs des nouvelles technologies et de l'industrie automobile. A ces facteurs de risque, il faut rajouter celui en provenance des pays émergents et qui confrontés au risque d'inflation ont opté pour des politiques monétaires restrictives afin d'opérer un atterrissage en douceur de leurs économies.
L'économie mondiale est confrontée au cours de l'année 2011 à une montée des risques et des périls. En l'absence d'une coordination économique plus vigoureuse et suite au retrait prématuré des recommandations du maître de Cambridge dans les politiques économiques, le trou d'air actuel pourrait se transformer en une nouvelle récession qui rappellerait celle de 1937 et prolongerait le désespoir et l'abattement qui pourraient encourager les aventurismes politiques les plus dangereux.
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