Les élections sont terminées et les activités post-électorales ont pris le pas. Pour certains, c’est le moment de régler les litiges électoraux en s’adressant à la justice. Pour d’autres, qui ont perdu ces élections ou n’ont pas pu avoir les résultats attendus, c’est le moment des évaluations et parfois des déchirements et des remises en cause. Pour ceux qui ont gagné les élections, c’est le moment des consultations pour former le nouveau gouvernement et de définir les priorités pour le futur exécutif. Ainsi, le jour d’après n’est pas un long fleuve tranquille même pour ceux qui ont gagné les élections. Ce moment est d’autant plus complexe et difficile qu’il s’agit pour les tunisiens d’une première où nous organisons des élections libres et démocratiques.
Mais quels sont les défis du jour d’après pour ceux qui ont perdu. Le premier des défis est bien évidemment de comprendre les raisons profondes de cette défaite. Faut-il mettre l’accent sur la vision et le projet politique qui a été offert aux électeurs. S’agit-il comme certains le suggèrent de la perte d’une stratégie qui était basé sur l’avenir et la reconstruction alors que la rue tunisienne considère que la révolution n’a pas encore accompli ses objectifs et que la stratégie de la rupture est encore d’actualité ? Ou s’agit tout simplement d’un échec d’une stratégie politique ? Certains n’hésitent pas à souligner que le succès de certains partis est liée à la mise en place d’une stratégie de campagne basée sur le contact direct et le cadre des rues aux dépens des stratégies qui privilégient les grands rassemblements et les grands meetings dans les grandes villes qui finalement touchent le même public et sont restés éloignés des gens. D’autres n’hésitent pas à mettre en cause les campagnes de communication et n’hésitent pas à dire que les grandes campagnes médiatiques et personnalisées n’ont pas aidé les partis qui les ont poursuivi.
Ainsi, il apparait clairement que les jours d’après la défaite ne sont pas de grand repos. Une fois la déception, toujours très amère, dépassée, il faut commencer à trouver des réponses aux raisons profondes des débâcles et surtout réfléchir au futur et aux moyens de remporter les prochaines batailles. Aujourd’hui, certains n’hésitent pas à demander le départ de leaders qui ne correspondent plus à ce monde en effervescence, d’autres cherchent à construire de nouvelles alliances et de nouveaux regroupements pour donner un message plus clair pour le public.
Le jour d’après est aussi compliqué et difficile pour ceux qui ont gagné car cette victoire peut se transformer en défaites futures si des réponses adéquates ne sont pas fournies pour les grands défis. A ce niveau j’en aperçois deux défis essentiels. Le premier est lié à la nature du changement politique et du séisme qui s’est produit sur la scène politique tunisienne suite à ces élections. Il ne faut pas se le cacher ces élections constituent une rupture majeure dans le paysage politique avec, l’arrivée d’Ennahda comme première force politique ce qui lui permettra de former sans grande difficulté une nouvelle majorité politique. Ce changement majeur et cette rupture ne sont pas sans susciter des inquiétudes et exigent un important travail pour rassurer beaucoup de monde. Il faut d’abord au niveau interne rassurer tous ceux qui n’ont pas voté pour cette majorité et qui voit dans son arrivée un danger pour les acquis modernistes du pays. Au niveau international, il faut également rassurer les pays voisins mais aussi les grands pays sur le respect de nos engagements et l’engagement dans les choix démocratiques et dans la défense des libertés. Mais, il faut également rassurer les acteurs économiques nationaux et internationaux qui ont tendance souvent à prendre des postures attentistes lorsqu’ils perçoivent une accumulation des nuages et de l’incertitude sur l’avenir. Pour rassurer les uns et les autres, les paroles et les discours sont importants mais aussi les actes sont essentiels.
Le second grand défi du jour d’après pour ceux qui gagnent c’est de répondre au plus vite aux revendications des électeurs. Cette question est d’autant plus critique que la nouvelle majorité se trouve en face d’une difficulté liée à sa durée relativement courte pour pouvoir imprégner sa trace dans le domaine économique et social. En effet, les revendications urgentes particulièrement dans le domaine du chômage et des inégalités sociales n’attendront pas encore une année et exigeront des réponses décisives et urgentes.
Ainsi, les jours d’après sont, contrairement à ce qu’on peut penser, difficiles pour les gagnants et les perdants. Pour les uns il faut se reconstruire et pour d’autres il faut reconstruire le pays. Autant de tâches qui exigeront détermination, énergie et surtout une véritable ouverture et respect de l’autre. C’est le point de départ de toute démocratie que d’accepter l’autre et de respecter sa différence. Car ne l’oublions pas le plus grand échec de l’autoritarisme c’est de réduire la différence et de faire de l’unanimité autour du chef le cœur du système politique. L’entrée dans la démocratie demande aussi un engagement de culture politique et exige que nous fassions de la gestion de la différence et du pluralisme les fondements de ce nouveau système politique à construire.
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