C’est ce que semble suggérer les observateurs et les hommes politiques après le sommet du 8 décembre 2011 de l’Union européenne. Tous les pays membres, à l’exception de la Grande-Bretagne, se sont engagés à mettre en place les termes de l’accord élaborés par le couple franco-allemand que beaucoup n’hésite pas à nommer maintenant l’accord « Merkozy». Que nous dit cet accord à forte connotation de stabilisation et qui rappelle les heures sombres des programmes d’ajustement structurel dans les pays en développement dans les années 1980. Les mesures phares que l’accord entre les 26 se fixent tournent autour de la mise en place d’une plus grande discipline budgétaire et d’une convergence plus avancée entre les différentes économies. Cette convergence passe par l’inscription de la règle d’or du retour à l’équilibre budgétaire dans les constitutions nationales à l’image de l’Allemagne. Cet accord instaure aussi une règle d’une automaticité des sanctions contre les Etats qui ne respectent pas les règles de l’accord de Maastricht et dont les déficits publics dépasseraient les 3% du PIB et la dette publique 60% du PIB. Par ailleurs, cet accord cherche à renforcer la gouvernance de l’Union en instaurant des sommets réguliers des dirigeants de la zone euro. Un autre moyen de renforcer la gouvernance de l’Union passe par un raffermissement de la convergence des politiques économiques des différents pays notamment dans les domaines fiscal, financier et social. Et, l’accord s’engage également à accélérer la mise en place du Mécanisme européen de stabilité financière qui doit remplacer le Fonds européen de stabilité financière.
Toute la question est de savoir si cet accord saura répondre aux défis de la crise des dettes souveraines et à rassurer les marchés. Il faut dire que l’Europe connaît depuis plusieurs mois une aggravation de la crise de la dette qui est à l’origine de crises financières à répétition depuis le début de l’été et d’une forte défiance de la part des marchés financiers. Mais, l’impact de la crise financière ne se limite pas à la sphère financière mais a eu des effets sur la sphère réelle et l’Europe connaît une forte baisse de la croissance qui n’est pas sans rappeler pour certains la décennie perdue du Japon dans les années 1990. Pour les responsables politiques, l’amélioration de la gouvernance économique et une plus grande convergence des politiques économiques devraient restaurer la confiance des marchés et aider les pays européens à sortir de la crise des dettes souveraines.
Or, cette appréciation positive fait l’objet de plus en plus de critiques et un scepticisme grandissant entoure les mesures phares de cet « énième plan européen » comme l’ont déjà appelé beaucoup d’observateurs. Ces doutes et ces incertitudes se concentrent sur trois questions essentielles. La première est bien évidemment liée à la question des dettes souveraines et des moyens de gérer la pression des marchés et leur défiance par rapport au financement des pays européens. Il faut souligner que depuis plusieurs mois les pays européens avec l’aide du FMI ont multiplié les plans de sauvetage pour venir en aide aux pays les plus endettés, notamment la Grèce, l’Irlande et le Portugal. Or, ces plans ont montré leurs limites dans la mesure où non seulement la crise de la dette reste posée mais les taux d’intérêt n’ont cessé de monter mettant ainsi à mal les pays européens. Beaucoup d’experts soulignent que ces échecs répétés sont liées au refus des responsables européens et particulièrement de la Chancelière allemande de changer le statut de la BCE et de l’autoriser, comme c’est le cas dans tous les pays du monde et particulièrement aux Etats-Unis, à jouer son rôle de prêteur en dernier ressort pour les finances publiques européennes. En effet, le traité de Maastricht a interdit à la BCE d’acheter les dettes des pays membres. On connaît les conséquences de cet accord ! Alors que les banques centrales des grands pays se sont investis de manière ambitieuse dans l’achat des obligations d’Etat, comme c’est le cas des Etats-Unis où la FED a acheté près de 1700 milliards de $, la BCE est restée timorée et ses achats en catimini n’ont pas dépassé quelques 200 milliards d’euros. Du coup, les pays européens sont en train de payer une lourde charge de la dette, l’Italie s’endette à plus de 6% au moment où sa dette est de 125% du PIB, alors que les taux d’intérêt sur les obligations des grands pays comme le Japon, le Royaume Uni ou les Etats-Unis restent très fiables, à titre d’exemple les taux sur les obligations japonaises ne dépassent pas 1% au moment où la dette du Japon est de 200% du PIB. Ainsi, les pays où les banques centrales assurent un financement de l’économie disposent d’une plus grande marge de manœuvre particulièrement en temps de crise que les pays européens où la peur culturelle des allemands de l’inflation les a amenés à interdire à la BCE de jouer un rôle plus actif.
Les européens se sont interdis l’usage d’un autre moyen pour faire face à la crise des dettes souveraines qui est celui de l’émission de titres de dettes européennes ou des eurobonds qui pourraient aider les pays européens à faire face aux pressions des marchés. Certains experts avaient estimé que le Mécanisme européen de stabilité pourrait émettre jusqu’à 3000 milliards d’euros d’obligations européennes ce qui permettrait aux capitales européennes de sortir de cette crise et de relancer la croissance et l’emploi. Or, cette proposition a reçu également une fin de non-recevoir de la part d’une Chancelière attachée plus que jamais à la rigueur et à la stabilisation aux dépens de la croissance et de l’emploi.
La deuxième raison du scepticisme face à ce nouveau plan est liée à cette priorité donnée à la stabilisation par rapport à la croissance. Un choix plutôt en droite ligne avec les fondements du traité de Maastricht. Cette orientation semble ignorer les recommandations du maître de Cambridge, John Maynard Keynes, qui depuis les années 1920 a largement expliqué que la stabilisation ne faisait que renforcer les crises des dettes et les empirer. Il s’agit donc pour les pays européens de retrouver la croissance pour régler la question de la dette mais aussi pour relancer l’emploi. Or, dans un contexte où les budgets nationaux sont bloqués par les crises de la dette, c’est au budget européen de prendre les devants. Le seul problème c’est que ce budget reste désespérément faible et ne dépasse pas les 1% du PIB alors que le budget fédéral américain, par exemple, se trouve autour de 25% et constitue par conséquent un véritable outil de relance économique. Les pays européens devraient se doter d’un budget fédéral conséquent qui leur permettra de relever les budgets nationaux dans les moments de crise.
Enfin, un dernier motif de scepticisme est lié à la convergence réelle des économies européennes. Les contextes macroéconomiques restent désespérément divergents, les niveaux de productivité fortement éloignés et les législations du travail peu coordonnées. Ces différenciations exigent la mise en place de nouvelles politiques communes dans les différents domaines afin de contribuer à la construction d’une Europe fédérale et sociale.
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